IX. — Installation pratique des distilleries
de betteraves.
Disposition à donner à une distillerie agricole
de betteraves.
Dans toute industrie qui s'exerce sur de grandes
masses de matières, on doit éviter avec le plus grand
ALCOOLÏISATION DE LA BETTERAVE sl
soin, dans les transformations successives qu’on fait subir à ces matières, des déplacements fréquents ou des mouvements qui exigent un travail mécanique considérable et toujours très dispendieux. Ce principe économique a surtout besoin d'être appliqué dans toute sa rigueur aux distilleries agricoles, où il faut procéder avec toute l’économie possible, sans dépense inutile de travail et sans perte du produit qu’on se propose de recueillir. Il faut donc, quand on construit une de ces distilleries, disposer le local et y distribuer les appareils de manière à satisfaire à ce principe dont l’influence se fait sentir plus qu'on ne pense sur l'avenir et le succès de l’établissement. Nous savons bien que dans les fermes on ne construit pas toujours un local pour y exploiter une nouvelle industrie, et que la plupart du tempson y consacre un bâtiment déjà construit et qui auparavant avait une autre destination, mais le principe n’en est pas moins exact, seulement il faut apporter quelque réflexion dans la manière dont on adaptera ce bâtiment à de nouveaux besoins et aux moyens qu'il faudra employer pour profiter des dispositions qu’il présente, ou du moins atténuer les inconvénients qu'on y a reconnus pour le classement des appareils.
On conçoit qu’en pareille matière on ne peut guère prescrire de règles particulières, et qu’on doit se renfermer dans les données générales du problème; mais ce qui peut être utile aux agriculteurs distillateurs, ce sera de leur présenter un ou deux exemples de Ja disposition donnée par M. Champonnois à ces sortes d'exploitations. Nous empruntons ces exemples l’un au traité de M. Payen sur la distillation de la betterave, l’autre au rapport fait à la Société d’encouragement, par M. Clerget, et inséré dans le n° 15 de 1554
du Bulletin de cette Société. D'ailleurs ces exemples serviront à faire mieux comprendre l’ensemble et la succession des opérations.
Disposition générale d'un atelier où l'on se proposeraît de traiter chaque jour 4.000 kilog. de betteraves en doufe heures de travail.
Fig. 10. PI. 1. Section longitudinale de l’atelior.
Fig. 11. PL 1. Plan du même atelier.
À, halle de réception des betteraves et de préparation des mélanges de fourrages, contenant le manège, le hache-paille, des cuves ou citernes à fourrages mélangés et le laveur.
B, laveur mécanique ordinaire, c’est un cylindre à claire-voie en fer ou en bois, tournant avec une vitesse de 10 à 15 tours par minute, dans une caisse à demi pleine d’eau, recevant les betteraves par une trémie, les rejetant toutes layées au delà de l’autre extrémité G.
D, coupe-racines formé d’un disque de 75 cent. à 1 mètre. animé d’un mouvement de rotation de 150 tours par minute.
E, E, E, cuviers macérateurs recevant les betteraves découpées en rubans ou en fines cossettes et les rendant à tour de rôle épuisées de jus sucré qui est remplacé par la vinasse.
E’, EF’, FE”, banquette sur laquelle se fait le service pour emploi et vider les cuviers.
E, baie ouverte sur laquelle se rabat un plan incliné en bois qui reçoit les cossettes épuisées et les conduit sur un carrelage E°”, devant les citernes ou bassins à fourrages. Le mélange effectué sur ce carrelage est aussitôt jeté dans ces bassins.
F, citernes ou bassins en bois ou en maçonnerie bordés à la partie supérieure d’un madrier en bois.
G, &, G”, G”’, quatre cuves à fermentation auxquelles aboutit le tube alimentaire c, ce, c, qui reçoit les décharges successives des jus sucrés déplacés par la vinasse dans les trois cuviers.
A l’aide de deux paires de robinets c”, c’, débouchant directement près du niveau supérieur desdites cuves, il est très facile de faire arriver le jus sucré soit dans l’une, soit dans deux de ces cuves.
On peut également vider alternativement chacune de ces cuves à l’aide de quatre robinets 4”, d’, adaptés chacun à la paroi latérale et à 50 ou 60 centimètres audessus du fond d’une cuve et correspondant à lintérieur avec un tube plongeur 4, 4, et à l'extérieur avec le tube commun aux quatre cuves 4”, d”, qui aboutit à une pempe d’”, servant à élever le vin dans le réservoir J alimentaire de l’alambic.
Non seulement le tube commun 4”, d”, sert à la vidange des quatre cuves, mais encore il permet d'établir à volonté une libre communication entre toutes les cuves ou bien entre deux ou trois seulement d’entre elles.
L'opération pour mettre en communication deux cuves, lorsqu'on veut, chaque jour, partager le liquide en fermentation dont une cuve est pleine et une autre de ces quatre cuves qui se trouve vide et disposée pour recevoir cette demi-cuvée est très simple. Les quatre robinets étant fermés, il suffit d'ouvrir d’un côté, le robinet adaplé à la cuve vide, soit par exemple celui placé sur la cuve G, et d’un autre côté le robinet adapté à la cuve G”, pour que le liquide s'écoule aussitôt de celle-ci dans l’autre, jusqu’au moment où étant arrivé au même niveau dans les deux cuves G et
G”, tout écoulement cesse, et que le partage étant opéré, on ferme les deux robinets. Cest a'ors qu'il faut faire arriver simultanément dans ces deux demicuvées le jus sucré fourni par l’un des trois cuviers de macération. On ouvre donc les deux robinets situés sur le trajet du tube alimentaire spécial c, €, et correspondant, l’un à la cuve G”, l’autre à la cuve G; dès lors aussi chacune des décharges du jus sucré, ven: nt de l’un des trois macérateurs par le tube €, c, €, €, se répartit entre lesdites cuves G” et G, jusqu’à ce qu’elles soient remplies ; on règle facilement d’ailleurs ce partage entre les deux cuves, en ouvrant plus ou moins les robinets correspondants. On est guidé dans cette répartition en consultant l'élévation progressive du niveau indiqué dans chaque cuve par un flotteur d’où part un fil éenroulé sur deux poulies et muni d'un contre-poids qui passe devant une tige graduée ; on règle l’<uverture des robinets de façon à ce que le niveau monte également dans ces deux cuves.
H, H’, première et deuxième chaudières de l’appareil distillatoire Derosne.
