CHAPITRE TROISIEME
Éducation Moi'ale.
dlp)Ç 'ÉDUCATION morale consiste en général à donner e^ des règles et des conseils indiquant à chaque individu la manière de remplir dignement et utilement les devoirs de sa position :
soit dans la vie privée,
soit dans sa vie de famille,
soit dans la vie sociale...
L'ensemble de ces conseils, rédigés en leçons, forme ce qu'on appelle un cours Je morale. Elles sont expliquées journellement dans les classes.
Un livre de pédagogie n'a pas à donner directement ces leçons, mais à indiquer aux maîtresses :
— 2S3 - Comment elles doivent \qs préparer^ les exposer, les faire apprécier, en diriger Y application.
Si le but de l'institutrice est ào. faire savoir. Le but de l'éducatrice est àç. faire vouloir. Dans l'éducation morale, les efforts des maîtresses doivent tendre à former le caractère de Venfant — et cette formation consiste dans la direction à donner aux deux facultés maîtresses de la vie humaine : \! activité et la sensibilité.
ARTICLE PREMIER L'Activité.
L'activité est la faculté d'agir — c'est-à-dire de produire des actes, d'être cause d'un effet. L'activité peut être :
Instinctive,
Volontaire,
Habituelle.
ACTIVITÉ INSTINXTIVE.
L'instinct est une force qui pousse Yêtre vivant à agir sans réflexion et en quelque sorte malgré lui. — C'est souvent un véritable besoin.
L'instinct se manifeste :
1° Par le besoin de mouvement qui met en action les organes — besoin de marcher — besoin de crier — besoin de remuer, de s'agiter... de fuir ce qui épouvante — besoin de la conservation...
L'instinct ne peut se détruire pour les choses nécessaires. — Il peut toujours se réglementer en ce que dans beaucoup de cas on ne se livre pas aveuglément à ce qu'il exige.
Accoutumer l'enfant à modérer ses désirs — ne pas lui donner, sur le champ, ce qu'il exige impérieusement, — est d'une grande utilité pour la formation de son caractère.
L'enfant veut sortir tout de suite,
L'enfant veut boire tout de suite...
Le retenir quelques secondes ne peut lui être nuisible... mais cette lutte contre un instinct légitime, si elle est souvent répétée, finira par lui apprendre à se maîtriser en choses plus importantes.
2° Par le besoin de curiosité qui met en action rintelligence qui veut tout savoir, tout connaître, se rendre compte de tout — l'intelligence, comme l'estomac, désire sa nourriture, et cette nourriture est la V 'rite.
De là, ces interminables questions que l'enfant pose à propos de tout.
Pourquoi est un des mots qui sortent les premiers de sa bouche et qu'il répète le plus souvent — et on
peut dire que l'instruction que nous avons obligation à donner, n'est que pour répondre à tous les pourquoi...
La prudence, le tact, doivent toujours diriger les réponses que font une maîtresse. Nous en parlerons plus tard.
Il y a — chez l'-enfant — comme chez tous, hélas 1 une curiosité malsaine qui porte sur les choses petites, futiles, insignifiantes — et sur les choses qu'il est dangereux de voir, de lire, d"entendre. — Non, il n'est pas bon de tout connaître... La connaissance du mal conduit à l'action du mal.
Oh 1 comme une maîtresse a besoin de prudence, de tact, d'habileté, de savoir-faire :
1. pour ne jamais paraître étonnée par une question qui lui est faite,
2. pour répondre d'une manière, un peu vague peut-être, mais avec paix, avec assurance... détournant peu à peu la conversation,
3" par le besoin Saffection qui émeut le cœur de l'enfant et le porte à exiger des caresses et à en donner lui-même.
Si, par instinct, l'intelligence cherche la vérité — par instint, le cœur cherche l'affection.
— Nous aimons à minier, a dit Saint Augustin.
Ce besoin dn cœur qui veut éprouver des sensations — demande une grande prudence — pour sa formation.
Le charme de sentir est si fort, dit Bossuet, que l'on préfère les émotions douloureuses à l'absence de toute émotion. — Le blasé, V indifférent... se trouve dans l'ennui. Tout est vide pour lui et la vie lui est à dégoût.
Nous parlerons bientôt de l'instinct qui porte une enfant à s'attacher à une autre enfant et qui prend le nom de sympathie ; nous parlons seulement ici, de l'instinct qui porte l'enfant à être caressée.
Oui, il faut permettre à une enfant, en la dirigeant et la surveillant, toute l'expansion de sa nature affectueuse et ardente. Mais n'oublions pas, nous, qu'il y a des caresses qui exaltent les sens.
II en est qui amolissent l'âme,
Il en est qui dévient l'intelligence.
Prenons garde I
Ne refusons pas une caresse à une enfant, surtout, si on peut la lui donner comme une récompense.
Embrassons-là, le matin et le soir, mais toujours avec ce sentiment, de respect qui la réjouit sans l'exalter.
Oh ! la joie de vivre, la joie d'être affectionnée, comme il faut demander à Dieu de savoir la faire connaître aux enfants.
Comme il faut épanouir leurs jeunes âmes aux affections pures et nobles — faire naître en elles le
mépris et le dégoût des affections qui font perdre le respect de soi-même et de la dignitéchrétienne !