LA DÉTÉRIORATION DE LA RACE
Messieurs,
La désertion des campagnes est un mal pour l'individu, pour la famille et pour la sociJlé. Elle altère la prospérité et la paix sociale. Elle va plus loin encore. Elle atteint la société jusque dans st s sources vives. Elle détériore la race.
1° La vigueur physique se conserve dans les campagnes ;
2° La vigueur physique se perd dans les grandes cités.
J'offre aujourd'hui à vos méditations, non plus un problème d'ordre économique ou politique, mais bien un problème d'ordre vital. Attention ! Cela vaut la peine d'être étudié sérieusement.
I, La vigueur physique se conserve dans les campagnes.
V Les fortes santés sont surtout au village, dans
les champs, sous le bleu firmament. C'est là surtout qu'on trouve des corps sains, des membres robustes, et cette verdeur de visage qu'on aime tant à voir sous les vénérables cheveux blancs du paysan. La sobriété, le travail, l'air pur du bon Dieu font à nos populations rurales une vigueur physique que la médecine la plus raffinée ne donnera jamais aux populations urbaines. Que si, avec cela, la religion entretient les bonnes mœurs au village, c'est merveille de voir comme la vie du corps s'y conserve facilement, et comme les constitutions y sont inébranlables. Us sont beaux à contempler ces paysans que vous croyez ignorants et grossiers, mais qui sont chrétiens et vertueux, qui ont retourné toute la semaine la glèbe de la terre, et qui le dimanche viennent assister aux divins mystères et recevoir d'une oreille docile les enseignements de la religion. Leur taille se courbe sous le poids de l'âge et du dur labeur, leurs membres fatigués se disjoignent, leur visage fouetté par la bise ou brûlé par le soleil se flétrit et se décolore. Qu'importe? Ils ont gardé le secret de vivre longtemps. Sur leur front éclate la tranquillité de la bonne conscience. Et volontiers je baiserais leurs mains calleuses, parce que je me sens en face des sources de la vie et du réservoir môme, si je puis ainsi dire, de la santé publique. Et en effet,
2° Nous autres habitants des cités, à qui devons-
nous le sang pur et généreux qui circule dans nos veines, sinon à la campagne d'où nous sommes venus hier ou avant-hier? Car, ne nous y trompons pas, nous sortons tous de la campagne, à, une, oi" deux, ou trois générations tout au plus. Si nos ancêtres étaient ici, il y aurait parmi nous un tel bruit de sabots que nous ne pourrions pas nous entendre. Remontons dix ans ou cent ans en arrière, et à peu près tous, nous nous retrouverons campagnards. Nous aurions tort d'en rougir, et encore plus tort de nous en plaindre. Car ce sont des laboureurs, des hommes qui se levaient à trois heures du matin pour cultiver la terre, qui nous ont donné le sang limpide qui palpite dans nos membres. Ce sang. Messieurs, nous l'avons porté dans la ville, dans les bureaux, dans les cabinets d'étude, dans les fabriques, et, à mesure que nous avons vécu dans ces milieux exténuants et débilitants, nos traits se sont amincis, nos mains se sont effilées et énervées, notre teint a blanchi, notre vigueur physique a diminué. Et comme dit monseigneur Bougaud : Si la campagne n'arrivait pas sans cesse à notre secours avec ses muscles puissants et son sang généreux, les villes ressembleraient bientôt à un cimetière oii l'on verrait errer des fantômes ». Ce sont les fortes santés de la campagne qui refont les vies étiolées des villes et qui sauvent la race. Est-ce que ce n'est pas la campagne qui donne
3° A la patrie les plus robustes défenseurs ? La campagne est le réservoir de la santé publique, donc le réservoir de notre armée. J'y reviendrai. Quelques mots seulement. Là, au village, le pays trouve des soldats vigoureux et vaillants, formés à la sobriété, rompus à toutes les fatigues, capables de supporter les plus dures privations. Là, dans les chaumières et les sillons, croissent les races fortes et pures des laboureurs et des pâtres, qui ont la taille et la vigueur suffisantes pour tenir le drapeau et pour brandir l'épée. Allez demander aux conseils de revision le dernier mot sur l'influence désastreuse de la désertion des campagnes au profit des villes. En général, la proportion des réformés grandit avec l'importance des villes et le chiffre de leur population, surtout quand ce sont des centres industriels. La désertion des campagnes entraîne un affaiblissement de la puissance militaire du pays. La meilleure source de recrutement d'une armée solide, endurante et disciplinée, sera toujours dans les saines et fortes populations rurales. La vigueur physique se conserve dans les campagnes.