‹ Notes de pédagogieChapitre 62 sur 102 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Récompenses que Dieu réserve à une bonne Éducatriee,

^l^ÉcoMPENSEs ! ce mot, à première vue, vous fait ■ë:g^ sourire ; et si, jeune encore, vous êtes dans toute la ferveur de votre dévouement, vous dites :

Oh 1 je ne cherche pas de récompenses, je n'aspire :

qu'à me donner, qu'à faire du bien aux enfants, qu'à faire aimer et servir le bon Dieu. Oui, c'est bien là le but principal qui vous a fait accepter la pénible mission d'éducatrice — mais

— i8i — pour vous, comme pour tout travailleur sur la terre, viendront des heures pénibles, des heures d'afFaissement... et si vous ne voyez pas une petite étoile luire à votre ciel, vous vous découragerez.

Le bon Dieu ne vous laissera pas :

A votre cœur, il donnera la joie de l'amitié par la sympathie qu'il fera naitre, entre vous et quelques-unes de vos compagnes pieuses comme vous — et souvent aussi par l'affection simple et sincère que vous témoigneront quelques-unes des mères des enfants que vous élèverez, et quelques enfants elles-mêmes,

A votre volonté : Dieu donnera les joies du succès de vos élèves et de leur bonne conduite, qui vous dédommageront de vos peines multipliées,

A votre intelligence : les joies de voir vos connaissances se développer, se multiplier et à votre vie entière — la joie de vous sentir utile...

Ne cherchez pas trop ardemment ces joies, mais sachez jouir du bonheur et de la paix qu'elles vous donnent, et soyez-en reconnaissantes à Dieu...

Et dans vos heures de trouble, d'ennui, d'insuccès, de découragement, sachez recourir à l'affection de celles de vos compagnes que le bon Dieu a attirées à vous et pour qui vous sentez le doux attrait de la sympathie...

Elevez vos pensées et vos espérances.

Pouvez-vous supposer que Dieu n'aura pas pour vous la reconnaissance et l'affection que le père a pour ceux qui soignent ses enfants et qui les aiment }

Vous avez renoncé pour lui a des joies saintes et légitimes, pour accepter une vie qui assujétit chacune de vos journées et chacune de vos œuvres. Vous vous êtes imposé pour lui :

un renoncement continuel, une vigilance presque surhumaine, un dévouement à toute épreuve, la privation de toutes ces fêtes auxquelles vous auriez pu assister, sans manquer à aucun de vos devoirs, mais qui auraient affaibli votre amour pour les enfants.

— D/eJi vous donnera la récompense des martyrs.

Vous avez défendu contre le démon — au dépend -de votre repos — des âmes qu'il convoitait.

Vous avez ramené celles que le démon déjà avait attirées,

Vous avez ranimé celles qui semblaient déjà mortes,

\'ous avez appris à connaitre, à servir, à aimer le bon Dieu,

Vous avez fait aimer Xotre-Seigneur Jésus-Christ, la bonne Sainte Vierge,

Vous avez fait éviter le péché,

Vous avez préparé les âmes à recevoir pieusement la première Communion.

— Dieu vous donnera la recompense des apôtres.

Vous avez entouré des soins les plus tendres de pauvres enfants qui — quelques-unes — n'avaient plus leur mère,

Vous les avez aimées de toute la force de votre charité.

Vous vous êtes fatiguées pour partager leurs jeux,

Vous avez souvent passé de longues heures à préparer ce qui pouvait leur être utile et même agréable.

— Dieu vous donnera la récompense des mères.

Élevez encore plus haut vos pensées et vos espérances.

L'âme pieuse, dévouée, participe à tous les biens dont elle a volontairement posé la cause et qui lui sont dus en grande partie.

Or, si pendant dix ans, vingt ans, trente ans, vous avez — tous les jours — dans l'âme de plus de cent petits enfants, jeté comme une semence bénie, quelques-unes de ces paroles divines :

Mon Dieu je vous aime.

Mon Dieu, vous êtes là, vous me voje^, vous m'aime{,

Enfant Jésus, je veux être bon comme vous,

Sainte Vierge, mère de Jésus, je vous aime de tout mon cœur.

Croyez-vous que cette semence ne germera pas ?

Croyez-vous qu'elle ne produira pas, dans un temps plus ou moins long — quelques pens:'es qui retiendront dans la vertu — ou qui ramèneront une pauvre âme égarée ?

Si pendant dix ans, vingt ans, vous avez, chaque année, préparé des âmes d'enfants à une bonne première Communion,

Si vous leur avez appris à prier — à obéir aux lois de Dieu et aux prescriptions de l'Église,

Si vous leur avait fait apprendre — comprendre — apprécier les enseignements du catéchisme,

Croyez-vous que le bon Dieu ne vous doit rien. Lui, qui a dit : Un verre d'eau froide donné en mon nom ne restera pas sans récompense ?

Ah 1 si la parole du moribond scandaleux : Que d'âmes j'ai perdues ! est effrayante — qu'elle est

- i85 douce à entendre la parole de l'éducatrice, qui peut dire sur son lit de mort :

Je vois, je vois des centaines d'âmes saintes qui viennent au devant de moi, et me disent : Soye^ bénie, vous à qui nous devons d'être au Paradis. Vene{, nous vous accompagnerons auprès du bon Dieu !

Trois sortes de personnes — disait le fondateur des Petits Frères de Marie — n'ont pas à craindre la mort :

celles qui aiment ardemment Jésus,

celles qui travaillent pour la gloire de Jésus,

celles qui souffrent pour Jésus.

Or, une éducatrice qui a du zèle, fait tout cela.

Elle aime Jésus, puisqu'elle a tout quitté pour le faire aimer par les enfants.

Elle travaille pour Jésus, puisque son but principal est de le faire connaître et de le faire servir.

Elle souffre pour Jésus aussi. — Oh ! elles sont longues, douloureuses, à peu près continuelles ses souffrances de cœur et d'esprit, produites par l'insouciance, la légèreté, l'inconduite des enfants.

Q.uelle joie, quel bonheur elle éprouvera quand le divin Sauveur lui montrera tous les actes de vertu qu'elle a pratiqués dans sa classe — toutes les leçons de catéchisme qu'elle a expliquées — toutes les prières qu'elle a fait apprendre — toutes les instructions qu'elle a faites — tous les bons avis qu'elle a donnés — tous les enfants à qui elle a fait éviter le mal — tous ceux qu'elle a préparés à de bonnes Communions — tous ceux à qui elle a donné un grand amour pour la Sainte Vierge 1

Oh 1 quel tressaillement quand elle entendra les paroles de Jésus-Christ :

Viens, viens, toi la bénie de mon Père, viens partager mon bonheur!

Page 1