‹ Nos plaies socialesChapitre 80 sur 133 · I. Qu'est-ce qu'un fonctionnaire · texte numérisé non relu

I. Qu'est-ce qu'un fonctionnaire

Un fonctionnaire est un homme qui détient une portion de la puissance publique et qui est payé par l'Etat. Tous les termes de cette définition sont à considérer.

1° Un fonctionnaire est un homme... Ce premier mot n'est point à dédaigner, à passer sous silence. Le fonctionnaire n'est point une chose, un instrument quelconque dont on peut user et abuser, que l'on peut impunément priver de toutes les li-

bertés et appliquer à toutes les besognes. Non, C'est un homme. Sa qualité de fonctionnaire sesuperpose à sa qualité d'homme, mais ne la supprime pas. Donc il garde, et l'on doit respecter en lui tous ses droits d'homme.

Le fonctionnaire est un homme. // a une aune. Donc il a le droit de sauver son âme, et de faire tout ce qui est nécessaire pour sauver son âme. Chrétien baptisé, il a le droit de vivre conséquemnient à son baptême — de prier non seulement chez lui, mais en public — d'aller à la messe et même aux vêpres, et même à la procession, si cela lui plaît — de se confesser et de communier à Pâques,, et même plus souvent s'il le désire — de visiter son curé et même de le saluer dans la rue. Protestant, il a le droit d'aller au temple. Franc-maçon, il a le droit d'aller à la loge. Athée, il a le droit de s'abstenir de tout culte religieux. Juif, il a le droit d'aller à la synagogue. Catholique, pourquoi n'aurait-il pas le droit d'aller à l'église? « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions môme religieuses », dit l'article 10 de la Déclaration des Droits de l'homme. Et quand la Déclaration ne le dirait pas, la simple équité naturelle le dit. Le fonctionnaire est un homme, il a une âme, donc il a droit à la liberté de conscience, à sa liberté religieuse.

// a une famille. Donc il a le droit d'élever ses enfants comme /)on lui semble, de les élever

comme il a été élevé lui-même ou autrement. Le fonctionnaire ne cesse pas plus d'être père qu'il ne cesse d'être homme, et ses droits de père sont aussi sacrés, sinon plus sacrés, que ses droits d'homme. Les fils de son sang et de sa foi sont à lui avant d'être Ti l'Etat. Il a le droit de les élever chrétiennement, l't de chercher pour eux des maîtres qui •continuent dans l'école les enseignements religieux du foyer domestique. On ne peut les soustraire à sa direction, sans outrager en lui l'autorité paternelle, type et source de toute autorité sociale. Et si on invoque, pour le séduire ou le contraindre l'obligation du savoir, la nécessité du progrès, les devoirs du citoyen, il a le droit de regimber et de dire : « Autant et plus que qui que ce soit, je veux que mes enfants soient des hommes de science et de progrès, d'honnêtes et utiles citoyens. Mais j'estime qu'ils le seront d'autant mieux qu'on aura commencé par en faire de bons chrétiens ». Un fonctionnaire est un homme. Donc il a droit à la liberté religieuse pour lui-même et pour sa l'a mi Ile.

2° Un fonctionnaire est un homme gui détient une portion de la puissance publique. Dans la puissance publique on distingue trois pouvoirs distincts et juxtaposés : le judiciaire, l'exécutif et le législatif. — Et chacun de ces pouvoirs, à cause de la complexité savante de la société, a des rami-

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lications très étendues, par exemple, le pouvoir judiciaire se diversifie en une multitude de tribunaux. — Le pouvoir exécutif compte « Départements ministériels : Intérieur, Finances, AlFaires étrangères, Guerre, Marine, Agriculture, Industrie, Commerce, Colonies, Instruction publique, Travail. — Puis dans chaque ministère apparaissent des divisions, et dans chaque division des bureaux distincts, toute une spécialisation de fonctions diverses, toute une hiérarchie de fonctionnaires, une véritable armée. Il y a les fonctionnaires qui participent au pouvoir judiciaire, ceux qui participent au pouvoir exécutif, et ceux qui participent au pouvoir législatif. Il y a les fonctionnaires qui relèvent de l'Etat, ceux qui relèvent des départements, et ceux qui relèvent des communes. — Chacun a sa mission particulière, mais tous ont un caractère commun : ils sont les remplaçants, les suppléants, les représentants de la puissance publique ; ils détiennent une portion quelconque de la puissance. A ce titre ils méritent honneur et respect. Ace titre ils méritent salaire.

3° Un fonctionnaire est un homme "payé -par l'État. C'est justice. Celui-là doit vous payer, pour qui vous travaillez. Le fonctionnaire donne son temps et sa peine à l'Etat, donc l'État lui doit une juste rétribution. Et, en soldant cette rétribution, l'Etat ne fait pas une aumône, ni une gracieuseté,

il acquitte une dette stricte. Pour recevoir son traitement, le fonctionnaire est obligé de donner ses loyaux services. En justice il n'est pas obligé à autre chose. Il n'est point obligé de livrer sonàme, sa conscience, sa foi religieuse, la religion de ses ancêtres et de ses descendants. Dans le contrat qu'il fait avec l'Etat, il engage son travail et non sa liberté. Qu'est-ce qu'un fonctionnaire? J'ai répondu. C'est un homme qui détient une portion de la puissance publique et qui est payé par l'État. Vient maintenant la seconde question.

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