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FACULTÉS INTELLECTUELLES

L'intelligence possède six facultés ou six puissances d'action :

La perception — L attention — La mémoire — V imagination — La raison — Le jugement.

Nous allons sommairement les indiquer. — Nous les développerons ensuite.

Première faculté de l'intelligence :

La perception.

La perception est la puissance que possède l'intelligence de connaître d'une manière générale : 1° Ce qui se passe hors d'elle.

Elle le connaît par une sensation produite en elle, au moyen des sens.

Tout ce qu'on voit, tout ce qu'on entend, tout ce qu'on touche, est plus ou moins clairement perçu par l'intelligence.

2" Ce qui se passe en elle.

Elle connaît par un sejis intime que Dieu lui a donné et qui l'impressionne, par les idées du beau, du bien, du mal, du devoir...

L'âme ne se conçoit pas sans cette puissance.

Deuxième faculté de rintelligence :

L'attention.

1° L'attention est la puissance que possède l'intelligence de fixer en elle — avec plus ou moins de durée — les impressions reçues par la perception.

L'attention, c'est l'application volontaire de l'esprit sur ce qu'il a vu et senti.

Elle regarde, elle étudie dans leur cause, dans leur etlet... les impressions ou sensations produites par la perception, et parvient ainsi à mieux les connaître.

2'J De l'attention naît la rrflexion qui, plus ou moins, examine en détail ce que l'esprit s'est appliqué avoir, et peut ainsi avoir des idées plus claires, plus vraies, plus complètes.

Sans attention et sans réflexion, on apprend peu — et le peu qu'on apprend, on ne sait pas s'en servir.

L'attention exige un effort que l'enfant fait d'abord avec peines ; mais cet effort, il faut l'exiger. — L'habitude le facilite, et le résultat donne grande joie à l'esprit.

L'attention recueille les moindres paillettes qui peuvent être utiles. U inattention laisse tomber à terre l'or et les pierres précieuses.

Troisième faculté de l'intelligence :

La ménnoire.

La mémoire est la puissance que possède l'intelligence de graver en elle pour le conserver et le retenir... ce qu'elle a vu, ce qu'elle a senti, ce que, surtout, elle a examiné avec attention.

La mémoire est d'une grande utilité. Elle est nécessaire à toutes les facultés qui, sans elle, rendraient nulles à peu près toutes les actions de la vie.

Sans mémoire^ point de fécondité d'esprit, point d'étendue de jugement, point de richesse de style ni de puissance de parole.

Quatrième faculté de l'intelligence :

L'imagination.

L'imagination est la puissance que possède l'intelligence qui a vu — qui a examiné — qui a gravé en

elle les trésors qu'elle a amassés — de se les représenter sous une forme plus ou moins vivante, animée — et plus ou moins brillante.

L'imagination peut même créer des images réprésentant des êtres qui n'existent pas réellement.

Cinquième faculté de l'intelligencb :

La raison.

La raison est la puissance que possède l'intelligence de chercher et de découvrir dans tout ce qu'elle a vu, examiné, appris — ce qu'il y a de vrai, de bon, d'utile... — quelle en est la valeur réelle ou relative, quelles en sont les causes, les effets...

La raison prend des noms divers, selon le point de vue où on la considère : elle s'appelle, conscience, sens commun, bon sens.

Sixième faculté de l'intelligence :

Le jugement.

Le jugement est la puissance que possède l'intelligence de comparer ce qui se présente à elle comme étant la vérité, avec d'autres vérités, parfaitement et sûrement connues — et de n'accepter ce qu'elle ne connaît pas, qu'autant qu'il y a conformité complète avec ce qu'elle connaît.

Le raisonnement et le jugement sont étudiés dans le traité de Logique. — Nous ne donnons ici, que des notions très générales.

DÉVELOPPEMENT ET APPLICATION DES FACULTÉS DE l'intelligence.

C'est lentetnent — c'est avec délicatesse et avec méthode — c'est, peîi â la fois, que nous devons développer et cultiver les facultés intellectuelles de l'enfant.

Nous n'avons pas — aux premières années — à faire de lui un savant ni un petit prodige — mais simplement : à épanonir son intelligence, à l'éveiller en quelque sorte, à la rendre curieuse, — à faire venir sur ses lèvres de multiples : Pourquoi ^

à lui donner des idées claires sur chaque chose,

à exciter en lui le désir de voir, d'examiner, de raconter, de juger, de savoir, pour bien faire, de parler avec ordre, avec clarté, avec utilité...

