‹ Nos plaies socialesChapitre 81 sur 133 · II. Le prêtre est-il un fonctionnaire · texte numérisé non relu

II. Le prêtre est-il un fonctionnaire

Si je pose cette question, ce n'est pas que je prétende avilir le titre de fonctionnaire, qui est on ne peut plus respectable. Je veux seulement dissiper des malentendus, qui obscurcissent beaucoup d'esprits. Non, le prêtre n'est pas un fonctionnaire. Je le prouve.

i" Le prêtre ne détient pas la moindre parcelle de la puissance publique.

Etablissons d'abord un principe capital, essentiel, décisif. Quelques-uns ont cette idée que la puissance publique est souveraine en toute matière, et qu'elle a la haute main sur le culte, sur la religion comme sur tout le reste. C'est une erreur. Oui, sous

le paganisme la puissance publique administrait en même temps l'ordre temporel et l'ordre religieux, et les prêtres de la Grèce et de Rome étaient des fonctionnaires de l'Etat au même titre que les généraux d'armée et les gouverneurs de provinces. Mais le christianisme a changé cela. Pour libérer les consciences, il a séparé les pouvoirs. Il a mis d'un côté César, l'Empire, l'Etat, et d'un autre côté Dieu, le Sacerdoce, l'Eglise; d'un côté le temporel, et d'un autre côté le spirituel.

Représentant de Dieu et administrateur du spirituel le prêtre ne détient aucune parcelle de la puissance publique, de la puissance temporelle, soit judiciaire, soit administrative, soit militaire, soit d'aucune sorte. Il n'est l'agent du gouvernement civil ni dans l'Etat, ni dans le département, ni dans le canton, ni dans la commune, ni dans l'armée, ni dans la magistrature, ni dans les finances. Il n'exerce sa mission, son autorité, en vertu d'aucune délégation de la loi. Donc il n'est pas fonctionnaire de l'État.

Sans doute les Évêques et certains curés sont nommés, désignés par l'Etat. Mais ce n'est pas l'Etat qui les institue, qui les consacre, qui leur donne le pouvoir d'ordre et de juridiction. Ce n'est pas du président de la République et de ses ministres que les évêques et les curés tiennent leur mission d'enseigner l'Evangile, d'administrer les sacrements, de diriger les fidèles dans leurs diocèses ou dans

leurs paroisses. N'est-ce pas l'évidence même? La puissance du prêtre est autre et plus haute quecelle de l'Etat, et il serait puéril de prétendre que nous tenons de TEtat l'extraordinaire et surnaturel pouvoir de dire la messe, de pardonner les péchés, d'absoudre les mourants, de gouverner les consciences, d'ouvrir et de fermer le ciel, et d'agir sur la divinité même. Dites que le prêtre est fonctionnaire de l'Eglise dans l'ordre spirituel. C'est vrai, mais fonctionnaire de l'Etat dans l'ordre temporel? non! car il ne détient pas la moindre parcelle de la puissance publique.

2* Cependant^ disent quelques-uns^ le prêtre est payé par F État... dont il est fonctionnaire. Nullement.

D'abord plus de la moitié des prêtres ne sont pas payés par l'Etat, par exemple les professeurs, tous les vicaires d'Orléans ne reçoivent pas un sou de l'Etat. Le titre de fonctionnaire ne leur serait donc pas applicable.

Ce titre ne convient pas davantage aux autres membres du clergé qui reçoivent de l'Etat un traitement régulier. Car ce traitement n'est pas un salaire; il est le paiement d'une dette rigoureuse contractée par la nation, d'une dette de justice que rien ne peut effacer. Il est la réparation très faible et très précaire d'un vol sacrilège commis par la Révolution en 1790. Cette réparation est très faible^

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I car l'État a pris 5 milliards et il paie une rente de i 40 millions, pas même 1 0/0. Cette réparation est ; très précaire, car on la pèse et on la mesure tous les ans dans la même balance oii s'agitent les destinées des chemins vicinaux, et, au lieu d'être inscrite sur le grand livre de la dette publique, elle est sans cesse remise en question par tous les partis qui prennent chacun à son tour le gouvernement de la France. Le clergé ne reçoit pas un salaire, mais l'intérêt du capital qui lui a été pris, Féquipollent minime des biens ecclésiastiques confisqués en 1790. Les prêtres ne sont pas des fonctionnaires « Considérer les prêtres comme des fonctionnaires, dit Dupin, serait blesser le sacerdoce dans son essence ». Tout cela. Messieurs, est la simplicité même. Et cependant quand les erreurs les plus grossières s'affirment avec impudence et veulent s'imposer à l'opinion abusée, n'est-il pas utile de rappeler les vérités les plus élémentaires? C'est ce que je viens de faire.

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YL\&TIÈME CONFERENCE

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