‹ Nos plaies socialesChapitre 8 sur 133 · LETTRE DE M. L'ABBÉ LEMIRE XII · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. L'ABBÉ LEMIRE XII

provient-elle uniquement du fait des agglomérations urbaines ? Le Christianisme règne-t-il en maître sur les consciences paysannes ? »

Vous avez vous-même, mon cher Cure', cité quelque part une parole de Taine : « Par un recul invisible et lent, la grosse masse rurale, à l'exemple de la grosse masse urbaine, est en train de devenir paîeyine ! »

Et le paganisme de la campagne n'est-il pas plus lourde plus grossier et plus égoïste que celui de la ville?

Partout où le Christianisme baisse, reconnaissons-le dès Fabord, la morale, la grandeur d'âme, Vamour du prochain baissent également. On devient dur, cupide et jouisseur. La famille est une charge et la dépopulation commence, la volupté étant essentiellement homicide.

Néanmoins il est généralement vrai que le bon air qu'on respire aux champs^ la vie sobre et dure qu'on y mène, t attachement aux vieux usages chr-étiens qu'on y observe, contribuent à la santé physique et morale de la population, et que la désertion des campagnes équivaut le plus souvent à une diminution de la race et à un affaiblissement du pays.

Nous disons qu'il en est ainsi d'une manière générale^ \ car il y a à cette règle de nombreuses exceptions. L'entraînement des villes, l'activité de l'industrie agissent sur certains tempéraments lourds et mous, et les transforment fort utilement. Taivu maintes fois le coup de fouet parisien secouer la torpeur d'un provincial ignare, et réveiller chez lui une activité et une intelligence qui seraient restées endormies à tout jamais dans la compagnie des bœufs et des moutons.

Le campagnard grandi par la religion, anobli par l'exemple du prêtre et du propriétaire rural, affiné par

la délicatesse de la femme croyante et chaste, se dresse avec une beauté mâle et digne. Je le connais cet homme indépendant, sobre et courageux. Il est la force du pays.

Mais pourquoi devient-il plus rare ?

Pourquoi son fils et sa fille quittent-ils le vieux foyer?

A cause de la séduction des grands gains. C'est la pièce d'or qui éloigne des champs. Le même effort aboutit d'une part à un salaire immédiat, qu'on touche intégralement, qu'on dépense aussitôt c'est vrai, mais qu'on a au moins le plaisir de palper, de manipuler; et d'autre part il aboutit à des risques de toute sorte, moissons mises en péril, bétail sujet aux maladies, etc. Le Jour où. l'on place dans un plateau de la balance le profit immédiat du travail en ville, et dans l'autre plateau celui du travail à la campagne, c'en est fait de celui-ci. Il est vaincu. Il est discrédité.

Mais il y a dans la vie des champs un élément de grandeur et d'indépendance qu'on ne peut pas apprécier à prix d^ argent, et qui place cette vie hors pair àV égard de la vie urbaine. Vous le mettez admirablement en relief dans vos conférences, mon cher Curé, cet élément de grandeur.

Et vous en confiez la garde au clergé et à la classe dirigeante.

Par classe dirigeante vous entendez le cultivateur instruit, le propriétaire visitant ses terres. L'un et l'autre ont à remplir une mission d'éducation, de relèvement et d'exemple qui s'impose à leur conscience, et s'ils sont catholiques, qui est une conséquence de leur foi.

Quant au clergé, il n'aura qu'à vous lire pour comprendre le rôle merveilleux qui lui est ira ditionnellement

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