DETRUIRE, DIMINUER AU MOINS, LES DÉFAUTS
Un défaut, c'est tout ce qui dépare, enlaidit, affaiblit ;
Tout ce qui rend incomplet, empêche d'être utile ;
Tout ce qui est désagréable, pénible à supporter — quelquefois nuisible ;
I. Nous croyons utile — dès ces premières pages, — de recommander aux maîtresses le volume intitulé : Vie au pensionnat .
Elles trouveront là des détails précieux pour les diriger dans la formation de l'âme, de l'esprit et du cœur de la jeune fille.
Ce livre, au jugement de plusieurs personnes expérimentées, est aussi utile, plus utile peut-être, aux maîtresses qu'aux élèves.
(AuBASEL. éditeur).
Tout ce qui en général empêche une créature d"étre ce qu'elle devait être. — Un défaiit, c'est ce qti^il ne faut pas...
Un défaut n'est pas une simple tache ou une difformité auxquelles on s'accoutume.
Un défaut est comme un être vivant qui grandit, qui se propage... qui peut devenir vice. — Plante vivante et malfaisante, eUe grandit toujours ; elle a besoin d'être émondée fréquemment, jusqu'à ce qu'elle soit déracinée.
Il y a des défauts de corps, de caractère, d^esprit, de cœur, de volonté. — L'éducation s'occupe spécialement des défauts du caractère, de l'esprit, de la volonté et du cœur.
Nous nous bornerons ici à signaler les deux principaux défauts de l'enfant, qui se manifestent dès les premiers jours, — qui sont le germe d'une foule d'autres - — et qu'il faut s'attacher à détruire.
Premier défaut à combattre :
L'Egoïsme
L'égoïsme est la tendance chez l'enfant à rapporter tout à Lui.
i" L'égoïsme est inné et se trouve plus ou moins chez tous les enfants.
L'enfant veut tout ce qui lui plait.
L'enfant veut avoir toitt seul tout ce qui lui plaît,
L'enfant veut avoir iont de suite tout ce qui lui plait,
L'enfant se met peu en peine de déranger, de contrarier, de faire souffrir pour avoir ce qui lui plait.
L'enfant crie et se dépite s'il n'a pas ce qui lui plait, sans se mettre en peine si on peut le lui procurer,
L'enfant croit que tout le monde est à son service — n'a qu'à penser à lui — à s'occuper de lui — à travailler pour lui. — Et poussé, par un instinct dont il ne se rend pas compte, il cherche à se procurer tout ce qui lui plait. — De là, le mensonge, le vol...
L'enfant n'a, ce semble, qu'un mot à son service : je veux cela, moi — je ne ferai pas cela, moi — cela tn ennuie, moi ;
2° L'égoïsme est alimenté :
Par la complaisance de parents qui pour ne pas contrarier leurs enfants, se prêtent à tous leurs caprices ;
Par la faiblesse des parents, qui ne savent pas résister à un caprice — à un besoin factice — à une
superfluité qui n'a rien d'utile. — L'exigence des enfants augmente avec la complaisance aveugle des parents.
Par l'impatience des parents, qui s'imaginent apaiser les désirs de leur enfant, en leur accordant tout ce qu'il demande : — un désir assouvi excite toujours un autre désir — et ce nouveau désir est exigé plus impérieusement ;
Par l'admiration exagérée des premiers succès de l'enfant, qu'on présente comme de petits prodiges d'ai)iabilit'\ — vantant chacune de leurs paroles, de leurs impertinences et de leurs malices.
3° L'égoisme a pour résultat chez l'enfant ; Le despotistiie qui exige avec empire — qui croit que tout lui est dû ;
Le manque de respect pour les parents qui ont habitué l'enfant à tout exiger. — L'enfant égoïste, demande impérieusement, répond impertinemment, se conduit grossièrement.
La sécheresse de cœur qui ne sait jamais se priver, pour faire plaisir ou pour être utile, — et qui n'aura jamais la pensée d'un sacrifice, pour consoler ou pour soulager ;
La coquetterie, c'est-à-dire, le désir d'être remarqué, — de paraître plus que les autres : d'abord.
par sa toilette plus brillante, plus riche, plus en vue que celle des autres ;
puis par sa manière de se tenir, de marcher, de parler ;
quelquefois même, par sa dissipation affectée ; Le culte du moi n'a pas de limite...
