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LA DOUCEUR

Rappelez à votre mémoire cette belle parole de Jésus-Christ :

Heureux les doux, ils posséderont la terre, et faitesen Tapplication à votre vocation d'éducatrice.

Voulez-vous, pour faire du bien à vos enfants, les attirer à vous ? Soyez douce ; et remarquez le mot de Jésus : Vous posséderez l'enfant que vous aurez attirée. Son âme, son cœur, son intelligence, sa volonté seront à vous, et comme alors vous pourrez facilement les donner à Jésus-Christ !

Être douce, c'est être d'un abord facile, agréable, supportant sans trouble, sans laisser paraître ni répugnance, ni indignation, les défauts d"esprit, du cœur... tout ce qui est de nature à impressionner péniblement.

C'est juger des choses sans aigreur, sans passion, sans entêtement.

C'est ne jamais opposer l'humeur à l'humeur — la violence à la violence... mais savoir se posséder et rester toujours polie : Jamais parole dure ne ma réussi, disait une maîtresse expérimentée.

La devise d'une éducatrice qui possède la douceur de Jésus-Christ, est celle-ci :

Sîiavement et fortement.

Devise difficile à appliquer dans la pratique, quand on a à corriger — à redresser — à retrancher — à lutter... et comme une éducatrice a besoin d'une sage direction qui l'éclairé, d'une main vigoureuse qui la soutienne, surtout d'une union intime avec N. S. J.-C. !

La douceur n'est pas l'apathie, ni le tout laisser passer pour ne pas se sentir émue — c'est la possession de son âme sous le regard de Dieu qui vit en elle.

Oh ! savoir résister . — savoir plier — savoir refuser — savoir accorder — savoir revenir sur un ordre donné — savoir s'arrêter à temps — savoir laisser passer un orage — savoir attendre — savoir accommoder un reproche ou une punition^ à l'âge, au tempérament, à l'état présent de l'enfant qui est là !

Que de tact, que de prudence, que de vertus, que d' inspiration divine, ajouterons-nous — il faut à une éducatrice.

La douceur a pour compagne la condescendance. Comprenez la force de ce mot : c'est descendre par affection au niveau de ceux qui sont au-dessous de nous,

C'est s'accommoder à la manière de tous, autant que le permet la raison,

C'est chercher les intérêts des autres plutôt que les siens.

C'est, a-t-on dit joyeusement, être inodore et incolore — n'incommoder personne — ne s'imposer à personne — ne tenir la place de personne.

On a plutôt fait de condescendre à la volonté des autres, que d'amener les autres à notre volonté.

Soyons pliables, mais ne gardons pas les plis.

Le meilleur moyen pour une femme, a-t-on dit, c'est d'être douce.

l'amabilité de la physionomie et la dignité du maintien.

'~ Etre aimable, c'est :

La sérénité du visage.

L'habitude de sourire, L'égalité du caractère, La simplicité dans les manières,

— 1^3 — L'accueil bienveillant, La patience pour écouter, L'humeur égale.

L'absence de brusquerie, La parole simple, douce, ordinairement bonne et

modérée, surtout quand il s'agit de gronder ou

de refuser.

tire digne, c est éviter :

L'affectation dans la démarche,

La vivacité dans les manières et les réponses,

La volubilité dans les paroles, >

L'enfantillage ou la prétention dans la manière

d'agir, Une mise trop recherchée, trop minutieusement

agencée, trop disparate de la mise des autres.

l'urbanité ou simplement la politesse

DES manières.

La politesse dans une maitresse est la fleur de la bonté, du renoncement, de la bienveillance.

Elle complète l'action de l'amabilité qui attire les enfants.

Elle devient pour les élèves une leçon constante de savoir-vivre — développe en elle l'habitude des

procédés délicats et donne un véritable charme aux relations.

Elle empêche toute parole blessante, toute brusquerie, tout désordre, soit dans l'emploi du temps, soit dans l'arrangement extérieur de ce qui est à l'usage de tous...

Elle éloigne de l'esprit des enfants la pensée de traiter trop familièrement la maîtresse — et de manquer de tenue devant elle.

11 n'est pas de maisons d'éducation dans lesquelles on ne donne des leçons de savoir-vivre et de politesse, que M-'' Dupanloup définit : « une application délicate et attentive à témoigner à tous, par notre conduite extérieure, notre estime et notre bienveillance.

« Toute faite de charité, de générosité et de délicatesse, elle est la gloire de notre chère nation et Vapanage du caractère français. »

La politesse consiste :

à être digne sans hauteur, réservé sans taciturnité, toujours affable, jamais vulgaire, à causer avec esprit, à écouter avec bienveillance.

Une éducatrice doit donner l'exemple de tout ce qu'elle enseigne.

LA CONSERVATION DE l'aUTORITÉ.

L'autorité est le reflet de la mission que Dieu a donnée aux maîtresses.

C'est ce reflet divin qui inspire aux enfants :

La crainte filiale de leur manquer de respect et de leur désobéir.

L'estime pour accepter ce qu'elles disent.

La confiance pour aller à elles et leur ouvrir leur âme.

L'affection qui leur montre en elles une seconde mère.

Cette autorité se conserve :

par une fermeté douce, patiente, qui ne se dément jamais,

par la pratique — même extérieure — de ce qui est le devoir... Une maîtresse ne doit jamais se permettre ce qu'elle défend aux autres. — Elle ne doit pas craindre d'expliquer sa conduite, quand elle a dû s'abstenir de ce qu'elle devait faire,

par une rigoureuse justice dans ses appréciations et ses jugements. — Elle peut, elle doit même quelquefois, attJnner et même faire cesser une punition —

- ,56 mais en donnant toujours une raison fondée sur le bien de l'enfant punie,

par le dévouement qui la montre toujours en action pour être utile — et par Taffection qui ne faiblit jamais...

L'autorité se perd :

par le jnanqiic de gravité qui, sous prétexte d'attirer les enfants et les amuser — se permet des manières trop enjouées et trop familières.

Il ne faut jamais perdre ni laisser diminuer ce prestige de maîtresse qui, nous l'avons dit, est, pour l'enfant, une image de Dieu.

Descendons VQV&V Qn{a.n\. — mais ne nous abaissons pas avec lui.

L'enfant doit toujours pouvoir nous respecter et même — disons-le — nous craindre Jtn peu sans avoir peur de nous...

LA GR.A.VITÉ. *

Nous avons prononcé le mot de gravité en parlant de l'autorité — et nous avons dit qu'elle ne devait jamais disparaître de l'extérieur d'une éducatrice, mais la gravité n'est ni la raideur, ni l'affectation, ni la pose, ni la suffisance, ni la parade, ni le parler recherché.

La gravité n'exclut ni la bonté, ni l'affection, ni l'enjouement, ni la simplicité.

Elle empêche la familiarité, le laisser aller dans la tenue, dans les rapports avec les enfants, la trivialité dans les récits, sous prétexte de faire rire.

La bonne éducatrice ne se fait remarquer en rien ;

Elle est bien — et c'est assez.

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