IV. Le$ Remèdes (suite
1° LE RETOUR A LA FOI ET AUX MŒURS CHRÉTIENNES (suite)
Messieurs,
Le premier remède à la désertion des campagnes est le retour à la foi et aux mœurs chrétiennes. En effet, dans le passé l'Eglise a été la mère de TAgricullure. Dans le présent elle en est la gardienne. C'est ce que je me propose de vous montrer aujourd hui.
1° La vie des champs est très humble et très dédaignée. La religion la relève et la glorifie.
2° La vie des champs est très dure et très précaire. La religion l'adoucit et la protège.
Je vais établir ces deux propositions et en faire sortir des conclusions pratiques.
L Lsk Religion relevé et gloriûe la vie des champs.
La vie des champs a donc besoin d'être relevée et
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glorifiée ? Oui certes. Car l*" Elle est très humble eu elle-même. Vieillir dans un village ignoré, dans une masure inaperçue, sur le modeste héritage paternel, sur un sillon vulgaire, tandis que d'autres brillent et s'amusent, ou du moins semblent briller et s'amuser dans les plaisirs de la ville et des distractions... vivre au milieu de campagnards à l'éducation rudimentaire et aux habitudes rustiques, tandis qu'on pourrait se procurer des sociétés plus^ raffinées et un commerce plus agréable... c'est pénible à l'orgueil humain, et facilement l'orgueil humain se dépite et s'ennuie au coin de cet âtre solitaire et tranquille, oii flambe pourtant le véritable feu de l'honnêteté et du bonheur. La vie des. champs est très humble, et de plus 2° elle est généralement très dédaignée. Pascal a dit un grand mot: Bien des malheurs en ce monde viennent de ce « qu'on ne sait pas demeurer chez soi ». Non i on ne le sait plus : ni le simple habitant des villages que des rêves insensés arrachent à sa charrue, — ni les riches possesseurs de domaines qu'un injustifiable dégoût éloigne des salutaires occupations et des saines jouissances de la campagnes et livre aux tentations d'une opulente oisiveté. La vie des champs est très humble et très dédaignée. Elle a besoin d'être relevée et glorifiée. Qui fera cela? La religion surtout.
1** D'abord la Religion exalte l'humilité. EUe-
«ignale l'orgueil comme la source de tous les vices «t de tous les maux de l'humanité. Elle fait de l'humilité la plus essentielle de toutes les vertus et le germe de toutes les perfections morales. Il y a du divin dans cette profonde psychologie; l'homme ne l'aurait jamais imaginée. La Religion enseigne la modération des désirs. Elle amortit les ambitions malsaines. Elle fait accepter la loi d'inégalité, sans laquelle aucune société n'est possible. L'égoïsmedit: (( Je veux paraître ». La Religion dit : « Reste à ta place ». Et elle apaise la démocratie rurale. Elle arrête l'esprit d'aventure et les folles entreprises inspirées par une imagination échauffée. Elle maintient au village la simplicité, mère de la vertu et du bonheur. Et non contente d'exalter l'humilité, la Religion exalte les humbles.