...N'écrasons pas l'esprit de l'enfant sous un monceau de connaissances. — Modérons ce qu'il y aurait de trop appliqué chez quelques-uns — et prenons garde au dégoût et à la satiété qui viennent vite...

Première et deuxième facultés :

Perception et attention.

L'attention est bien difficile à obtenir des enfants. — Elle est cependant indisiiensable.

Pour savoir, il faut :

Voir — Regarder — Observer — Ecouter.

Et, pour amener l'enfant à ces actes différents — il faut employer une foule de moyens. — Tout peut y contribuer :

Le son de la voix, La parole animée, Les interrogations fréquentes, L'intérêt de la maîtresse à tout ce que fait ou dit un enfant...

L'enfant aime à montrer son savoir — donc, interrogez-le sur ce qn il sait pour lui donner occasion d'être applaudi et encouragé.

L'enfant aime le changement, ne prolongez pas trop un même exercice.

L'enfant aime les histoires — les. histoires merveilleuses, surtout — ayez-en une grande provision... faites-les désirer — interrompez-les au meilleur endroit — excitez sa curiosité.

L'enfant aime à interroger — provoquez les questions. — Récompensez les enfants qui en font de bien difficiles.

L'expérience d'une maîtresse dévouée lui fera trouver une foule de moyens... d'intéresser et de captiver son auditoire.

L'important, est de faire aimer la classe, de l'entretenir vivante, de la faire désirer...

Nous ne pouvons ici, entrer dans beaucoup de détails, qui sont du ressort des manuels et des livres de rédaction.

Quelques mots seulement pour venir en aide à la maîtresse.

1° Avec les plus petits enfants.

Aller toujours du connu à V inconnu.

Mettre sous les yeux des enfants avec une méthode très simple, sans encombrement, et un peu chaque jour.

Ce qui se voit :

dans la classe, dans une église, dans un salon, une chambre, dans une salle à manger, dans la cour de récréation, dans la rue...

Dire le nom de chaque objet — en indiquer la forme, la couleur, les diflférentes parties, La matière dont il est fait, La personne qui Ta fait.

L'utilité de chacun d'eux... etc., etc..

L'esprit est comme un miroir qui reflète tout ce qu'on met devant lui — de plus il a la puissance :

1° de laisser pénétrer en lui les images qu'il reflète, s'il s'applique à les regarder, à se rendre compte de leur nature, de leur couleur, de leur forme,

2" de conserver l'empreinte de ces images,

3" de pouvoir ensuite, par la parole ou par la plume, les reproduire.

Une classe doit être parée de tableaux artistement faits — attirant l'attention des enfants — expliqués par la maîtresse qui doit demander de reproduire, de temps en temps, cette explication.

2° Avec les adolescents.

L'application de l'esprit, se fait non plus seulement sur des objets matériels, mais sur une pensée, un mot, une suite de pensées.

Tout mot — si c'est un verbe, éveille une action. L'esprit la voit, il peut la transcrire.

Si c'est un nom — ce nom éveille un sujet, un être qui agit ou qui supporte. L'esprit le voit, il peut dire ce qu'il voit...

Est-ce que les verbes lire — écouter — consoler... n'éveillent en vous aucune idée r

Ne pouvez-vous pas sur chacun d'eux, et sur tout autre verbe, indiquer l'action qu'ils représentent: — celui qui fait cette action ? — comment il fait cette action ? — le motif (\u\ le fait agir ? — le résultat de cette -action r...

Nous avons tracé ce mode de travail dans notre livre de la composition .

A mesure que se développe l'intelligence et se forme le goût — l'attention doit se porter sur les beautés littéraires d'une page choisie parla maitresse :

Beautés dans les pensées elles-mêmes.

Beautés dans la manière de présenter ces pensées.

Beautés dans l'ensemble de la page choisie.

C'est ce qu'on appelle analyse littéraire.

La composition devrait être un travail à peu près quotidien.

Nous ne pouvons ici que renvoyer aux ouvrages nombreux qui donnent, avec méthode, des sujets Je composition.

