‹ Notes de pédagogieChapitre 39 sur 102 · I. 11 se donne sans compter · texte numérisé non relu

I. 11 se donne sans compter

il donne son temps, il donne ses soins, il donne son cœur,

il donne sa santé — mais ici il a besoin de prudence — ou mieux, d'obéissance et doit accepter

tous les soulagements — et tous les jours de repos qu'on lui impose.

Il se donne avec désintéressement, et sans retour — heureux certes d'un remerciement qui l'encourage, mais il ne le cherche pas directement.

Il se donne avec pureté d'intention ; voyant avant tout — dans sa position — une mission divine : le bien réel des enfants dont il est X ange gardien. Et cette pensée :

lui donne une influence .'çlus grande sur l'esprit,

le cœur, le caractère des enfants, lui permet de jouir des consolations de l'âme que Dieu donne à ceux qui travaillent pour Lui et avec Lui.

2. Le principal effet de la générosité dans le dévouement — celui qui est le plus utile à une maîtresse, c'est de lui attirer l'affection de ses élèves.

Or, cette affection, il faut la conquérir à tout prix. — 'Vos élèves vous les appelez vos enfants^ vous êtes donc des mères. Si elles ne vous aiment pas, vous pourrez orner leur intelligence, les rendre capables de briller à un examen, de s'attirer, dans le monde où elles seront plus tard, les éloges des gens superficiels et la jalousie de leurs anciennes compagnes, ce qui les flattera beaucoup — mais votre influence n'ira pas à leur âme et à leur cœur. "Vous n'en ferez ni des enfants pieuses, ni des enfants utiles à leur famille, ni des saintes surtout.

— io8 —

Vous aurez perdu votre temps et... leur âme peut-être.

Se faire aimer de ses élèves est à la fois la chose la plus facile et la plus difficile.

L'affection se montre :

par lin visage paisible, souriant, qui attire et fait dire, même à celles qui voient leur maîtresse pour la première fois : Elle a Vair bon, bien bon,

par l'entrain que met une maîtresse à se mêler aux jeux des petits enfants, des plus petits, et à se faire enfant avec eux,

par son empressement à se prêter aux récréations des grandes élèves — à \&\^rs Jeux d'esprit — à tout ce qui les intéresse — en se procurant tout ce qui est de nature à exciter leur curiosité et à stimuler leur esprit.

Oh I les récréations I Elles exigent de réels sacrifices, mais que de bien elles permettent de faire — quand c'est le cœur et l'âme qui dirigent !

C'est, dans les jeux auxquels on se mêle qu'on parvient à connaître la nature, les penchants, les défauts des élèves.

C'est, dans les causeries en promenade, dans la cour — causeries sans apprêts, sans pédanterie — habilement orientées par une maîtresse intelligente, qu'on peut donner une foule de conseils qui ne seraient pas aussi utiles pendant une classe.

L'affection se montre :

par une parole aimante, qui console, qui relève, qui ouvre le cœur,

par un témoignage de satisfaction après un acte généreux — un devoir difficile bien fait, un sacrifice qui a un peu coûté,

par une patience maternelle à écouter les petits chagrins,

par la communication empressée d'une lettre qui vient de la famille — et alors, à cette enfant, parlez-lui afitectueusement de son père, de sa mère, de ses frères, de tout ce qu'elle aime.

Se faire aimer, cest obtenir des prodiges — mais prenez garde que cet attachement ne dégénère en mollesse et en affection particulière^ — nous en parlerons plus loin — afin que les élèves ne puissent jamais dire que vous avez des préférées, à qui vous passeï tout et pour qui vous avez toujours des sourires...

Les actes de dévouement ne se cataloguent pas. — Ils sont inspirés par le cœur.

Et quand ce cœur est à Dieu, ces actes sont presque à rinfini.

Ils ne sont pas prévus, ils sont spontanés et toujours utiles.

Ils semblent toujours les mêmes^ mais ils ont des nuances qui les adaptent au moment...

— I lO —

Oui, soyez saintes et vous aimerez — et votre amour sera fécond...

Le dévouement doit être prudent.

La prudence est une vertu qui nous fait voir et peser les avantages et les inconvénients d'une action avant de prendre une détermination.

Le dévouement est entraînant par lui-même. — • Il risque, dans les âmes surtout que n"a pas mûries l'expérience, de pousser à des actes qui n'atteignent pas le but qu'il se propose.