^affaiblissement de la volontr, qui accoutumée à ne rien se refuser, ni à se voir rien refuser, — devient incapable du moindre effort, pour supporter une peine, une contrariété, une gêne — et se laisse aller à tout ce qui est, pour elle, occasion de jouissance, — gourmandise, — tenue molle et sensuelle ...
4° L'égoïsme se corrige, dès les premiers jours, par Vhabltude de la vertu, — c'est-à-dire, par Y obligation imposée des petits renoncements, — obligation de tous les jours, quelquefois de toutes les heures.
Il faut forcer l'enfant à s'imposer des sacrifices insignifiants d'abord, mais qui, fréquemment répétés, finissent par détruire la tendance à tout avoir, à tout garder, à se procurer tout ce qui fait envie, à exiger, impérieusement tout ce qu'il désire: lui demander, — pour faire plaisir à sa mère et au bon Dieu, — de se priver d'une friandise, de ne pas exiger, mais de demander : de se passer d'une parure un peu trop voyante...
Forcer l'enfant â attendre pendant quelques minutes ce qu'il demande ou trop impérieusement ou avec trop d'ardeur, — c'est une sortie, c'est même une chose nécessaire, mais qui n'est pas urgente.
L'engager à être généreux, à donner aux pauvres ce qu'on lui a donné pour liu\ — • à prêter volontiers à ses amis, — à partager ce qu'il a reçu, — à voir de près ceux qui souffrent et à lui montrer comment on les soulage... et combien on est heureux de se priver, pour être utile, de tout acte d'cgoïsme...
L'égoïsme se corrige aussi :
Par la lecture et le récit de traits de dévouement, — d'oubli de soi, — d'héroïsme, montrant ce qu'il y a de beau, de grand, de méritoire dans un renoncement et dans un sacrifice généreux ;
3° L'égoïsme est le penchant qu'il faut combattre à tout prix — et combattre tous les jours ;
L'égoïsme est ce qu'il y a de plus opposé à la destinée de la jeune fille, qui ne doit vivre que de dévouement, de générosité, de sacrifices.
Deuxième défaut à combattre :
^ Le manque de droiture ou la dissimulation.
La dissimulation est un penchant qui porte à prendre des détours :
1° Pour dire ce qiion pense quand il faudrait le dire, — parce qu'on comprend que ce n'est pas avouable et qu'on serait humilié, — alors on ment. — L'art de réussir dans le monde est, dit-on, l'art de dissimuler : c'est hideux.
2^ Pour exprimer ce qu'on désire e\. qu'on sait devoir être refusé, — on dit une partie seulement de ce qu'on désire — ou on inventedesbesoinsfacticespourl'avoir.
3° Pour ne pas avouer ce qu'on a fait, — parce que c'est humiliant ou coupable — et on va quelquefois jusqu'à laisser soupçonner un innocent et même jusqu'à le calomnier...
La dissimulation a pour effet de produire ce qu'il y a de plus vil, même au point de vue humain : Le mensonge dans les paroles, La fourberie dans la conduite, L'hypocrisie dans les actions.
Elle n'en vient pas là avec réflexion, mais elle y entraine petit à petit en habituant à n'aller jamais droit, — c'est la manière du serpent qui ne marche qu'en ondulant.
Les jeunes filles ont une tendance particulière à la dissimulation, à se cacher pour avoir l'air de savoir ce que d'autres ne savent pas ; tendance à se communiquer mystérieusement des niaiseries : ce qui a fait inventer le mot de cachotterie. — Elles ont toujours de petits secrets à se dire.
La dissimulation a pour cause :
i» La crainte d"être grondée ou de n'être plus aimée après une sottise. — Puérilité ; une faute simplement avouée est toujours à demi pardonnée...
2° La timidité de caractère qui n'ose pas aller ouvertement — uniquement parce qu'on nose pas, — conséquence d'un tempérament qui ne peut-être modifié que par la piété^ la confiance en Dieu et la conviction qu'on est aimé et qu'on le sera toujours...