La lecture à haute voix doit être aussi journalière — mais non pas seulement comme passe-temps —

à moins de quelques lectures amusantes et récréatives données comme récompense d'un travail bien appliqué — mais comvnQ ensemencement d'idées.

Suspendez quelquefois la lecture, pour montrer ce qu'elle a de beau et d'utile.

Savoir éveiller le désir de voir, chez un enfant,

Savoir attirer l'attention d'un enfant.

Savoir captiver cette attention, est un des principaux éléments de succès.

Troisième faculté :

La mémoire.

La mémoire, avons-nous dit, est la faculté qui conserve, pour les retrouver, les images des objets que nous avons vus — et qui, par cette vue, ont laissé en nous ces images, selon le degré d'attention apporté.

Or, tine image peut, sur un mur, être dessinée légèrement avec un crayon ou gravée profondément avec un poinçon.

Le dessin an crayon disparait vite; c'est la simple vue.

Le dessin gravé reste longtemps — c'est l'application de l'esprit sur la chose vue, c'est Vattention qui peu à peu fait pénétrer l'image dans l'esprit.

L'œil matériel voit, passe outre, il oublie...

L"ceil intérieur (appelé attention), regarde et possède par là, comme une puissance spongieuse, qui attire tout ce qu'il regarde et peut le conserver...

Sans mémoire, point ou peu de fécondité d'esprit — point ou peu d'étendue de jugement — point ou peu de richesse de style ou de puissance de parole.

Il faut donc, enrichir la mémoire.

La mémoire s'enrichit :

1° Par l'attention.

L'attention est le secret de toutes nos connaissances. — Il faut donc l'exciter, la soutenir, l'entretenir, soit par la curiosité, soit par Futilité.

Engageons les enfants à chasser toute distraction, pour un temps peu prolongé, à cause de la mobilité de leur esprit — à ne regarder que leur livre — dans ce livre, que les mots qu'on leur a donnés à lire et à retenir — dans ces mots, que le sens qu'ils présentent.

Et ces mots, avec leur sens, se refléteront dans la mémoire.

2° Par l'exercice et par la répétition.

L'exercice, c'est-à-dire la fréquence du même travail et du même genre de travail, rend ce travail

facile — mieux fait — et donne joie et profit au travailleur.

Tout début a ses difficultés — essayons de les surmonter.

Donnons à l'enfant quelques lignes seulement à apprendre — une seule si on veut, mais qui dise quelque chose à l'esprit : un proverbe, une sentence, un conseil, un wot qui récrée — le plus possible cadencé (un vers isolé).

Exigeons le moi à mot rigoureux.

Faisons plusieurs fois redire la sentence ou la leçon apprise — faisons la chanter s'il le faut — à la fin de la semaine, ou même tous les jours, demandons qu'on redise tout ce qui a été appris.

On a imprimé de petites fables de qtiatre lignes... donnons-les à apprendre. — La cadence de la poésie aide la mémoire.

}>\e\\.ovi% en questions les éléments de la religion — de la morale...

... Faisons aimer nos leçons : elles seront vite sues. — C'est ce qu'on appelle apprendre par cœur, c'est-à-dire avec entrain et avec goût.

N'oublions pas cet axiome :

On ne sait bien que ce qu'on a retenu — on n'a bien retenu que ce qu'on a bien appris — on n'a bien appris que ce qu'on a souvent répété.

3" Par la méthode .

La méthode la plus simple pour enrichir la mémoire, est celle que nous venons d'exposer. — Dire peu à la fois et le bien dire,

Le faire répéter lentement,

Le faire redire plusieurs fois et à différents moments.

C'est la méthode de la mère...

Nous indiquons — comme simple curiosité, les différentes méthodes connues sous le nom de Mn^Diotechnie.

C'est très ingénieux — utile à quelques esprits, mais ne peut-être employé en classe que comme amusement.

La mnémotechnie peut rendre des services pour retenir tine date, un mot, un nom, quand il y a analogie entre le mot et l'idée.

Ce qui est utile, ce sont :

1° Les questions et les soiis-qnestions qui amènent progressivement l'enfant — d'une chose qu'il connaît parfaitement à une autre chose qu'il ne connaissait que vaguement...

C'est l'axiome indiqué au début : Aller du connu à r inconnu par gradation .

C'est la méthode appelée Socral iqne, parce qu'elle fut employée par ce philosophe : et nous l'admirons dans les livres renfermant sa doctrine que Platon et Xénophon nous ont transmise.

