II. La Wg-ueur physique se perd dans les grandes cités
1° Tenez. Vous n'avez qu'à regarder les visages
des citadins., leurs corps fatigués, leurs fronts sillonnés de rides prématurées. Vous n'avez qu'à regarder l'enfance, pour constater l'influence pernicieuse du séjour de la ville. On dirait que la plante humaine ne peut y prendre son développement normal. A part des exceptions qui ne prouvent rien, les enfants y sont pâles, fluets, presque toujours délicats, quand ils ne sont pas maladifs; et à cet égard les quartiers riches se distinguent à peine des faubourgs pauvres. Ces jolies poupées aux longs cheveux, si bien attifées, objets de tant de soins et de caresses, n'ont pas meilleure mine que les pauvres petits qui habitent les mansardes et vaguent dans les rues. Comparez à ces êtres chétifs les gars joufflus que vous rencontrez aux champs ; on voit que cela pousse au grand air et au soleil du bon Dieu. Même au point de vue esthétique, auxquels donneriez-vous le prix? Les peintres classiques n'hésiteraient pas. Leurs petits anges aux formes plantureuses et rebondies ne furent jamais des citadins. La vigueur physique se perd dans les grandes cités.
2° Cela s'explique d'ailleurs ^ja/* le genre de vie qu'on y mène. Vair qu'on y respire d'abord est loin de valoir celui des champs. Il est chargé de je ne sais combien de miasmes pestilentiels. Il sert de véhicule à je ne sais quels poisons innommés qui opèrent lentement mais sûrement. On a beau
percer des boulevards et creuser des égoûts, multiplier les progrès de l'hygiène, on atténue le mal, on ne le guérit pas. Les agents de dégénérescence sévissent avec une tout autre intensité dans les villes les mieux pourvues que dans les campagnes. Les meilleurs tempéraments en sont fatalement débilités.
Avec cela le travail et Vhahitation qu'on a dans les villes sont une cause puissante de dépérissement pour la race humaine. Le travail est souvent malsain et Thabitation étroite, humide, manquant d'air et de lumière. Lesangse décolore, il s'appauvrit, et il lie transmet plus qu'une vie déjà épuisée dans ses sources. Enfermée dans des ateliers surchauffés, la femme ne met au monde que des enfants malingres et chélifs, qui ne feront jamais des hommes ni des soldats.
Enfin dans les grandes cités le vice vient encore affaiblir la vigueur physique et détériorer la race. L'alcool et la volupté jettent sur le pavé de nos rues des générations entières de détraqués, de déséquilibrés. Les passions sensuelles empoisonnent et tuent des milliers d'enfants et de jeunes gens, fleurs qui naissent le matin, qui languissent en plein midi, et qui tombent avant le soir, jonchant la terre de leurs débris impurs. Ah! Messieurs, est ce qu'on ne va pas bientôt finir de nous élever une jeunesse sans Dieu, une jeunesse sans mœurs, qui livre à tous les vents les germes de l'avenir et
qui perd les sources de la vie ? une jeunesse égarée jusqu'au délire et corrompue jusqu'à la moelle qui dissipe sans remords, parce qu'elle est sans conscience, le patrimoine de l'humanité ? L'art de garder la vie et de la transmettre n'est pas autre chose que l'art d'être sage, l'art d'avoir une foi et une loi. Le vice de nos jours tue plus de citoyens que la guerre. Vainement vous multiplierez avec toute la sollicitude imaginable toutes les précautions de l'hygiène publique et privée dans nos grandes capitales. C'est la vertu surtout qu'il faudrait y mettre en honneur. Là est le secret de la vie, le secret de la durée, le secret de la vigueur physique. Encore un mot qui ne sera d'ailleurs que la suite, la conséquence, la conclusion de ce que vous venez d'entendre. La vigueur physique se perd dans les grandes cités.
3" Est-ce que les maladies n'y sont pas beaucoup plus fréquentes que dans les campagnes? Le catalogue serait long des maladies dont les villes ont à peu près le monopole. L'anémie, cette plaie des races contemporaines, n'est guère connue des campagnards qui mènent une vie âpre et frugale, qui sont durcis aux intempéries. La phtisie pulmonaire fait périr à Paris plus de 200 personnes par semaine, ta plupart dans un âge peu avancé. Certainement la mort ne prélèverait pas un tel tribut sur ces jeunes gens et ces jeunes filles, s'ils eussent
grandi aux champs... Parlons un peu de la phtisie pulmonaire, ou de la tuberculose, comme on dit aujourd'hui. En France, surune moyenne de 6 décès, il y en a un de provoqué par cette terrible maladie Or, le nombre des décès par tuberculose est généralement proportionnel à la densité et à la misère de la population. La tuberculose sévit surtout dans les villes, et dans les quartiers pauvres des villes. A Paris le quart des décès sont dus à la tuberculose. Cette proportion est énorme. Mais, pour en apprécier toute la valeur, il importe de nous enquérir de 1 âge des décédés. La tuberculose frappe surtout les jeunes. Des gens qui ont succombé à Paris dans le cours de l'année 1899 entre 20 et 40, la tuberculose en a tué 60 0/0. Et des parisiens disparus à la fleur de l'âge entre 20 et 30 ans, deux sur trois sont morts de la tuberculose.
Messieurs, il est convenu, depuis Victor Hugo, que Paris est la ville Lumière. Soit. Mais il est incontestable que Paris est la ville Tuberculose. Ceci est d'une lumineuse évidence après la statistique que je viens de vous donner. Il me semble. Messieurs, que j'ai prouvé ma thèse, à savoir que la désertion des campagnes détériore la race, cette belle race française que nous sommes. Prenons garde. Sauvez, Messieurs, le sang de la France! Sauvez l'âme de la France ! Je me propose de vous dire cela dimanche.
Amen!
QUATORZIEME CONFERENCE