C'est la prudence qui donne à l'éducation cette sagesse, ce tact, cet à-propos qui — tout en lui laissant son ardeur — le maintient dans de justes bornes.

i" La prudence éclaire l'esprit, lui indiquant par une intuition rapide :

le moment d'agir, les moyens à prendre pour agir, les dangers de la précipitation dans l'action et la mesure à employer pour éviter les excès du zèle.

2° La prudence porte à ne jamais agir /'fn.çst'' par un premier mouvement irréfléchi — à moins de cas rares — et à prendre conseil dans les choses importantes.

Elle porle encore à prévenir les fautes pour n'avoir pas à punir.

Elle mesure les punitions non seulement à la faute — mais encore et surtout à la nature de l'enfant et à sa conduite habituelle.

Elle évite les punitions ^rne'ra/es pour indiscipline par toute une classe. — Toute la classe n'est certainement pas coupable — et la punition serait injuste pour les innocents.

Cas difficile, qui exige beaucoup de tact, de savoir-faire, de possession de soi-même... mais qui ne doit jamais porter une maîtresse à exiger une dénonciation.

3° La prudence conduit à la justice qui, d'une manière générale, signifie : ce qui est exacte ce qui est conforme à la vérité.

Ne portez pas trop vite un jugement s'il doit surtout être sévère.

La prudence adoucit un reproche par la manière de le présenter — fait accepter une punition par la manière dont elle la fait envisager.

Soyez justes, mais d'une justice qui ne soit ni capricieuse ni trop sévère.

Une sévérité à l'excès rend les enfants irrités — et, pour longtemps, ferme leur âme à la piété et leur cœur à l'affection.

Il y a, chez les enfants, un tact délicat pour apprécier la justice de leur maitresse.

4° La prudence fait chercher les moyens d'être utile à tous sans doute, mais aussi à chaque enfant.^

d'après son caractère, son tempérament, son éducation première.

La règle est la même pour toutes les élèves — c'est vrai — mais que de modifications à apporter pour telle enfant, — et quelle délicatesse pour ne blesser personne !

5° La prudence est prévoyante. — Elle est même un peu timide, et ne craint pas de demander conseil.

6° La prudence sert de guide et de règle dans la manière d'exercer V autorité.

Savoir commander est sans doute un effet des résultats de la prudence qui n'agit qu'avec mesure — qu'avec connaissance de cause — qu'après avoir pris conseil et surtout demandé la lumière de Dieu ; mais supposé dans la personne qui a l'autorité une vertu bien forte et qui a dû lui coûter beaucoup de travail intérieur.

Savoir commander n'est pas seulement l'art d'obtenir l'obéissance matérielle et extérieure : c'est l'art de se faire respecter — estimer — obéir — aimer.. . par un sentiment intime qui montre dans la personne qui a l'autorité, le représentant de Dieu,

le remplaçant du père et même de la mère de famille.

Or, ce résultat ne peut avoir lieu, s'il n'y a pas réellement dans l'âme delà maîtresse qui commande: la vie de Dieu et l'action de Dieu.

7" La prudence exige — et, d'après ce que nous avons dit, vous le comprenez vous-mêmes — que vous vous observiez en tout, de manière à obtenir et à conserver V estime de toutes vos élèves.

Oui, désirer l'estime de vos élèves, ce n'estpasfdfK/Vé? — c'est nécessité pour faire le bien — et voilà commenton apu direqu'une maitressedevaitêtreune sainte. Soyez au moins irréprochable en tout :

dans la tenue extérieure, toujours d'une simplicité élégante et d'une exquise propreté, dans le maintien habituel, évitant :

l'afiFection dans la démarche, le manque de distinction dans les manières, la prétention dans l'ensemble de la vie, dans la parole afin qu'elle n'ait rien de moqueur, rien de trivial, rien de trop grave.

Il faut savoir être enfant avec les enfants ;

savoir s'amuser pour ^es amuser et leur

apprendre à s'amuser, condescendre à tout ce qui leur est agréable et utile...

Mais rester toujours la maîtresse — c'est-à-dire : celle qui commande,

celle qui récompense, qui punit, qui fait grâce, celle sans la permission de laquelle rien ne doit se faire. 8 *

8° En résumé : Une maîtresse devrait avoir : de Dieu : La majesté pour être respectée, Lii justice pour être obéie, La miséricorde pour être aimée ; d'une mère : Vattrait pour attirer,

Vaffection pour recevoir les confidences, La douce parole pour guider, pour relever, pour apaiser.

ARTICLE TROISIEME Troisième qualité d'une bonne Éducatrice.

Un bon caractère.

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