Des examens, fréquemment faits et solennellement faits, à l'aide d'un questionnaire que l'enfant a entre les mains, excitent le goût de l'étude.

Les tableaux synoptiques qui nous présentent un fait ou une idée se développant sous les yeux avec toutes leurs parties sans éblouir et sans encombrer, les fixent facilement dans la mémoire.

Le tableau synoptique, c'est le tronc d'un arbre — d'où sortent les branches — d'où sortent \qs fleurs — d'où sortent les fruits — on voit tout à la fois et tout distinctement.

— Dans la pratique, exigeons que l'enfant ne récite pas sa leçon, c'est-à-dire se hâte à en dire les mots sans en manquer un seul — mais qtéil lise sa leçon comme si elle était écrite dans son cerveau...

Pour cela, il a dû étudier en réfléchissant, c'est-àdire en comprenant bien tout ce qu'il étudiait.

Quatrième faculté :

L'imagination.

L'imagination, dont nous avons indiqué la nature, demande une direction spéciale de la part des maîtresses.

Elle se lie intimement à ce qu'il y a de meilleur dans notre nature : an cœur et aux sciitnnents affectueux et drvoiics, et aussi à ce qu'il y a de plus redoutable : les passions violentes.

C'est l'imagination qui fait les poètes, les orateurs, les artistes, les écrivains de génie — mais aussi ces esprits dévoyés qui corrompent la littérature, les arts et dépravent le sens public.

L'imagination, chez la jeune fille surtout, est une puissance qu'il serait aussi impossible que dangereux cC étouffer .

L'abandonner à elle-même, c'est l'exposer aux déviations les plus redoutables.

11 faut donc la diriger d'une main ferme et sûre.

Avant tout, l'imagination ne doit pas dominer, ni par conséquent, ro;/</7//>c' ; — c'est le jugement.^ — la raison, — la conscience, qui doivent être les maitres.

La maîtresse, devant une page que colore et qu'embellit l'imagination, une page surtout, que l'imagination seule a inspirée et qui risque de troubler le cœur, ou de dégoûter de la vie de la famille — fera analyser froidement, une à une, et dans leurs rapports les iJces émises, en montrera la futilité, la nullité, les conséquences si elles étaient réalisées — et demandera :

Que pense.^-7;ous ? Que penserait votre mère?

La maîtresse écartera :

Les livres dans lesquels les plaisirs des sens sont peints de manière à exciter les désirs.

Les livres aux récits trop merveilleux et que la raison et la science montrent impossibles — et sans nulle utilité...

Les scènes trop dramatiques, qui impressionnent au point de donner des émotions, agitant pendant de longues heures.

La maîtresse doit cependant cultiver l'imagination — réveiller — la stimuler... elle peut la former en inspirant V amour du beau.

Le beau qui est toujours uni au vrai et au bien, les montre plus splendides et plus brillants, et les fait plus intimement pénétrer dans l'âme,

Le beau qui ne détruit jamais Vordre et qui cesse d'être bea^i, dès qu'il entraînerait l'âme hors du devoir...

... L'imagination se développe, se forme, se dirige par les lectures et par les compositions.

Mais que de tact, que de bon sens, quel goût délicat et sur — et, ajoutons aussi, quel esprit chrétien doit posséder une maîtresse,

soit pour les lectures à faire publiquement — à expliquer — à juger — soit surtout pour les lectures à permettre, soit pour les devoirs â donner, h corriger, à apprécier.

La littérature possède tout un arsenal au service de l'imagination — et l'imagination elle-même sait trouver et créer ce que personne n'a ni trouvé ni créé :

Comparaisons — allusions — images — figures de style — citations — souvenirs — rapprochement d'idées — alliance de mots... Tout lui est bon.

L'imagination exerce une des plus puissantes

influences sur l'intelligence et sur la vie tout entière. Sans doute, il ne faut pas trop l'emprisonner, ni

trop la développer, mais il faut lui donner pour

guide :

La piété dans ce qu'elle a de surnaturel,

La science religieuse avec sa forte logique,

La raison qui, dans tout ce qu'elle accepte

ou fait, a un but précis, utile et en même temps

agréable,

La vie pratique par un travail quotidien et par

les œuvres de bienfaisance.