3° La légèreté de caractère qui dit oui ou non sans réflexion, — et qui n'a pas le courage de dire : Je me suis trompée. Qui donc ne se trompe pas r
4° La vanité qui ne veut pas être trouvée en faute... quel est donc l'esprit tant soit peu élevé qui ne comprenne la grandeur de cette parole : Je veux mieux faire — je puis mieux faire — je ferai mieux ?
Le démon est le père de la dissimulation. — Celui qui ne ment jamais est à peu près sur d'atteindre une certaine perfection. — Il pourra ne pas être un (renie ; il sera toujours un être utile, aimé et estimé...
COXSÉa'L'EN'CES DE l'ÉGOÏSME ET DE LA DISSIMULATION.
Ces deux penchants qui dessèchent le cœur et affaiblissent la volonté — s'ils ne sont vigoureusement
réprimés dès l'enfance — laissent germer et grandir d'autres penchants, qui se changent vite en défauts... Ces penchants légers, d'abord, et n'ayant rien qui effraient, sont :
Les petites vanités — les petites sensualités^ Les petites avarices — les petites prodigalités, Les petites méchancetés — les petites tromperies^ Les petites susceptibilités — les petites bouderies.
Une maîtresse expérimentée voit vite comment une âme d'enfant perd sa candeur, son amabilité, son innocence...
I. Elle comprend que le penchant de la vanité porte une enfant :
à paraître plus que les autres,
à dominer en tout toutes les autres,
à jalouser toutes les autres,
à s'attrister du succès des autres,
à dédaigner celles qui paraissent moins que les
autres, celles qui ont moins d'agréments extérieurs, celles qui sont moins élégamment vêtues, celles qui ont moins de mémoire, celles dont les parents ont des vêtements plus
simples, à prodiguer son argent pour avoir ce que n'ont
pas les autres, à accuser ou laisser accuser les autres.
2. Elle comprend que l'e penchant à la sensualité porte un enfant :
à s'accorder tout ce qui flatte les sens, amuse
l'esprit, exalte l'imagination, à ne pas souffrir la moindre gêne, ni la moindre
contrainte, à se plaindre à peu près de tout...
à être maussade et boudeuse, quand elle ne peut
se satisfaire ou quelle doit obéir, à se désoler à la moindre fatigue, à laisser les autres dans la peine, dès qu'elle
devrait se gêner pour les secourir, à se tenir avec nonchalance...
à laisser en désordre les vêtements qu'on a quittés.
Oh ! le manque d'ordre ! Oh ! l'habitude de jeter par terre ou dans un coin, ce dont on ne se sert plus... au dortoir — en classe. L'habitude de ne pas tenir note de son linge, de ses dépenses... comme c'est triste.
3. Elle comprend aussi que, en dehors des défauts qui nuisent à l'âme, il y a chez l'enfant des faiblesses qu'il faut chercher à faire disparaître — effets du tempérament.
L'enfant s'effraie de tout.
L'enfant pleure à la moindre émotion.
L'enfant se lasse vite de tout.
L'enfant semble se plaire à détruire tout.
Comme une éducatrice a besoin de vigilance, de savoir faire — de précautions — de constance — de dévouement !...
Laissez-nous, en finissant, vous donner un conseil dont le bon Dieu vous fera comprendre l'importance d vous plutôt quanx mères.
Ce serait une utile science pour une enfant que celle de lui apprendre à savoir souffrir. — Cette science n'est-elle pas la grande réalité de la vie ?
Certes, nous ne dirons jamais faites souffrir une enfant, mais apprene{-!ui à souffrir une contrariété, une privation, un accident, un malheur...
On ne peut-être heureux si on ne possède pas cette science, on ne peut pas être saint surtout...
« Je connais une école, dit le Semeur Vendéen., où les enfants rivalisent à qui offrira à la fin de la journée le plus de sacrifices au bon Dieu. — Autant de sacrifices, autant de bons points qu'ils marquent sur une petit feuille et qu'ils présentent au bon Dieu, le soir, pour qu'il les reporte sur son grand registre.
Petits moyens., pensez-vous, — grands moyens au contraire, puisqu'ils tournent l'esprit et le cœur des enfants vers le divin crucifié — puisqu'ils les initient de bonne heure à la vraie notion de la vie — puisqu'ils leur font l'apprentissage de vertus, sans lesquelles on n'est ni homme ni chrétien.
