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III. La jeunesse féminine déserte les campagnes

Là encore, là surtout, allais-je dire, dans le monde féminin sévit la fièvre du séjour urbain.

Oii trouver des jetines filles bien posées que la perspective de vivre à la campagne n'effraie point? Où découvrir la jeune fille qui ne rêve point d'épouser un militaire, un magistrat ou un avoué? Je ne demande pas que les rois épousent des bergères. Mais serait-ce un bien grand mal, si les jeunes filles qui sont toutes reines par la grâce et par la beauté, consentaient parfois à épouser des bergers ?

Hélas! nous en sommes lain. Le villageois un peu aisé, le fermier qui se respecte élèvent leurs filles comme de belles demoiselles, qui se croiraient disqualifiées si elles apprenaient à surveiller la cuisine et la basse-cour. Victimes d'une éducation faussée, ces pauvres enfants conçoivent une répulsion instinctive pour la vie des champs. Elles nourlisseat des espérances auxquelles leur dot ne cor-

respond pas. Elles font des rêves que la réalité s'apprête à démentir bientôt. Elles se déclassent. Elles se trompent de chemin.

Autre phénomène remarqué dans le monde féminin. Les filles du peuple dans les grandes villes se font ouvrières, mais ne se mettent pas en condition. Ce sont les campagnes qui fournissent les recrues de cette levée incessante. Que de jeunes filles qui pourraient trouver de l'ouvrage dans leur pays, dans leur village, /e quittent pour se rendre à Paris ou dans la ville voisine ! Tous les conseils, toutes les instances pour les retenir sont inutiles. L'une a un parent à Paris dont elle ne connaît même pas l'adresse d'une manière bien précise... et l'autre tombe dans la grande ville sans relations et sans protection... Que feront-elles là-bas? Elles ne le savent pas. Celle-ci rêve d'être femme de chambre, et celle-là espère se hisser jusqu'à la situation de demoiselle de commerce. A Paris,, pensent-elles, il y a de l'ouvrage pour tout le monde... et du plaisir par-dessus le marché. A Paris on gagne de l'argent? Ce n'est pas si sûr que cela, et, d'ailleurs, si on gagne de l'argent à Paris, on en dépense davantage encore... Les voilà parties... Que vont-elles devenir? 0 parents mille fois aveugles, vous vous étonnez quand vos enfants vous oublient. Vous attendez avec une anxiété douloureuse les secours qu'ils vous avaient promis et qui ne viennent pas. Ces secours, ce n'est pas

VOUS qui les recevez de leur reconnaissance, ce sont eux qui les réclament de votre indigence. Et puis, quand ils sont de retour auprès de vous, vous les regardez, et souvent vous ne les reconnaissez pas. La simplicité de leurs vêtements, la sérénité de leur front, la joie de leur sourire, la foi de leurs premières années, comme l'affection de leur cœur, tout a disparu. Vous pleurez. Il est trop tard. Vos enfants sont perdus. Chaumières de nos villages, qui abritez pourtant de si nobles et si fortes vertus, foyers entourés si longtemps de paix, de félicité et d'honneur, combien de fois vous avez vu les larmes des pères et des mères!... des pères et des mères oublieux de leurs devoirs et punis par 011 ils ont péché ! Ils ont laissé partir leurs filles pour les Babylones de perdition.

Ou bien encore ce sont des orphelines de la campagne que l'on place imprudemment dans des

• ouvroirs de ville. Là elles sont élevées avec une

• délicatesse relativement considérable. Habituées au linge fin, elles dédaignent bientôt la grosse toile. Elles rêvent d'être couturières, taille uses, modistes. Quel attrait voulez-vous que leur offre un honnête campagnard qui les demanderait en mariage ? Elles lui préfèrent un valet de chambre, un soldat, un employé de manufacture, un garçon de bureau qui les laisse à la ville... Et cependant ne vaudraiti.l pas mieux en général que les orphelines de la

campagne restent à la campagne? Il y a quantité de travaux champêtres qui conviennent surtout aux femmes, et qui semblent même ne convenir qu'à elles. A quoi bon encombrer les orphelinats des villes, et vider de plus en plus les chaumières, les fermes et les villages?

Je termine en vous citant la parole d'un fermier vendéen. Son curé lui demandait : « Combien me donnerez-vous pour la construction de votre église? » — Monsieur le curé, je vous donnerai 1.000 francs ; mais je ne ferai pas de charrois ». — <( J'accepte vos 1.000 francs, mais pas votre refus. Pourquoi ne vouleiz-vous pas faire de charrois? — « Parce que mes gars iraient à la ville, et je ne veux pas qu'ils se perdent. » La parole du fermier vendéen est significative. Autant que possible, les jeunes gens et les jeunes filles qui sont nés à la <3ampagne feraient bien d'y rester. C'est leur berceau. En s'en éloignant, ils risquent de perdre la pureté, l'ingénuité, la candeur, toutes ces choses fraîches et matinales qui avoisincnt les berceaux. La jeunesse déserte les campagnes. Le phénomène €st inquiétant. Je viens de le constater. C'est assez pour aujourd'hui.

Amen!

QUATRIÈME CONFERENCE

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