I, I, colonne verticale, et l’, serpentin couché ou horizontal du même appareil.
h, h, tube de vidange conduisant la vinasse épuisée d'alcool de la première chaudière H, lorsque l’on ouvre son robinet de fond dans le réservoir à vinasse K, K
K, K, réservoir cylindrique à vinasse muni d'un trou d'homme O destiné à faciliter les nettoyages. Ce réservoir est chauffé par la chaleur perdue d’un conduit de fumée, qui a passé autour des parois de la chaudière à réchauffer et se rend dans la cheminée N commune au fourneau de l’alambic dont le foyer est situé sous la chaudière H et au foyer sous la chaudière à vinasse. L, chaudière à vinasse sous laquelle est pratiqué un
foyer indiqué par des lignes ponctuées et dont la flamme, après avoir chauffé le fond, circule autour des parois latérales pour se rendre dans le conduit de fumée passant sous le réservoir à vinasse et aboutissant à la cheminée N.
M. Champonnois a simplifié et rendu plus économique cette disposition, en faisant servir le réservoir à vinasse de la chaudière à réchauffer et dirigeant par un carneau double la fumée échappée de la deuxième chaudière H”, dessous et autour des paroïs Illuia suffi de partager en deux capacités ce réservoir par un diaphragme vertical fixé longitudinalement. Le double vase ainsi formé contient dans une de ses capacités la vinasse qu'elle reçoit de la première chaudière H de Palambic, chaque fois que celle-ci est vidée ; la deuxième capacité contient la vinasse légèrement sucrée que la pompe c” soutire de chacun des deux cuviers macérateurs à tour de rôle et qu'elle monte dans ledit compartiment faisant fonction de chaudière à réchauffer.
Deux robinets spéciaux fixés à l'extrémité de ce réservoir cylindrique et correspondant l’un au premier compartiment, l’autre au deuxième, permettent de faire écouler à volonté sur chacun des cuviers macérateurs, soit la vinasse épuisée de l’alambic, soit la vinasse nn peu sucrée extraite d’un macérateur, et que l’on avait élevée, par la pompe, dans l’un des compartiments pour la réchauffer.
Disposition d'une usine où l’on traite chaque jour 4.000 Aïlog. de betteraves.
Cette disposition diffère en quelques points de la précédente; mais dans tous les autres elle s’en rap-
Ru De CR 2
proche sensiblement. Elle a aussi été indiquée par M. Champonnois, et c'est probablement celle qui a été adoptée à la Planche, chez MM. Huot, ou celle de Brégy, ou de Petit-Bourg. Nous croyons dans cet exemple inutile d'entrer dans des explications sur l’usage et le
jeu des appareils, ce qui a été dit ci-dessus nous pa-
raissant suffire pour qu'on comprenne celte nouvelle description.
Fig 12. PI. 1. Usine, section longitudinale surlaligne AB (fig. 14).
Fig. 13. PI. 1. La même, section transversale sur la ligne CD (fig. 14).
Fig. 14. PI. 1. La même, vue en plan.
Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les figures.
À, manège.
B, débourbeur.
GC, coupe-racines.
D, D, D, cuviers macérateurs.
E, chaudière à réchauffer les jus de macération.
F, pompe prenant les jus faibles des cuviers épuisés pour les remonter dans la chaudière à réchauffer.
G, cuves à fermentation.
H, réservoirs à vinasses.
I, appareil distillatoire.
J, cheminée.
K, pompe remontant le vin des cuves dans l'appareil distillatoire.
L, tuyau conduisant à cette pompe les jus fermentés des cuves.
M, cases à résidus.
N, magasin à futailles et alcool.
O, lieu de dépôt des betteraves.
X, robinets simples ouvrant sur chaque cuve lonté le tuyau T (fig. 12).
Y, robinets simples mettant en communication les cuves à fermentation avec le tuyau L (fig. 12). C'est au moyen de ce même tuyau et de ces mêmes robinets qu'on partage le contenu de chaque cuve achevée avec une cuve vide pour établir la continuité de la fermentation.
2, réservoir pour les flegmes.
à vo-
Appareils propres à une distillerie agricole de betteraves.
Les appareils nécessaires à une distillerie de betteraves sont peu nombreux, el encore ne croyons-nous pas nécessaire de les faire connaître tous en détail. C'est ainsi qu'il sera inutile de décrire les laveurs ou débourbeurs pour détacher la terre qui souille les racines, les coupe-racines que tout le monde connait et qui peuvent être d’un système quelconque, pourvu qu’ils découpent la betterave en tranches ou en rubans ou cossettes d’un épuisement facile par l’eau, les râpes qu’on voit dans toutes les sucreries, les presses d’un système quelconque, les machines à cylindres unis ou cannelés, etc., les pompes, les monte-jus, etc. Mais ce qu'il nous importe de faire connaître, ce sont les macérations, ainsi que leur système de roulement, et les appareils distillatoires qu’on peut employer avantageusement à ce travail.
MACGÉRATEURS
Macérateur Dombasle.
L’extraction de la matière sucrée des betteraves par voie de macération est due à Mathieu de Dombasle
anti Een
TRI Eee
er
EE
ermsigo men
qui a pris, à la date du 19 mai 1831, un brevet de 15 ans pour cet objet, et au ler août de la même année aussi jusqu’au 6 juin 1838, des brevets de perfectionnement. «
Voici comment s'exprime ce brevet qui fait connaitre à la fois le principe, le but et le procédé de macération.
« Ce procédé est basé sur les faits suivants :
» 1° Si l’on met à macérer dans l’eau froide ou tiède des racines de betteraves, carottes, etc., découpées en morceaux ou en tranches, l’eau ne se charge que d’une très petite quantité de matière sucrée, quelque minces que soient les tranches.
» 2e Si l’on a préalablement détruit le principe vital qui réside dans les racines, soit par la dessiccation, soit par l'application d’un degré de chaleur suffisant, soit par l’action de la gelée, l’affinité s'exerce alors sans obstacle entre le liquide de la macération et la matière sucrée contenue dans les racines, en sorte qu’il s’opère un partage de la matière sucrée entre le liquide contenu dans les racines, et celui dans lequel sont plongées les tranches. Ce partage se fait d’autant plus promptement que les morceaux ou tranches sont plus minces, et il s'opère à froid, quoique avec moins de promptitude, qu’au moyen de l’application par la chaleur.
