II. On préfère la We
Aujourd'hui, grâce à la facilité des communications et à la diffusion de la presse, grâce aussi à la diminution de la foi religieuse au sein de la nation, le besoin du luxe et des jouissances a pénétré, dans une certaine mesure, jusqu'au fond delà plus humble chaumière. Le paysan voit l'ouvrier mieux vêtu que lui, mieux logé, ayant plus de bien-être avec moins de travail... et ces apparences souvent trompeuses l'inclinent à chercher une condition autre et meilleure.
A la ville, pense-t-il, la vie est plus facile et le confortable plus grand, on y mange mieux. Le pain est plus blanc et la nourriture plus délicate, on a sous la main le boulanger, le boucher, l'épicier, tous les comestibles, et toutes les boissons désirables. A la ville le travail est moins grossier. Les ateliers eux-mêmes ont une physionomie de propreté et de convenance que n'a pas, que ne peut pas avoir la cour de la métairie, où on est générale ment à l'abri du froid et du chaud. On est moins à la merci du mauvais temps et de l'inclémence des saisons, à la ville les plaisirs et les amusements sont plus à portée. Les lieux de réunion sont plus sous
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la main ; les cafés, les auberges et les autres moyens de distraction sont plas nombreux et d'un plus facile accès qu'au village... on a le théâtre, le café-concert, le cirque, sans compter les courses, la foire du mail, les fêtes de quartier et le reste. Car dans les villes la liste des attractions augmente tous les jours. Les entrepreneurs de réjouissances publiques inventent sans cesse du nouveau. Et la jeunesse, dont on déplore la corruption précoce, est vraiment plus à plaindre qu'à blâmer... tant sont nombreux, variés, séduisants les appâts qu'on offre à son inexpérience et à son amour du plaisir. Enfin à la ville, on est son maître. Si l'on veut jouir, rien n'est plus aisé que d'échapper aux regards indiscrets, au contrôle des parents, des amis et des voisins. On n'est ni vu, ni connu. On se mêle à la foule, on y perd son nom et sa personnalité. On passe inaperçu au milieu de l'immense multitude. Que si môme il est nécessaire de faire un mauvais coup pour se procurer des jouissances interdites, noyé dans la masse, on a l'espoir et la chance de se dérober à toutes les investigations et de faire le mal sans en solder les frais.
En résumé, la vie des champs est dure. La vie des grandes cités est facile. Et, parce que trop souvent on met le plaisir au-dessus de tout, au-dessus de la conscience, au-dessus mi^me d»- l'iLtérêt bien entendu, on sacrifie la vie des champs, et on lui préfère la vie urbaine.
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