‹ Nos plaies socialesChapitre 9 sur 133 · LETTRE DE M. L'ABBÉ LEMIRE XXI · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. L'ABBÉ LEMIRE XXI

impose et qu'il peut seul efficacement remplir à V égard des populations rurales.

On ne saurait trop le répéter :

Il n'y a point de démocratie paysanne sans prêtres zélés et instruits. On a pu dire qu'au m.oyen âge les évêques avaient fait la France comme les abeilles font une ruche : c'est la parole de Guizoi. Elle est vraie. Mais les évêques, seigneurs féodaux, avaient fait une France féodale, une France aristocratique.

Je l'ai dit un Jour à Tarbes, dans un grand Congrès de syndicats agricoles. La France de l'avenir est une France démocratique et, pour faire autant de citoyens qu'il y a d'électeurs, il faut une action directe sur chaque homme, une action locale et individuelle, comme celle que peut seul exercer le curé de la paroisse. C'est donc lui qui profitera le plus de vos instructions cher Monsieur Gibier. Vous avez bien fait de les publier.

Vos confrères des campagnes les liront avec le plus grand intérêt, et sauront en tirer le meilleur profit.

Semence apostolique jetée d'une main sûre et vigoureuse dans l'église Saint-Paterne, elle volera au loin, em,portée par les feuilles d'un livre, et elle s'en ira produire des fruits dans nos humbles paroisses rurales. C'est beau pour vous, curé de ville débordé par des œuvres de toute sorte, de songer ainsi au bien des campagnes.

Mais vous savez, par expérience, que les villes ellesmêmes y gagneront : si les Jeunes gens et les Jeunes filles qui continueront à affluer dans leur enceinte, attirés par les grands salaires, et poussés par la pénurie du travail aux champs qu'occasionnent les machines, apportent, avec eux, l'inappréciable trésor de la moralité et de la

fui chrétienne^ ils seront, pour les cités industrielles, le meilleur appoint de Vhonnêteté, de la vertu et de Vhonneur!

Et en plaidant la cause des campagnes, vous aurez contribué à améliorer la condition des villes. Tant il est vrai que, lorsqu'on guérit une plaie sociale, tout le corps de ÏÉtat, toutes les sociétés, la Patrie comme l'Église^ s'en trouvent bien, en ressentent les heureux effets.

Je suis, mon cher Curé, votre tout dévoué confrère,

Abbé J. LEMIRE,

Prêtre, député du Nord.

Page 1