» D’après le principe qu’on vient d’énoncer, si l’on découpe des betteraves en tranches de 5 à 7 millim. d'épaisseur, par exemple, si l’on opère la coction de ces tranches par la vapeur de l’eau bouillante ou par tout autre moyen, si l’on verse 109 litres d’eau par 100 kilogr. de ces racines, et si l’on maintient le liquide au degré de l’ébullition pendant une demi-heure ou même moins, l’eau se chargera de la moitié environ de la quantité de sucre contenu dans les racines.
» Le même effet aurait lieu si l’on opérait la coction des tranches dans le liquide même de la macération, ou si les betteraves n’avaient été découpées qu'après la coction opérée par un moyen quelconque.
» Si, après avoir retiré le liquide de cette première macération, on verse une égale quantité d’eau sur les mêmes betteraves, cette eau se chargera encore de la moitié de la portion de matière sucrée qui restait dans les racines ; et par de nouvelles macérations, on pourra ainsi enlever aux racines presque jusqu’au dernier atome de la matière sucrée. Quatre macérations successives suffisent pour que les racines qui y ont été soumises ne pésent plus, après leur dessiccation, que 3 pour 100 environ du poids primitif des racines.
» D'un autre côté, si l’on verse une nouvelle portion de racines et dans les mêmes circonstances, le liquide provenant de la première macération, en quantités égales en poids, ce liquide se chargera d’une nouvelle quantité de matière sucrée et acquerra de nouveau une augmentation de pesanteur spécifique égale à la moitié de la différence entre sa propre pesanteur et celle du jus contenu dans les betteraves; et, en le soumettant à plusieurs macérations successives avec des betteraves nouvelles, on portera sa densité à un degré égal à celui du jus que ces mêmes betteraves auront donné par l'expression.
» Il résulte de là qu’en suivant une marche analogue à celle que l’on emploie dans le lessivage des terres salpêtrières ou dans la fabrication du salin (c’est à dire en passant successivement le liquide dans plusieurs cuviers remplis de betteraves découpées et déjà épui-
s à différents degrés, en sorte que chaque cuvier reçoive constamment le liquide d’un cuvier moins chargé que lui de matière sucrée), et en donnant à chaque macération une durée suffisante, selon le degré
ss Pin ” G Mt bre
| | Hull de température auquel on les aura faites, afin que le | | partage de la macération s'opère complètement, on amènera tout le liquide au maximum de densité, à mesure qu'il sortira du dernier cuvier qui aura été | chargé de betteraves nouvelles et soumises à la coction, | A1 soit dans ce cuvier même, soit par une opération préa- | | | lable, tandis que les racines sortiront du premier cu- | vier où l’on aura versé l’eau pure, dépouillées plus ou 11 moins complètement de leur matière sucrée, selon que | | l'on emploiera un plus ou moins grand nombre de | | cuviers. | | » Le liquide obtenu ainsi se trailera comme le jus \| À provenant de l'expression, par la chaux, le noir ani- : mal et autres moyens usités, si on le destine à la ti fabrication du sucre. Ces substances, ainsi que toute | autre que l’on pourrait ajouter pour décolorer le liquide ou pour opérer la séparation de quelques-uns des principes qu’il contient, pourront être appliquées dans | les cuviers de macération ou dans les opérations sub- | séquentes, selon les circonstances et selon le but qu’on | se propose.
» On vient d'indiquer une des combinaisons de ce | procédé, mais il est susceptible d’en recevoir une multitude d’autres par des variations dans les moyens par lesquels on opère la coction, ou dans les circonstances qui accompagnent la macération: on pourrait même combiner ce procédé avec l’action de la presse
< aux racines cuites, ou en les râpant au lieu de les découper avant l'opération de la coction:; mais toutes ces {A combinaisons rentrent dans l'invention qui fait l'objet 1 de la demande de ce brevet, que l’on peut caractériser par la phrase spécifique suivante, qui établit le point fondamental par lequel il diffère des moyens employés
jusqu’à ce jour :
» Emploi de la coction des racines pour faciliter
l'extraction de la matière sucrée qu’elles contiennent, au lieu de n’appliquer l’action du feu qu'au jus exprimé. »
On a supposé dans les développements que la coction serait le moyen employé pour détruire le principe vital des racines, afin de faciliter la séparation de la matière sucrée qu’elles contiennent, parce que l’on pense que, des trois moyens indiquès plus haut, c’est celui qui sera le plus généralement applicable dans la pratique ; et c'est par ce motif que l'inventeur donne à ce procédé la dénomination de procédé de coction ; mais on répète ici que l’on peut parvenir au même but, soit par la dessiccation des racines, soiten les soumettant à l'action de la gelée, et l'inventeur se réserve expressément l'emploi de ces moyens si leur application peut devenir avantageuse.
Au le août 1831, Mathieu de Dombasle, dans un premier brevet d’addition, fait remarquer que le mot coction employé par lui n'indique pas la nécessité d'opérer avec de l’eau bouillante, il suffit d'opérer à la température nécessaire pour favoriser l’action chimique qui n’a pas lieu sur les racines crues et qui agit sur les racines dépourvues de principe vital.
Macérateur Beaujeu.
Cet inventeur a repris le travail de M. Mathieu de Dombasle et imaginé un système de cuves opérant par continuité, filtration et macération. Par ce moyen, il supprime toute la main d'œuvre des épuisements et rechargements.
Il réchauffe en outre par de la vapeur les infusions qui se refroidissent continuellement par leur mise en contact avec de nouvelles tranches de betteraves froides.
Dans l’origine, l'appareil de M. de Beaujeu consistait en une série de tonneaux ou cuviers juxtaposés et communiquant entre eux du fond de l’un à la partie supérieure de l’autre ; le jus était réchauffé par des cylindres chauffés à la vapeur, et plongeant dans chaque filtre, Aujourd’hui la macération s'opère en versant pour le premier tonneau de l’eau à 90, qui de là passe dans les autres cuviers pour y épuiser les tranches de betteraves, et cela sans qu’elle soit réchauffée de nouveau ; il en résulte que la chaleur cause moins d’altération, inconvénient qui rendait la macération presque impraticable.