2° Elle divinise le travail manuel. Elle le fait apparaître comme la part choisie par le Fils de Dieu, descendu des splendeurs du ciel pour instruire €t racheter l'humanité perdue. Et, en effet, le Verbe de Dieu fait homme, Jésus-Christ, n'a pas voulu ressembler aux rois, aux grands, aux puissants, aux riches, aux hommes de faste et de loisirs. Il s'est fait ouvrier. Il n'a exercé le ministère apostolique que pendant trois ans. Pendant 30 années il a mené la vie obscure et humiliée du travailleur manuel. Dans les premiers siècles de l'Eglise les chrétiens se sou venaient encore des charrues que le
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Sauveur avait faites. « 0 Dieu, s'écrie Bossuet, je 1 suis saisi... orgueil, viens crever à ce spectacle! Jésus, fils d'un charpentier, charpentier luimôme, connu par cet exercice... Que ceux qui vivent d'un art mécanique se consolent et se réjouissent. Jésus-Christ est de leur corps ». Ouvrier, paysan, tu peux sans déchoir exercer ton état ; il est digne de toi, puisqu'il est digne d'un Dieu. Le Christ a signé tes lettres de noblesse. La Religion divinise l'humble travail des mains. Et puis,
3" Où \a.'t-e\\e p?'endre la plupart de ses ministres sinon dans la vie des champs ? Ceci, Messieurs, mérite encore d'être remarqué. Nos campagnes sont les plus riches pépinières de prêtres et de soldats. Le sacerdoce catholique se recrute surtout au village. Ce n'est pas un mal. J'oserai même dire que c'est un bien. Sorti des fortes populations des campagnes, le prêtre en connaît la langue, en aime les travaux, en a les vertus: la simplicité, la patience, la douceur, la ténacité, le robuste bon sens, la souriante gaieté, la noble indépendance, l'aptitude à ^ l'effort et à la peine. Le curé de campagne, fils du laboureur ou du vigneron, est une des bases granitiques de l'Église, et aujourd'hui plus que jamais, un des plus solides remparts de la société menacée.
La Religion va chercher au village la plupart de
ses ministres. La Religion divinise le travail manuel. La Religion exalte l'humilité. Elle relève et glorifie la vie des champs. Elle fait mieux encore.
IL La Religion adoucit et protège la lae des champs.
La vie des champs a donc besoin d'être adoucie et -protégée ? Oui certes. 1° Elle est très dure. Aux champs, le logement, le vêtement et la nourriture sont simples. On a le nécessaire, on connaît peu le superflu — aux champs, le travail est ininterrompu. On se lève de honne heure, et on se couche tard. On tourmente du matin au soir une matière inerte, rebelle et grossière. On a à subir les intempéries des saisons. Les fêtes et les distractions sont rares. Avec cela la vie des champs est 2° très précaire et très aléatoire. Que faut-il quelquefois pour détruire le travail et les espérances de toute une année? Fénelon le disait autrefois aux laboureurs des Flandres : « Une nuit froide, un orage, un rayon de soleil après un brouillard, c'est assez ». Telle est l'agriculture. C'est le métier, la condition où l'impuissance personnelle de l'homme est le plus évidente. La vie des champs est très dure et très précaire. Elle a besoin d'être adoucie et protégée. Qui fera cela? La religion surtout.
i° La Religion inspire à l'homme des champs la résignation et le courage. Il faut au cultivateur de nos champs, autant et plus qu'à ceux qu'on appelle les riches et les heureux de ce monde, la résignation qui accepte la douleur, le courage qui marche sans défaillance sur les cailloux pointus de la vie d'ici-bas, et des espérances plus hautes que celles de la terre. Or, à, qui, sinon à la religion, le travailleur demandera-t-il cette résignation, ce courage et ces espérances? Qui, sinon la religion, en renouvellera la source si souvent et si vite épuisée? La religion seule est capable d'élever l'ami du peuple, ^\vi\\ du paysan à la hauteur de tous les sacrifices. i::ille seule a des consolations pour toutes les tristesses, un baume divin pour toutes les blessures. Elle seule est le réservoir providentiel où vont chercher la force morale ceux qui travaillent, qui souffrent et qui pleurent. L'impiété pense bien essayer de tarir ce réservoir ; mais elle ne peut pas nous dire par quoi elle le remplacera. La religion inspire à l'homme des champs la résignation et le courage.