... Les petits actes ne passent pas : Ils s'implantent dans l'âme sous forme àliab/iudes. Et l'habitude, la bonne habitude, l'habitude du sacrifice, cest la vertu — la vertu qui se développe, la vertu qui fait les hommes, les chrétiens et, à l'occasion, les lieras et les martyrs. »
Cultiver les vertus.
Le mot cultiver indique qu'il faut faire pour l'âme d'un enfant, ce qu'on fait pour une terre qu'on veut rendre féconde.
Pour qu'une terre produise, il faut :
1° La défricher, c'est-à-dire enlever les mauvaises herbes et les pierres qui l'encombraient.
C'est la correction des défauts dont nous venons de parler.
Les défauts comme les mauvaises herbes repoussent toujours plus ou moins. Il faut toujours, pour ne pas les laisser envahir, la même vigilance et la même assiduité.
2° La préparer en lui donnant :
L'eau qui rend la terre facile à être pénétrée.
La chaleur qui augmente sa vigueur.
ISengrais qui active sa fécondité.
3° L'ensemencer — jetant en elle des graines en rapport avec la récolte qu'on désire, de la : Deux chapitres :
i" Préparation de l'âme ; 2" Ensemencement de l'âme.
Vous comprenez, vous qui, par votre vocation, avez des lumières plus divines, ce qu'est, dans une enfant, son anic innnoriellc. Cette âme, Dieu la regarde avec amour ; cette âme. les anges la saluent comme une sœur.
Il faut la chercher cette âme, dans ces petits membres où elle est répandue et d'oiî elle se manifeste...
Ces membres, il faut les soigner, les respecter — ils sont comme tiii temple où Dieu a déposé sa créature aimée.
PRÉPARATION DE l'aME
L'âme se prépare :
1° par la prière.
La prière ouvre l'âme devant Dieu, appelle Dieu. — Et Dieu descend dans l'âme. — Or, Dieu dans une âme,c'estle bien, — c'est le beau, — c'est la justice, — c'est le vrai, — c'est le dévouement.
La prière éclaire l'âme. Celui qui prie voit mieux ce qu'il a à faire, même dans les choses temporelles.
La prière arrête et calme la précipitation et favorise la réflexion.
La prière est la sauvegarde de l'ordre et de la joie intérieure. — Elle ramène au devoir et la fait aimer...
Parmi les prières d faire aimer par les enfants, même par les plus petits, nous indiquerons seulement :
La visite ait S. Sacrement — visite courte — visite de tous les jours — pendant laquelle l'enfant dira : Mon Dieu je vous aime de tout mon cœur, de toute 7non âme, de toutes mes forces et plus que tout — je vous aime pour ceux qui ne vous aiment pas.
Le Je vous salue Marie — une dizaine de chapelet à faire entrer dans les habitudes journalières, pour qu'elle se conserve toute la vie.
U invocation au bon ange gardien à qui Dieu a confié chacune de ces chères âmes d'enfant.
L'âme se prépare :
2° Par les sacrements.
Les sacrements conservent ou ramènent la présence de Dieu dans l'âme.
Les sacrements augmentent en quelque sorte la puissance de Dieu dans l'âme.
Les sacrements semblent tirer de Dieu des trésors destinés à enrichir l'âme.
Les sacrements sont une force pour l'âme.
L"âtne pourra faire des chûtes : elles ne seront pas profondes, et leurs conséquences ne seront pas désastreuses.
L'âme aura des déceptions : elles ne l'accableront pas — Dieu la soutiendra.
L'âme rencontrera des obstacles : elle les surmontera avec plus de vigueur, de savoir faire, de constance — Dieu l'aidera.
L'âme se prépare :
3° Par l'enseignement religieux :
L'enseignement religieux est la sauvegarde de la prière et des sacrements.
1. Il montre la nécessité de la prière^ non pas seulement comme un attrait^ mais comme un devoir et un moyen à^ garder Dieu en nous et de savoir ce que Dieu veut de nous.
11 montre la manière de prier avec le cœur, sans lequel la prière ne serait que routine ou hypocrisie : savoir ce qnon dit à Dieu et le dire résolument.