‹ Nouveau manuel complet de la distillation de la betterave, de la pomme de terre et des racines féculentes ou sucrées desquelles on peut extraire de l'alcool, telles queChapitre 41 sur 59 · X. — Alcoolisation du dahlia et de la garance · texte numérisé non relu

X. — Alcoolisation du dahlia et de la garance

Pour terminer ce sujet, nous emprunterons à M. Vigneron les données qui suivent sur l’alcoolisation du dahlia et de la garance. D'après des calculs sérieux, on a trouvé qu'un hectare de lerre sablo-argileuse, planté en dahlia, pouvait produire de 30.000 à 35,000

kilogr. de racine, dont on retirerait, en opérant immédiatement sur les tubercules arrachés avant lhiver, environ 18 hectolitres d’alcool à 90. ;

La manière de traiter les tubercules de dahlia est'la suivante, qui ne diffère que fort peu de celle de traiter l’asphodèle :

Après avoir réduit en pulpes ou en cossettes les tubercules de dahlia, on les recouvre d’eau bouillante et acidulée dans la proportion de 2 pour 100 d'acide sulfurique, puis, on les soumet ainsi à la macération pendant quatre heures. Au bout de ce temps, on soutire le liquide, qui est envoyé dans une cuve de fermentation, puis on recouvre encore les mêmes pulpes ou cossettes d’eau bouillante pour opérer une seconde macération de quatre heures. Les liquides soultirès sont ensuite réunis. On les sature par le carbonate de chaux, puis, après un repos suffisant, on les décante et on les ramène à la température de 25°, par une addition d’eau froide. Ensuite on met en fermentation, avec de la bonne levure, comme pour les tubercules d’asphodèles.

La garance était très cultivée autrefois dans le département de Vaucluse et en Alsace, toutefois c'était comme plante tinctoriale. Aujourd'hui, par suite de la découverte des teintures d’aniline extraites des goudrons de houille et qu'on produit à bien meilleur compte, cette culture est à peu près abandonnée tout au moins pour cet usage spécial.

La garance a des tiges droites, de 1 mètre à 1 m. 25 de hauteur, elles sont cannées et noueuses. Chaque nœud est garni de cinq ou six feuilles. Celles-ci sont longues, étroites, finement dentées sur les bords. Les fleurs sont d’un jaune-verdâtre ; elles naissent vers les extrémités des branches. Le fruit auquel elles donnent

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naissance est composé de deux baies attachées ensemble: ils ont d’abord une couleur verdâtre, puis deviennent rouges et enfin noirâtres lorsque la maturité est complète. Chaque baie contient une graine. Les racines de la garance sont longues, rampantes, grosses comme un tuyau de plume, ligneuses et rougeûtres, elles ont un goût astringent assez prononcé.

C'est dans un village du département de Vaucluse, à Sorgues , qu'on a, pour la première fois, extrait de l'alcool des racines de la garance. L’alcoolisation et l'exploitation en vue de la teinture étaient menées de front.

On faisait d'abord sécher les racines, puis on les réduisait en poudre appelée poudre de garance.

Avec cette poudre on fabriquait la fleur de garance en recouvrant la poudre déposée dans un récipient, de six fois environ son volume d’eau, puis, après l'avoir filtrée, on la pressait fortement. Après dessiccation el trituration, cette poudre, devenue fleur, était mise dans des barriques et expédiée aux teinturiers. Les eaux ayant servi à convertir la poudre en fleur par le délayage et la pression élaient alors recueillies dans des cuves, soumises à la fermentation, par les moyens ordinaires, puis distillées quatre jours aprés.

« L'alcool retiré de la garance, dit M. Vigneron, a un goût empyreumatique très désagréable; le propriétaire de l'usine de Sorgues élait parvenu à le faire disparaitre au moyen du procédé de Pongoski. Ce procédé consiste à faire passer les vapeurs alcooliques à travers du charbon à l’état grenu, de bois tendre, comme le saule, le peuplier et le bouleau. Le charbon absorbe, parait-il, les huiles empyreumatiques dont les flegmes sont saturés, et l’on oblient de l'alcool

pour ainsi dire sans goût que l'on peut employer au

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même usage que l'alcool de vin. Avant la guerre d'Amérique, l'usine de Sorgues faisait de brillantes affaires, mais depuis, elle est allée vers la décadence et par suite, la production de la garance a bien diminué dans le département de Vaucluse, car c’est surtout en Amérique que l’on expédiait la fleur de garance.

» L'usine de Sorgues produisait, quand nous l’avons visitée, 12.000 hectolitres d'alcool qui rapportaient plus de 800.000 francs par an. »

Comme on le voit, l’alcoolisation de la garance est plutôt une industrie rétrospective, et c’est plutôt à ce titre que nous l'avons décrite ici. Mais cela suffit pour montrer qu’un grand nombre de substances racines où tubercules renfermant des matières sucrées ou féculentes, sont susceptibles d’être transformées en alcool. On peut voir, d’après cela, que l’alcoolisation en elle-même, de quelque matière que ce soit, renfermant les principes immédiats qui viennent d'être cités, ne présente pour ainsi dire pas de difficulté. C’est toujours à peu près la même méthode, qu'il s'agisse de matières sucrées se rapprochant de la betterave, ou de substances féculentes où amylacées se rapprochant plus ou moins des grains ou de la pomme de terre.

D'après cela, on pourrait s'étonner que les distilleries de carottes, de rutabagas, de topinambours, de glands de chône, de marrons d'Inde, de dahlias, d’asphodèles, etc., ne soient pas plus nombreuses. La raison en est surtout par ce fait que la culture en grand de ces plantes présente quelques difficultés et que les flegmes obtenus renferment beaucoup de substances étrangères à l'alcool éthylique, qui rendent la rectification et la purification trés difficiles.

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