‹ Notes de pédagogieChapitre 61 sur 102 · UNE SÉVÉRITÉ EXAGÉRÉE · texte numérisé non relu

UNE SÉVÉRITÉ EXAGÉRÉE

1. Il est des maîtresses qui — par tempérament on par exagération dans l'intelligence du devoir — se montrent très sévères envers les élèves.

Elles ont pour principe, qu'il ne faut rien passer aux enfants pour ne pas leur laisser prendre de mauvaises habitudes, et appliquent ' dans leur conduite cette parole de Dieu, bien mal comprise :

La crainte est le commencement de la sagesse.

Tristes maîtresses 1

La dureté dans le ton — la raideur dans les manières — la sécheresse dans la parole — la brusquerie dans le commandement — la ténacité dans ce qu'elles ont dit... peuvent obtenir un ensemble de mouvements réguliers ou de silence général,

mais feront des hypocrites — aigriront les cœurs — et éloigneront de la vertu...

...Ohl si vous entendiez ce qu'elles disent de vous, pauvres maîtresses, ces enfants que vous supposez si régulières... et ce que le bon Dieu surtout dit de vous...

2. Un juste milieu entre la sévérité et la honte excessive est difficile à tenir.

Ecoutez seulement ce mot de X. S. J.-C, et allezlui en demander l'explication et l'application :

Bienheureux ceux qui sont doiix, parce qiCils posséderont la terre.

Cette terre à posséder, ce sont les cœurs. Ces jeunes cœurs qui vous sont confiés : c'est leur affection, leur confiance, leur estime que vous devez posséder... et ils ne vous la donneront jamais, s'ils vous voient sévère — hautaine — dure — inexorable...

Prenez conseils' de vos supérieurs — de vos compagnes plus expérimentées, du directeur de votre âme.

3. Sans doute, il faut reprendre — il faut gronder — il faut corriger — il faut dompter un caractère rebelle — il faut guérir une plaie... Mais c'est un art bien difficile que celui Je punir.

Voyez la simple énumération de ce qu'on pourrait appeler le code de la punition.

Une punition doit être :

Pure et désintéressée, c'est-à-dire infligée uniquement pour l'accomplissement d'un devoir sans apparence de vengeance.

Charitable, c'est-à-dire infligée avec la pensée d'être utile à celui à qui on l'impose.

Juste, c'est-à-dire infligée alors seulement qu'on est sûr que la faute a été commise et qu'elle mérite une punition.

Proportionnée, c'est-à-dire infligée : selon la faute commise, qui peut être une faute de malice — une faute (Toxibli — une faute de fragilité — une faute d'entêtement — une faute priblique qui a causé scandale — une faute privée que personne ne connaît — une faute isolée ou une faute souvent commise...

Modérée, c'est-à-dire plutôt moins forte (\wq trop rude.

Paisible, c'est-à-dire infligée avec des paroles dites sans émotion apparente — sans brusquerie — sans vouloir humilier — et avec espérance d'un bon résultat. — Cette manière de réprimander, peut quelquefois, ne rien produire de bon sur celle qu'on punit, mais elle est profitable aux autres.

Prudente, c'est-à-dire infligée de manière à ne causer aucun domm;ige réel ni à la santé, ni à la

— 17^ — réputation, ni même au caractère de l'enfant qu'il faut ne pas irriter. — Une punition humiliante ne doit être donnée, que dans certains cas bien graves, et avec beaucoup de tact.

Infligée en paroles simples, précises, courtes.

Remarquez que les mères, sont en général moins écoutées que les pères. — Les mères reprennent souvent, menacent sans cesse, punissent peu, pardonnent vite. — Les ^hxQS parlent rarement, menacent peu, imposent leur volonté...

— Soyez mères — soyez pères aussi.

Une faute — après le pardon demandé — doit être facilement ou pardonnée ou moins punie si elle n'est pas connue — mais si la faute est publique, la grâce accordée doit être publique, et quelquefois, il faut exiger un acte public qui indique la ferme volonté de mieux faire. C'est une réparation.

4. Voyez dans vos enfants, ce que la sœur de charité voit dans ses malades.

Que de maladies dans ces petites âmes :

La paresse, le mensonge, la colère, la sensualité, la jalousie, la légèreté, V entêtement...