Ainsi l’eau du premier cuvier (à 90°) s’écoule dans les deuxième, troisième et quatrième lonneaux et arrive finalement dans le premier ; alors on injecte de la vapeur à 90° afin de faire rompre les cellules des racines, favoriser l’écoulement du jus et de suite on soutire celui qui se trouve être le plus dense de toute la série : on en ferme le robinet: car-alors que l’on continue de verser de l’eau froide dans le deuxième, le premier se remplira de nouveau avec le liquide qui aura passé dans tous les autres ; le second se trouvera suffisamment épuisé, on le videra et on le remplira avec des tranches neuves, et l’on opérera comme il vient d’être indiqué. Ainsi le coup de feu ne sera jamais donné qu’au jus le plus dense et seulement à Pinstant où il va être soumis à la défécalion,
Macérateur Champonnoïs.
Maintenant qu'on connaît le principe qui régit la macération, nous décrirons les macérateurs établis par M. Champonnois.
Fig. 15. PL 1. Développement des cuviers macérateurs, projection verticale.
Fig. 16. PL. 1. Les mêmes, vus en plan.
D, D’, D”, batterie de trois cuviers macérateurs.
P, tuyau d'alimentation conduisant les vinasses et le jus réchaufïés des chaudières aux cuviers.
Q, tuyaux de vidange des cuviers.
x, bifurcation des tuyaux Q.
S, tuyaux d’ascension des jus.
T, tuyau conduisant les jus des cuviers macérateurs aux cuviers à fermentation.
U, tuyau de transaction des jus du dernier cuvier au premier.
V, tuyau de communication des cuviers macérateurs à la pompe F.
A!, A?, A5, robinets simples mettant en communication le tuyau P, avec chaque cuvier à volonté.
Bt, B*, Bÿ, robinets à trois eaux conduisant les jus à volonté, soit d’un cuvier macérateur à un autre, soit aux cuves à fermentation.
Gt, CE, CS, robinets simples mettant en communication chacun des cuviers avec le tuyau V.
Chaque cuvier est pourvu d’un fond en tôle percé de trous sur lequel on dépose et on lasse les betteraves découpées en tranches ou en cossettes, jusqu'aux trois quarts ou aux deux liers environ de la hauteur du cuvier. Sur ces cossettes on place un fond mobile à claire-voie pour s'opposer à ce que le jet de vinasse ou de jus qu'on laisse tomber dessus en ouvrant les robinets.ne les dérange et n’y pratique des fontis ou enfin ne les relève au-dessus du niveau du liquide.
Supposons que le cuvier D étant ainsi chargé de cossettes, on y fasse arriver de la vinasse en ouvrant le robinet A. Celle vinasse bouiliante déplace le jus su
cré contenu dans les rubans de berraves, et ce jus se rassemble sous le faux-fond du cuvier D’ qu'on a chargé préalablement aussi de cossettes, A cel effet on ouvre le robinet à trois eaux B* sur le tube S, qui prend naissance sous le faux-fond de D et débouche au-dessus du deuxième fond de D’, et l'équilibre hydrostalique s’établissant entre les deux cuviers, ce jus sucré remonte du premier dans le second où il vient arroser et pénétrer les cossettes qu’il renferme.
Dès que le jus a passé du cuvier D dans celui D’, on supprime toute communication entre ces deux vaisseaux en fermant le robinet B*? et on fait arriver de nouvelle vinasse sur la cossette du cuvier D. Pendant ce temps le jus sucré, mélangé d’un peu de vinasse qui a remonté dans le cuvier LD), filtre à travers la cossette qu’il renferme et vient se rassembler sur son fond en déplaçant le jus sucré que cette nouvelle cossette renferme.
En cet état on opère un troisième virement, c’est à dire qu'on fait passer le jus sucré plus concentré du faux-fond du cuvier D’ sur la cossette neuve contenue dans le cuvier D”, en ouvrant le robinet B* sur le tuyau S, puis le jus qui s'est rassemblé sur le fond du cuvier D sur le cuvier D’ en ouvrant le robinet B* et versant pour la troisième fois de la vinasse sur la cossette du cuvier D.
La cossette du cuvier D, après avoir été traitée ainsi trois fois, successivement par de la vinasse chaude, peut être considérée comme épuisée de jus sucré. Il s’agit maintenant de vider ce cuvier. Pour cela on commence par fermer le robinet B? et on ouvre le robinet de fond C? qui fait écouler tout le liquide contenu dans le cuvier par le tuyau V qui conduit à la pompe servant à remonter le liquide dans la chaudière
à réchauffer. Quand ce liquide est écoulé et la cossette bien égouttée, on enlève le fond à claire-voie qui la recouvre et on retire celte cosselle avec une fourche double articulée qui la presse et la comprime, et on la jette sur un plan incliné d’où elle tombe dans les cases à résidus.
Aussitôt que le cuvier D a été débarrassé de cossette épuisée, on la remplace par de la cossette fraiche. Pendant qu’on recharge ainsi ce cuvier on fait arriver dans le cuvier D’ de la vinasse qui, en se répartissant sur la cossette qu’il renferme, déplace le jus sucré qu'elle contient et qui se rassemble sous son faux-fond d'où on le fait passer sur le cuvier D”, afin de pouvoir, au moyen du robinet Bÿ, l’évacuer à l'état le plus concentré par le tuyau T qui le conduit dans les cuves à fermentation.
Quand tout ce jus saturé de sucre s’est écoulé du cuvier D” dans ces cuves, on ferme sur le robinet à trois eaux B3la communication avec les cuves, et on ouvre sur ce même robinet, celle sur le cuvier D par le moyen du tuyau V. Le jus qui couvre le fond de ce cuvier D” passe donc sur la cossette fraiche que renferme le cuvier D, qui devient alors le troisième de la série, au lieu d’être le premier comme auparavant. Celui D’ devenant alors cuvier de tête, on y amène de la vinasse qui achève d’en épuiser les cossettes, on fait écouler le jus déplacé dans le cuvier D”, puis, de celuici, dans le cuvier D pour le conduire ensuite à la cuve à fermentation comme on l’a dit auparavant. On évacue alors la cossette épuisée du cuvier D”, et on la remplace par de la cossette fraichement découpée, et l’opération recommence avec D” comme cuvier de tête, et D’ comme cuvier de décharge du jus le plus sucré.
Ainsi, dans ces virements successifs, chaque cuvier
devient à son tour cuvier de tête et cuvier de décharge, et la cossette est soumise à trois infusions, se succédant l'une l’autre, de vinasse qui la dépouillent de plus en plus du jus sucré qu’elle renferme et enfin la livrent à peu près épuisée de sucre, dans un état de ramollissement convenable pour préparer les mélanges propres à l’affouragement des bestiaux.
