‹ Nouveau manuel complet de la distillation de la betterave, de la pomme de terre et des racines féculentes ou sucrées desquelles on peut extraire de l'alcool, telles queChapitre 4 sur 59 · MANUEL · texte numérisé non relu

MANUEL

Aùüjourd’hui, la fabrication du sucre de betterave est une industrie nationale et vivace, que toutes les mesures fiscales prises en faveur des colonies ne pourront plus anéantir, et qui, en raison de la nouvelle loi de 1884, laquelle perçoit l'impôt non plus sur le sucre fabriqué, mais sur les quantités de betteraves mises en œuvre, a encore reçu de nouveaux développements.

Nous avons dit que depuis quelques années des maladies terribles, causées par des insectes et des champignons microscopiques, avaient envahi la vigne et avaient peu à peu annulé les produits de ce précieux arbuste, mais s’il est impossible d'imiter de toute pièce nos vins français naturels, surtout les crus renommés de Bordeaux et de Bourgogne, il n’en est pas de même de l'alcool qu'on demandait encore en France, au commencement du siècle qui vient de finir, exclusivement à la vigne, et rien ne devait empêcher de chercher à se procurer ce liquide avec les autres matières naturelles que l’on savait renfermer du sucre et, par conséquent, être propres à le fournir. Le choix de la matière pour extraire économiquement l'alcool s’est fixé sur la betterave, dont on connaissait déjà, par une expérience consommée, la culture, là composition et le traitement économique, et c’est ainsi qu’a pris naïssance et s’est développée tout à coup cette nouvelle branche d'industrie qui a pour but la distillation de la betterave et la conversion en alcool du sucre qu’elle renferme, branche d'industrie dont nous nous proposons d'exposer sommairement les moyens dans ce Manuel.

Qu'on n’imagine pas ici, qu’en cherchant ainsi à favoriser le développement de l'extraction de l'alcool de la betterave, nous avons le moins du monde en vue de diminuer l’importance de la fabrication du vin, qui est une des richesses du sol de la France; au contraire,

nous pensons qu'en ne demandant plus à la vigne la plus grande partie de l’alcool qu’on consomme pour les besoins des arts, et en perfectionnant la fabrication des vins qu’on destine à être brûlés, on rendrait aux classes pauvres un service signalé en leur permettant, par un abaissement du prix, de pouvoir se procurer plus aisément une boisson propre à soutenir et réparer leurs furces et à entretenir leur énergie, réparation qu’elles demandent en grande partie aujourd'hui aux alcools de toute origine.

Cette opinion du reste ne nous est pas particulière, et déjà elle avait été mise en avant en 1845 par M. Dubrunfaut, auquel on sait que l’industrie de la fabrication du sucre de betterave et l'extraction de l’alcoo! de cette racine doivent de très heureux perfectionnements, et il l’a reproduite en 1854 dans une Notice sur la fabricaution des alcools fins, dans laquelle il s'exprime ainsi :

« En faisant la proposition de renoncer à la vigne comme moyen de produire de l'alcool, nous n’avons eu nullement la pensée d'amoindrir dans la vénération des hommes une culture qui constitue l’une des grandes richesses de notre pays, et, alors même quele problème posé par nous eût obtenu de la pratique la solution la plus large possible, nous pensons encore que la vigne, déshéritée en partie, conserverait encore longlemps le privilège de fournir aux consommateurs ces alcools parfumés, qu’ils consentent à payer chèrement, parce que d'anciennes habitudes les leur ont signalés dans les produits des Charentes et dans les trois-six Montpellier eux-mêmes.

» Cependant si le goût des consommateurs venait à enlever à nos alcools de vins tout leur prestige en se reportant sur des eaux-de-vie que l’art leur aurait sub-

stituées, si le commerce enfin allait s’approvisionner d'eaux-de-vie à d’autres sources qu'à celles de la vigne, pense-t-on que ce produit précieux de notre sol fût perdu pour la richesse publique ? Il n'en est rien.

» Quoi que l’on fasse pour arriver à imiter nos vins, ceux-ci conserveront longtemps encore, sans doute, le privilège de constituer l’une des bases essentielles de l'alimentation de l’homme. D’une autre part, combien d'hommes sont privés du privilège de réparer leurs forces, même avec des vins de médiocre qualité ?

» N'est-ce pas un spectacle déplorable, en présence de ce fait, de voir fabriquer des vins destinés à la chaudière ? Peut-on croire, en effet, que le sol si précieux et si fécond du Languedoc, que son climat si favorable à la maturation du raisin, ne Soient pas maintenus dans leur privilège naturel de servir de base à la fabrication des vins, alors même que les cultures assolaires du Noïd lui enlèveraient la ressource des alambies? Les vins du Languedoc sont peu propres à la boisson parce qu'ils sont préparés sans soins et avec une mauvaise variété de vignes (le terret et l’aramon). Que le Languedoc perde son privilège de faire du trois-six, il n’y perdra rien en réalité, forcé qu'il sera de perfectionner ses plants, sa culture, et par suite la fabrication de ses vins, pour leur donner ce qui leur manque aujourd’hui, c’est à dire la propriété de se conserver et les autres qualités que réclament les consommateurs.

» En effet, dans les années de disette de vins, la moitié ou les trois quarts des vins destinés ordinairement à la chaudière passent dans le commerce de vins pour alimenter la consommation en nature. Ges vins ne sont donc pas radicalement impotables, et il

ALCOOLISATION DE LA BETTERAVE fi

serait facile de démontrer qu'avec des soins convenables on arriverait à les rendre tous potablés. »

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