La sœur de charité ne les traite pas avec impatience, mépris, dureté...

Oh! maîtresses placées là par le bon Dieu, soyez les anges gardiens, les sœurs de charité de vos enfants : plus malheureuses que coupables ! Soigne^

leurs plaies... Soyez douces avec elles... Exigez sans doute, l'accomplissement de leurs devoirs, mais faites-le sans colère, sans emportement, avec une énergie patiente et toujours maîtresse d'elle-même...

LE TROP d'affection FOUR UNE ENFANT EN PARTICULIER.

Nous l'avons dit : Il faut qu'une maîtresse aime ses élèves.

Pour toutes les enfants que le bon Dieu vous envoie, votre cœur doit s'ouvrir, large, généreux, et donner tout ce qu'il a de dévouement.

Notre cœur à tous, est en quelque sorte, le canal du cœur de Dieu.

Ce cœur de Dieu, est la source intarissable de toute affection. — C'est par nous qu'elle se communique au cœur de nos enfants... C'est nous qui devons être pour cette semence divine : la chaleur qui fait germer — la rosée qui la féconde — le rayon de soleil qui la fait grandir et porter des fruits.

A une condition, c'est que : Nous aimerons comme Dieu — avec Dieu — pour Dieu.

Le démon qui sait tout le bien que peut produire une affection sainte — cherche — ne pouvant encore

lui donner quelque chose de mauvais —-à lui donner quelque chose d'humain et de terrestre — et son premier soin est d'éloigner de l'esprit toute idée de danger.

N'oubliez pas cependant, que chaque fois que votre affection pour une enfant vous fait même vaguement redouter le regard de Dieu — d'une de vos compagnes ou m.éme d'une autre enfant, cette affection cache un danger.

« Je remplace la mère, dites- vous, je dois aimer autant que la mère... »

Autant que la mère, oui ; de la même manière que la mère, non .

L'amour de la mère, béni et demandé par Dieu, c'est :

Le dévouement qui ne s'épargne ni le jour ni la nuit — qui est toujours prêt à sacrifier ses goûts, son repos, son bien-être — qui prie — qui s'ingénie à se rendre toujours plus capable de mieux faire et d'être plus utile.

\! activité qui cherche tous les moyens d'intéresser, d'instruire, dé sanctifier, qui ne se lasse pas de recommencer et est toujours aux aguets pour trouver de nouveaux moyens...

La vigilance qui est toujours sur le qui-vive — qui est toujours dans une certaine anxiété — qui

ne craint pms de descendre aux petits soins et aux minuties.

— Cet amour doit être le vôtre.

y{z\s caresses prodiguées uniquement parce qu'elles vous procurent une jouissance à vous ou à l'enfant,

Soins exagérés pour rendre une enfant plus belle, plus aimable, même plus savante et plus pieuse,

Bonheur de garder près de soi, sans autre motif qu'une jouissance toute naturelle, une enfant qui nous plaît ou qui, disons-nous, nous a été recommandée,

Questions indirectes pour savoir si nos soins sont appréciés. — Paroles affectueuses, même pour rendre plus pieuse...

Voilà ce qu'une mère peut se permettre jusqu'à un certain point. — Une maîtresse doit se l'interdire...

Nous restons dans la généralité... On va plus loin quelquefois.

Et il y a là pour vous :

Danger de perdre Vesprit de piété. — Voyez si vos prières sont aussi aimées qu'autrefois, si votre âme est aussi unie à Dieu — si soumise surtout.

Danger d'affaiblir la vocation. — Voyez si vous êtes aussi obéissante à votre règle, aussi confiante, aussi à l'aise avec vos supérieures,

ï)3.x\get d'ajfaiblir le caractcre de l'enfant préférée. et de la laisser grandir dans la sensualité,

Danger de partialité... Les autres enfants s'aperçoivent vite de ces amitiés particulières qu'on leur défend à elles ; — leur estime et leur confiance envers la maîtresse diminuent— et un sentiment de jalousie naît dans leur âme...

Oh ! priez donc le bon Dieu de vous faire aimer les âmes !

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