Macérateur Dubrunfaut.
M. Dubrunfaut a communiqué à la Sociélé d’Agriculture un nouvel appareil macérateur qui est décrit et figuré dans le Traité de la distillation des betteraves, de M. Payen, auquel nous empruntons les détails ci-après :
« Get appareil macérateur, tout en bois, est représenté : 1° par une coupe verticale ‘fig. 17, pl. 1), suivant la ligne M N du plan: 2 (fig. 18, pl. 1), par une coupe verticale, perpendiculairement à la première, entre deux cuviers, suivant la ligne S T du plan; 3 par un plan (fig. 19, pl. 1).
» Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans
ces figures.
» On a dessiné (fig. 19), seulement deux rangées de quatre cuviers chacune, formant un ensemble de huit macérateurs ; M. Dubrunfaut indique deux rangées de chacune sept cuviers formant un ensemble de quatorze macérateurs; on comprend que les dispositions étant absolument les mêmes dans les deux cas, on ait pu réduire le nombre des cuviers afin d'augmenter l’échelle des dimensions et de rendre les détails plus faciles à représenter et à distinguer nettement.
» Nous décrirons d’abord tous les objets dont se compose l'appareil macérateur ; nous indiquerons en- Suile la marche des opérations.
» À, coupe-racines.
» B, chariot sur lequel on charge des paniers après les avoir remplis au coupe-racines : on le fait alors rouler sur le chemin de fer ce, et on l’avance en face du cuvier que l’on veut charger.
» d'à di, cuviers de macération munis d’un double fond percé de trous.
» €, conduits en bois établissant la communication du fond de l'un des cuviers à la partie supérieure de l'autre.
» f, conduits en bois communiquant avec le fond du cuvier. Près de la partie supérieure de ce conduit, se trouve un robinet g, par lequel s’écoule le jus de la macération après avoir passé sur le dernier cuvier. Le liquide coule alors dans le caniveau À, pour se rendre soit directement dans les cuves où il doit fermenter, soit, s’il a été extrait froid, à la chaudière (dite de défécation, lorsqu'il s’agit de la fabrication du sucre), où le jus est réchauffé avant d’être dirigé sur les cuves de fermentation.
» 4, tube pour alimenter d’eau le macérateur, portant un robinet ?. L’eau arrive, par ce tube, dans le caniveau # qui fait le tour des cuviers, de sorte que l’on peut alimenter à volonté chacun des cuviers. L’eau coule du caniveau dans les cuviers par les ajustages, que l’on bouche au moyen de tampons ®.
» d, conduite de vapeur sur laquelle s’embranchent les tubes barboteurs X, qui viennent plonger jusqu’au fond des conduits e.
» o, ouverture pratiquée dans le plancher pp des cuviers. Les cuviers se vident à la pelle. On jette la pulpe par les ouvertures 0, 0’, de sorte qu’elle tombe sur le sol g q.
Manuel de lu Distillation.
» ©, poutres soutenant le plancher et le poids des cuviers.
» p, planches de service autour des cuviers.
» æ, poutres soutenant le plancher & sur léquel passe le chemin de fer cc et le chariot B.
» On découpera en minces lanières la quantité de betteraves nécessaire pour emplir un cuvier (environ 450 kilog. pour une contenance égale à 1 mètre cube). Cette cossette fraiche sera porlée, du chariot B et du chemin de fer, dans un des cuviers, d?, par exemple; ayant alors intercepté, à l’aide d'un tampon ou d’une vanne fermant le conduit &°; la communication entre le cuvier d8 et le cuvier d!, on fera arriver, dans ce dernier, de l’eau ordinaire en ouvrant le tampon m’; à mesure que ce cuvier s’emplira, on fera barboter vivement la vapeur par le tube À dans son conduit vertical e, de façon à ce que l’eau puisse déborder toute bouillante de ce conduit dans le cuvier d? qui contient la cosseite neuve ; pendant ce temps, une deuxième charge de cossette neuve sera versée dans le cuvier suivant d'; continuant à faire arriver l’eau froide dans le cuvier d’ qui déborde dans le cuvier d?, on fera alors barboter la vapeur seulement dans le conduit vertical de d par le tube X appartenant à ce cuvier, et qui chauffera à l’ébullition le jus déplacé à mesure qu’il S’élévera dans le conduit vertical e de ce cuvier, versant bientôt ainsi le jus bouillant sur la nouvelle charge de cossette neuve contenue dans le cuvier d®.
» Pendant ce temps d? aura été rempli de cossette neuve et, dès lors, portant la vapeur exclusivement dans le conduit vertical du cuvier 4, le jus déplacé dans ce cuvier s'élévera tout bouillant dans le conduit vertical, et débordera bientôt à cette température dans le cuvier di. Tous les cuviers recevront successivement
de la même manière une charge de cossettes neuves qui seront aussitôt échaudées par le jus déplacé bouillant du cuvier qui précède, et, pendant tout ce temps, Peau froide, arrivant toujours dans le cuvier dt, aura épuisé les cossettes du cuvier d*, déplaçant successivement le jus des autres cuviers d3, di, ds, di, a7, &. Lorsqu'on aura rempli ce dernier avec la cossette, puis le jus ainsi déplacé, on videra par un robinet de fond le cuvier d, après avoir fermé le conduit horizontal ee’ qui faisait communiquer le cuvier avec le suivant æ; on le remplira de cossette neuve, puis on y fera arriver le jus (rendu bouillant par la vapeur) du cuvier di, L'eau qui doit déplacer le jus dans tous les cuviers précédents arrivera alors dans le cuvier d? par la bonde #° correspondante à ce cuvier.
» On voit qu'à ce moment le euvier d! contient de la cossette neuve baignée dans le jus déplacé des sept charges précédentes dans autant de cuviers. Ce jus, ainsi enrichi, est écoulé dans le caniveau À en ouvrant le robinet y adapté à ce cuvier et y faisant arriver de nouveau jus bouillant déplacé des précédents cuviers, L jusqu'à ce qu'un poids de jus égal au poids d'une charge de cossette fraiche (450 kilog. de jus également pour 480 kilog. de cossettes correspondant à 1 mètre cube de capacité du cuvier) se soit écoulé dans ce caniveau.