L'imagination devrait avoir toujours pour compagnon inséparable :

Le boyi goût, ce sentiment exquis de ce qui convient — de ce qui est beau — de ce qui plait à toute intelligence, tant soit peu élevée.

L'homme de goût est celui qui possède un jugement droit, uni à une grande sensibilité d'âme, à

— 23° — une vive susceptibilité d'émotions douces et à une exquise finesse et délicatesse d'esprit.

Le ^r'?z/> enfante, dit Chateaubriand, c'est le goût qui conserve.

Le goût est le bon sens du génie et, sans le goût, le génie n'est (\uitn fou sublime...

Le goût, chez l'enfant, se forme et se développe par la vue de gravures et de tableaux, représentant des scènes que la maîtresse admire et fait admirer avec un peu d'enthousiasme — par la lecture vive, animée, commentée de ces belles pages qui sont citées partout comme de vrais chefs-d'œuvre, — par la dictre journalière de pensées fortes, imagées, impressionnantes.

L'enfant cherche le beau plutôt que le vrai — profitons de cette tendance d'esprit : amenons-la au vrai par le beau.

L'amour du beau élève l'âme jusqu'à Dieu...

Cinquième et sixième facultés :

La raison et le jugement.

La raison et le jugement que nous unissons ici. parce que ces deux facultés demandent des études spéciales (voir logique,, ne sont étudiées que dans ce qu'elles ont de facile et de saisissable pour des enfants qui suivent encore les cours classiques, de grammaire et de littérature.

La raison et le jugement sont en général des facultés, qui mettent à même d'apprécier une pensée ou un fait, selon l'exacte vérité.

On peut être un sot avec beaucoup d'esprit — on ne l'est jamais avec un peu de jugement. — Il ne faut pas s'enquérir, dit Montaigne, qui est pins savant, mais qui est mieux savant.

On a rarement dans la famille et dans le monde à parler littérature ou science ; on a journellement à apprécier la portée, c'est-à-dire les conséquences d'une parole ou d'une action et à donner une décision.

Dire à une enfant sove:^ raisonnable, c'est exiger d'elle quelque chose dont elle est encore peu capable. Il faut donc le lui apprendre.

Etre raisonnable' pour une enïant, ce serait réfléchir sur ce qu'elle dit ou fait pour en voir les conséquences. — Est-ce possible au début de la vie ? Commencez par former l'enfant à obéir avec la pensée que son père, sa mère, sa maîtresse, ont toujours raison. — Montrez-lui. après un acte d'obéissance, la beauté, le bien, la joie qui en résultent.

Avec les enfants ne raisonnons ^^5 théorig?iement, mais pratiquement.

La raison et le jugement s'appellent vulgairement : Bon sens.

Le bon sens, c'est Thabitude de voir juste et de se conduire en conséquence.

On n'est jamais médiocre avec du bon sens.

Le bon sens suppose une raison droite et un. esprit calme,

Le bon sens ne se prononce pas à Vétonrdi sans avoir vu et compris,

ne parle pas, ne décide pas avec passion sans avoir réfléchi,

n'a pas honte de dire : Je ne sais pas — laissezmoi voir et réfléchir.

Le jugement s'éveille un peu tard chez l'enfant; il ne sait pas, il ne peut pas longuement réfléchir pour savoir ce qui est vrai ou faux, bien ou mal... Il juge à faux plutôt par vivacité de caractère que par incapacité.

Il faut avant tout, pour former le jugement et la raison d'un enfant, lui donner une idée nette du bien et du mal.

A un enfant disons simplement :

Le Bien est tout ce qui est nécessaire ou Jitile et même agréable à soi ou autres, sans faire tort à personne ; mais c'est aussi ce qui est honnête, c'est-à-dire ne révoltant ni la raison ni la dignité personnelle.

Le mal, c'est tout ce qui fait tort à quelqu'un ou ne peut être connu sans attirer le mépris.

Nous avons à parler du bien et du mal. — Pour un enfant, le bien, c'est tout ce que lui commande son père ou sa mère, ou sa maîtresse et surtout le bon Dieu — le mal, c'est tout ce que lui défend ou son père ou sa mère, ou sa maîtresse ou surtout le bon Dieu.

Le Bien et le Mal trouvent en nous un penchant pour l'un et pour l'autre.

11 faut donc, dès l'enfance, exciter ou retenir ce penchant.

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