2° La religion appelle Dieu lui-même au secours de l'homme des champs. Dans les villes, au milieu de l'épaisse fumée et des merveilles resplendissantes de l'industrie, la main de l'ouvrier mortel dérobe facilement au regard la main de l'ouvrier divin, et l'homme courbé sur son ouvrage est ex-
posé à devenir une machine vivante, un corps sans âme qui n'a pas le temps de s'interrompre, même pour se mettre à genoux. A la campagne Y homme reçoit la pensée de Dieu par tous les sens. La terre est un sermon vivant et vibrant qui prêche le Créateur. Toutes ses voix, voix de ses sillons, de ses oiseaux ou de ses brises qui chantent dans les arbres, parlent sans cesse de Dieu. On peut laïciser les écoles, les hôpitaux, les institutions de bienfaisance qui sont nées de la tendresse de l'Eglise et de la munificence de nos pères; on ne laïcisera point notre terre, notre ciel, nos fleurs, nos étoiles, ni la grande nature qui redit à tous les échos : « C'est Dieu qui m'a créée ». La nature est un temple qui porte au frontispice le nom de son auteur. Et non seulement l'homme des champs ne peut pas ne pas penser à Dieu, ne pas le rencontrer ; mais il ne peut pas ne pas le prier. Il a sans cesse besoin de lui. Tout homme qui a quelques épis à faire mûrir et les cheveux blancs de son père à garder, est enrôlé par une sainte violence des choses au nombre de ceux qui adorent. Toujours menacé dans ses moissons, dans ses vignes, dans ses animaux domestiques, dans son pain quotidien, dans son travail d'aujourd'hui et dans ses espérances de demain, l'homme des champs ne saurait se passer de Dieu... et la religion est le refuge naturel et nécessaire ouvert à sa faiblesse et à ses craintes et à ses déceptions. La religion élève, glo-
rifle, adoucit, protège, consacre la vie des champs. Donc le retour à la religion, à la foi et aux mœurs chrétiennes est le remède qu'il faut opposer à la désertion des campagnes.
Conclusion.
Je vous signale en terminant un fait et un devoir.
1° Que voyons-nous à l'heure actuelle dans nos campagnes ? Nous voyons l'envahissement progressif du village par l'irréligion . Le fait n'est pas niable. Ceux qui connaissent les campagnes, depuis 30 ou 40 ans, peuvent aisément mesurer le changement qui s'y est produit au point de vue moral et religieux. L'irréligion empoisonne de plus en plus nos populations rurales. Dans notre état social si alarmant, c'est peut-être là ce qu'il y a de plus inquiétant pour l'avenir. Car 1" le paysan, c'est le fond de la nation. Et 2° quand le paysan sera tout à fait gâté, il ne sera pas facile de le guérir. [1 est tenace dans le mal comme dans le bien. Or, regardez un peu le mal qui se fait et la gangrène qui avance.
Grâce au bon marché, les plus détestables /ow/'naux inondent nos campagnes. Ils ont des vendeurs dans les moindres villages. Les enfants qui vont a l'école ont mission de les acheter et de les rappor-
LA DÉSERTION DES CAMPAGNES 4i*
ter chaque jour. On les lit à la veillée. Le dimanche, sur la semaine môme, les garçons et les filles de ferme les lisent en gardant leurs troupeaux.
Et puis VinfLuence du curé de campagne^ cette influence si désintéressée et si conciliatrice, est fortement menacée, combattue qu'elle est par toutes les forces de l'administration et tous les efforts de l'enseignement public. Et quel est le successeur du prêtre dans la confiance des masses? Le marchand de vin ou le mastroquet. Voilà ce que d'aveugles libres penseurs ont le front d'appeler l'émancipation spirituelle du peuple. La déchristianisation du peuple des campagnes est un fait patent et une immense menace pour l'avenir.
2° Que faire ? Nous ne saurions regarder d'un œil sec et indifférent l'œuvre de destruction religieuse et de décomposition morale qui s'opère au sein de nos populations rurales. 11 faut réagir. Il faut opposer la bonne presse à la mauvaise presse. Y pensons-nous? Et puis il faut nous hâter de convertir, de christianiser les villes pour que des grands centres la lumière se propagejusque dans les plus humbles localités. Les campagnes se sont paganisées après les villes. A l'exemple des villes elles reviendront à la foi, et par la foi à la moralité et au bonheur. Ici, Messieurs, nous sommes en bonne voie. Continuons ensemble l'œuvre commencée, et que Dieu bénisse nos communs efforts !
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VINaT-HUITIÈME CONFÉRENCE