Alors la charge de cossettes fraiches du cuvier d! ayant reçu deux charges de jus bouillant, dont la dernière reste interposée, le cuvier d? aura reçu sa dernière charge d’eau qui aura déplacé le jus successivement dans tous les autres cuviers. On fermera la communication entre ce cuvier et le suivant : il se trouvera, dès lors, isol3. On le videra par un robinet de fond, afin d’ésoutter les cossettes épuisées ; celles-ci
seront jetées à la fourche dans une des trappes o ou 0’, et tomberont sur le carrelage qg qg. On remplacera ces cossettes, épuisées par des cossettes neuves; puis, ouvrant la communication entre le cuvier d? et le précèdent d', on fera arriver de celui-ci une charge de jus 14! bouillant sur les cossettes neuves du cuvier d, en | même temps qu’un égal volume d’eau froide sera ver-
| sé dans le cuvier d*, devenu alors le premier de la {} série. Alors aussi on interceptera la communication | |} à entre et di. Le cuvier d' se trouvant, à son tour, FA isolé, on videra l’eau par un robinet de fond, on jette-
| ra la cossette épuisée et égoutitée dans la trappe o, | X puis on remplira ce cuvier de cossettes neuves sur | lesquelles on fera arriver le jus bouillant du cuvier \ d, ce jus étant poussé par l’eau versée en même temps ! dans le cuvier di, Lorsque le cuvier d* sera plein de [A jus, on fera couler une charge de celui-ci, en ouvrant || le robinet g, versant dans le caniveau A, qui le con- Al: duit aux cuves à fermentation.
| ER On comprend que la rotation ainsi complètement if 28 établie, la macération a lieu toujours par une double À k
charge de jus bouillant versé sur une charge de cos-
settes neuves, tandis que l’on vide les cossettes épui- | sées du cuvier voisin et qu’on remplit celui-ci de cos- ! seltes neuves.
; La première des deux charges est versée bouillante ou seulement à 60°, suivant la température extérieure, afin que le jus déplacé des cossettes neuves arrive aux cuves à fermentation au degré de température conve- LH: nable, 22 à 24e.
114 En supposant que vingt-cinq à trente minutes de UE temps soient nécessaires pour vider des cossettes Û épuisées et emplir de cossettes neuves chaque cuvier
de la série à tour de rôle, on aura une charge de jus
toutes les demi-heures, ou, en vingt-quatre heures, quarante-huit charges correspondant à quarante-huit fois 450 kilog. par mèêtre cube d’un cuvier — 21,600 pour l’ensemble de lappareil. Si chacun des cuviers contenait 3 mètres cubes, la production journalière des jus serait de 64,800 litres.
La plupart des procédés dont nous allons maintenant donner une description sommaire, sont ingénieux ou curieux; un grand nombre d’entre eux ont fait quelque bruit, lors de leur apparition, mais ils ne sont pas entrés dans la pratique à cause des difficultés diverses que présente leur installation.
Les procèdés vraiment pratiques applicables dans les fermes ou dans la grande industrie, ont été décrits plus haut, aussi ne mentionnons-nous ceux qui suivent qu’à titre de curiosité :
Procédé de liviviation, de M. SCHUETZENBACH.
M. Schützenbach a pris, à la date du 26 juin 1852, un brevet d'invention pour un procédé de lixiviation continue et à froid de la betterave verte, qui repose sur les principes suivants :
1° Continuité de la fabrication combinée avec un système d’agitation appropriée à la matière ; 2° maintien de la pulpe dans un espace limité afin de lempécher de surnager et de se soustraire à la lixiviation; 8° homogénéité maintenue dans la consistance de la masse composée par le mélange de liquide et de pulpe; 4 filtration rendue toujours égale et facile par le nettoyage continu et mécanique du fond inférieur qui
échappe ainsi à toute obstruction; 5° rapport établi et maintenu entre la quantité de pulpe travaillée et la quantité d’eau employée ; 6° emploi exclusif de l’eau froide.
Le procédé de lixiviation de M. Schützenbach pouvant fournir des moûts très purs pour la distillation, nous entrerons dans quelques détails sur ce procédé. tel qu’il a été observé, par M. F. Oberndorfer, dans la fabrique de MM. Wrede et Klamroth, à Halberstadt, détails que nous empruntons au Technologiste (avril 1854).
« J’appareil proprement dit de M. Schützenbach, ou la batterie, consiste en douze cuviers disposés les uns à la suite des autres et en gradins, dont huit sont constamment en activité et les quatre autres vides pour être neltoyés et préparés.
» Ghacun de ces cuviers a son fond placé à 12 ou 13 centimètres plus bas que celui qui le précède, de façon que le dernier a le fond à 1",50 environ plus bas que le premier ou le plus élevé.
» Ces cuviers laveurs consistent en des cylindres en tôle ouverts par le haut, de 1 mètre environ de diamètre et 75 centimètres de hauteur.
» Ils sont mis en communication entre eux par des tubes qui partent du fond de l’un d'eux, remontent presque jusqu’au bord supérieur du suivant et qui sont munis de soupapes ou de robinets.
» Pour s'opposer à ce que la fibre végétale ne soit entraînée avec le jus qui s'écoule, on pose immédiatement au-dessus du fond des cuviers un tamis en toile mécanique qui permet l’écoulement du jus et retient les fibres.
» Néanmoivs la pulpe finirait par obstruer la maille du tamis et par s'opposer à l'écoulement du jus, mais
des brasses en paille de riz qui ont un mouvement continu de rotation nettoient constamment la toile métallique de la pulpe qui peut s’y engager.
» L’extraction complète du jus de la pulpe n’est possible que par le contact aussi parfait que possible de celle-ci avec le liquide de lavage, il faut donc que les brosses dans les cuviers soient maintenues dans un état constant de mouvement, ce qui a lieu au moyen d'un appareil simple de communication.
» On verse l’eau de lévigation par le haut au moyen d’un tube qui court tout le long de la batterie et qui, au-dessus de chaque cuvier laveur, est pourvu d’un robinet.
» Toutefois, pour que l’eau froide qui arrive dans le cuvier de tête ou pour que le jus qui remonte dans les cuvicrs disposés plus bas se distribue aussi également qu'il est possible sur toute la surface et arrive sur la pulpe sous forme de pluie, on a placé sur chaque vase un crible en tôle sur lequel se meut encore un système de brosses de riz. Les brosses servent non seulement à établir une distribution uniforme du liquide sur la gurface des cribles, mais s'opposent aussi à ce que les trous s’obstruent.
» Ces brosses, ainsi que celles qui servent au fond à agiter la pulpe, sont fixées sur un arbre vertical tournant établi au milieu de chaque cuvier, qu’un moteur met en état de rotation au moyen de roues d'angle à raison de 12 à 17 tours par minute.
» Un embrayage sert à suspendre le mouvement, ce qui doit avoir lieu au terme du lavage ou de l’épuisement de la pulpe contenue dans une série de cuviers, afin de pouvoir les nettoyer.
» Le travail dans ce procédé est continu, ainsi qu'il est facile de le constater en considérant une opération.
» Supposons la batterie en activité : les cuviers laveurs n° 5 à 12 sont remplis de pulpe, l’eau s'écoule déjà du n° 5, et au bout de 4 à 5 minutes, elle a remonté dans le n° 6, elle passe de la même manière et au bout du même temps dans le n° 7,et ainsi de suite Jjusqu'au n° 12 où, au bout de 5 minutes, on peut évacuer le jus étendu d’eau dans un réservoir disposé à cet effet On l'extrait ensuite de ce réservoir pour lui faire subir un travail ultérieur.
» Le cuvier n° 4, ainsi que ceux n° 8, 2? etl, sont vidés pendant ce temps et disposés pour recevoir de nouvelle pulpe. Avec l'introduction de celle-ci et la mise en activité de ces cuviers, ceux n° 5 à 7 sont à leur tour vidés, nettoyés et remplis de pulpe fraiche, et après ceux-ci les quatre derniers, et ainsi de suite sans interruption.
» Il y a toujours 8 cuviers lévigateurs en aclivité dans la batlerie, et on met en communicalion le 12° avec le premier au moyen d’une pompe à élevcr les jus. L'expérience a appris que 8 vases suffisent pour l’épuisement de la pulpe et que les 4 autres peuvent servir aux préparations:
» Le jus qui remonte en passant par chaque cuvier se charge successivement de sucre, ainsi que le démontre le tableau suivant d’une première expérience :
» Un échantillon de jus des cuviers laveurs :
N° 5 a indiqué.0°40 Baumé.
6 0.90 Fi — 1.00 8 — 1.50 J — 1.70 10 — 4.90 11 — 5.50
» Dans une autre expérience :
Jus du N°1 a indiqué 0°9 Baumé.
» Le jus coule avec une richesse moyenne de 65 Baumé du dernier vase.
» Un laveur contient environ 3 quintaux de Prusse (1.40 quintal métrique) de pulpe, dont il reste après l'extraction à peu près 5 pour 100 de fibres ou tissu dans lesquelles l’eau doit remplacer le jus, si l’on opère avec le soin convenable.
» Comme le jus pur de betterave marque 8°57 Baumé, ce jus se trouve étendu d'environ 25 pour 100 d’eau.
» Les pulpes épuisées sont transportées des cuviers laveurs dans un local adjacent où sont disposées les presses ; là, on les met dans des foiles pour les soumettre à la pression, afin de les rendre propres à la nourriture du bétail, et pouvoir les conserver plus aisément. Le travail des presses marche rapidement, et trois presses suffisent pour assécher la pulpe épuisée de 370 quintaux métriques de betteraves.
» Chaque operation donne de 21 à 24 tourteaux. La mise en toile, le pressage et l'enlèvement des tourteaux dure de 12 à 15 minutes.
» L'eau qui s'écoule des presses contient 0.16 pour 100 de sucre et a une densité de 1,002. Les tourteaux de la presse renferment de 69 à 72 pour 100 d’eau.
» En résidus liquides, on obtient en moyenne 25 du poids des betteraves.
» Il reste dans les pulpes une quantité à peine appréciable de sucre, mais qui suffit pour y déterminer une légère fermentation alcoolique et les rendre ainsi plus propres à la nourriture du bétail. »
On comprend aisément qu’au lieu d’eau pure que M. Schützenbach propose de verser dans le cuvier de tête, on peut très bien y verser les vinasses suivant le procédé de M. Champonnois, en combinant ainsi d’une manière avantageuse les deux systèmes entre eux.
Procédé par cuisson de M. Rivet.
M. Rivet pense que la cuisson de la betterave est une opération indispensable dans la fabrication de l’alcool, et qu’elle permet dobtenir un produit bon goût.
Sous l'effet de cette cuisson, la betterave éprouve une modification remarquable; l’action de la chaleur neutralise l'effet des principes colorants qu’elle contient, en coagulant l’albumine et opérant déjà une sorte de clarification ; la pulpe reste blanche, et le jus qui en provient est plus pur et ne se colore pas à l'air. En conséquence, M. Rivet propose d'opérer ainsi qu'il suit :
Cuisson de la betterave. — Dans des chaudières en tôle ou en fonte, on introduit les betteraves préalablement lavées.
On comprend que si les racines étaient coupées par morceaux, l'eau qui sert à la cuisson entrainerait une portion notable de la matière sucrée qu’elles contiennent. Il convient de placer les betteraves dans des sacs en toile claire ou dans des filets, qu’on enlève au
moyen d’un treuil disposé au-dessus de la chaudière.
On remplit d’eau les chaudières, de manière que les racines en soient couvertes, puis, après les avoir recouvertes, on chauffe, soit au moyen d’un foyer, si les chaudières sont simples, soit par la vapeur si elles sout à double fond.
Il semblerait plus simple de faire cuire la betterave en faisant arriver directement sur ces racines la vapeur du générateur, comme cela se pratique dans quelques exploitations agricoles pour la cuisson des légumes destinés à la nourriture des bestiaux; ce mode permettant, en eflet, de faire cuire à la fois une grande quantité de betleraves dans de vastes récipients en tôle ou même en bois; mais il a été reconnu qu'il donnait des résultats moins satisfaisants que lorsque la cuisson s’opérait dans l’eau bouillante, surtout lorsque les betteraves ont éprouvé quelques altérations.
Extraction de l'alcool. — Par la cuisson des betteraves, on peut obtenir de l’alcool bon goût, sans qu'il soit nécessaire de faire aucune rectification.
Les betteraves ayant été soumises à la cuisson, comme il a été dit, sont râpées et pressées, et le jus qui en provient est directement conduit dans les cuves à fermentation dans l’état où il se trouve à la sortie des presses, c’est à dire sans défécation ni filtration. On ajoule à 1000 kilogrammes de jus, environ ? kilogrammes et demi à 3 kilogrammes de levure de bière préalablement délayée dans un peu d’eau tiède.
Lorsque l’alcoolisation est terminée, ce qu’on reconnait quand il ne se dégage plus de bulles d'acide carbonique, on procède à la distillation au moyen des appareils ordinaires.
La levure de bière nécessaire pour la première fer-
mentation, au commencement d’une campagne, peut être remplacée, dans les opérations suivantes, par une partie du ferment qui se dépose au fond des cuves. Il est à remarquer, en effet, que chaque opération donne naissance à un nouveau ferment qui se produit en quantité de beïucoup supérieure à la quantité de levure employée, et qui, jouissant des mêmes propriétés que la levure de bière elle-même, peut être employé pour les opérations suivantes dans les proportions indiquées ci-dessus, c’est à dire à raison de ? kilogrammes et demi à 3 kilogrammes par 1000 litres de jus.
Procédé de M. Lacambre.
Après avoir bien nettoyé les betteraves, on les râpe et on les coupe en petits morceaux, pour en extraire le jus par pression ou par macération.
Dans le premier cas, on verse sur la râpe un filet d’eau renfermant 4 à 6 millièmes de tannin en dissolution.
Dans le second cas, on opère la macération de la betterave dans de l’eau renfermant 2 à 3 millièmes de tannin.
Dans l’un et l’autre cas, le jus obtenu est d’abord amené à la température de 20 à 24 degrés Réaumur, au moyen de la vapeur ou d’un peu de vinasse qu’on y verse toute bouillante, puis on y ajoute 20 à 30 grammes de sulfate de fer, de zinc, ou de manganèse par hectolitre de jus, et, immédiatement après avoir opéré le mélange du sel métallique dans le jus, on y verse une certaine quantité de moût de grain en pleine fermentation, quantité qui peut varier à linfini; on peut même se contenter d'employer une forte dose de levure; mais, lant pour augmenter le rendement en
alcool que pour économiser la levure, dont on peut entièrement se passer quand on est en plein roulement, il est préférable de mettre le jus en fermentation au moyen de 8 à 10 litres de moût de grain en fermentation par hectolitre de jus à faire fermenter, et je réclame aussi le privilège pour ce mode de mise en fermentation du jus de betieraves combiné avec l'emploi du tannin et de l’un quelconque des trois sels ci-dessus mentionnés.
En résumé, le procédé à pour objet :
1° L’emploi et le mode d’emploi du tannin et de l’un quelconque des sels métalliques ci-dessus mentionnés ;
2 Le mode de mise en fermentation décrit et combiné avec l’emploi du tannin et de l’un des sulfates susmentionnés.
L'emploi et le mode d'emploi du tannin et de lun quelconque des sulfates ci-dessus mentionnés,.a pour objet et pour résultat de prévenir loute altération du jus, et particulièrement une espèce de fermentation visqueuse qui se développe naturellement dans le jus de betterave, et nuit considérablement à la production de l’alcool.
Quant au mode de mise en fermentation au moyen d’une certaine quantité de moût de grain, préalablement macéré et en pleine fermentation alcoolique, il a pour but de la rendre plus prompte et plus complète.
Procédé de MM. Collette.
MM. Collette, de Paris, se sont fait breveter en 1869 pour un nouveau procédé d'extraction du jus de la betterave, applicable tant à la sucrerie qu'à la distillation. Leur but a été d'économiser le travail manuel pour le râpage, de supprimer les claies, les sacs en
Manuel de la Distillation. 7
laine ou autres appareils dispendieux et qui souvent altérent les jus, en même temps d'augmenter le rendement en sucre ou en alcool et de donner plus de rapidité aux opérations.
Un autre avantage de leur procédé, c’est que la pulpe qu'on obtient est semblable à celle qu'on extrait des presses hydrauliques, mais n’a pas le défaut de contenir des matières terreuses étrangères dues à des lavages imparfaits des racines.
Une description sommaire des opérations donnera une idée suffisante du procédé de MM. Collette où tout se fait mécaniquement.
Les racines passent d’abord à travers un laveur qui les jette sur un plan incliné qui les conduit à une râpe. En sortant de cette râpe, la pulpe est enlevée par uné pompe qui la dépose sur une presse où elle est soumise à une première pression. Le jus qu'on extrait ainsi dans la proportion de 70 à 75 pour 100 est envoyé à la sucrerie. Ainsi pressée, cette pulpe tombe dans un laveur ou délayeur où elle est étendue d’eau chaude ou mieux de vinasse chaude sortant de l'appareil de distillation, et cette pulpe délayée est remontée par une pompe qui la livre à une seconde presse d’où elle tombe à l’état parfaitement sec dans des vagons, après avoir passé à travers un crible mécanique. Le jus pro duit par le lavage est amené par un tuyau sur la râpe, ce qui obvie à la nécessité d'employer de l'eau. Dans les fabriques où l’on extrait à la fois du sucre et de l'alcool, le jus de la première pression sert à faire du sucre, et celui de délayage de la pulpe à fabriquer de l'alcool.
La presse de MM. Collette se compose de deux cylindres creux perméables, couverls de plaques métalliques percées de trous d’un plus fort diamètre à
a ÛS a ne à nn
l'extérieur pour permettre au jus de s’en écouler plus facilement. Les plaques remplacent les toiles métalliques qu’on emploie fréquemment ; l'un de ces cylindres tourne sur des appuis immobiles, mais l’autre peut recevoir sur ses appuis un mouvement de translation dans le sens de son axe, afin de permettre le passage de morceaux de betteraves ou de matië dures que la pulpe pourrait contenir. L'un d’eux est renfermé dans une boîte, et des leviers servent à régler
es
le degré de la pression. Au-dessus de l’autre, est un cylindre lisse qui a pour objet de presser la pulpe une seconde fois et d'achever son épuisement à mesure qu’elle sort des cylindres perméables. On peut au besoin employer plusieurs cylindres lisses avec des dispositions faciles à imaginer.
La liqueur qui sort de la presse entraînant plus ou moins de pulpe suivant les dimensions des trous dans les cylindres perforés,est complètement raffinée en la passant à travers un ou plusieurs cribles en cuivre percés de trous de finesse différente qui ressemblent aux sasseurs des moulins à farine. Ainsi purifiée, cette liqueur est envoyée soit aux ateliers de la sucrerie, soit à ceux de la distillerie.