III. — Appareil Deroy fils aîné
Cet appareil, qui est un des plus récents, est représenté fig. 11, pl. 3 ; la légende qui correspond au dessin de l'appareil, donne la nomenclature détaillée de toutes les pièces dont il est composé. Néanmoins, il est nécessaire de les rappeler ici, succinctement, afin
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de faire mieux comprendre leur fonctionnement et la corrélalion qui exisle entre elles.
En toutes dimensions, et les capacités vont de 1.200 litres à distiller par 24 heures (n° 1) à 100.000 litres (n° 12), ces appareils peuvent être chauffés par la va peur ; les petits seulement, c'est-à-dire jusqu'au n° 8, peuvent l'être à feu nu. Pour ce dernier mode de chauffage, il faut faire construire un fourneau. Quand on se sert de la vapeur, on construit un bâti pour supporter la chaudière et le chauffe-vin, comme le représente la figure :
La chaudière 1, garnie de tous ses accessoires, sert de base à la colonne de distillation, composée. de & plateaux, suffisant à épuiser des vins ou jus fermentés à 8 degrés de force alcoolique, mais à laquelle on ajoute autant de plateaux que le degré du vin le nécessite. On met ordinairement un plateau supplémentaire par ? degrés; ainsi, une colonne de 5 plaeaux épuiscrait des vins à 10 degrés. Le dessin représente un appareil de six plateaux pouvant épuiser des vins à 12 degrés.
Le dôme 14 de la colonne à distiller supporte la colonne à rectifier 15, sur le chapiteau de laquelle repose le col de cygne 18, qui conduit la vapeur dans la partie tubulaire du chauffe-vin 19, puis de là par le coude 28 au serpentin du réfrigérant 25, d’où elle sort, condensée, par l’éprouvette 20.
Le chauffe-vin peut se relier intérieurement au rfrigérant, ce qui présente un grand avantage pour les contrées où l'eau estrare; dans ce cas, la réfrigération s'opère à l'aide du vin ou du liquide fermenté que l’on à à distiller ; cependant, toutes les fois qu’il y a possibilité de le faire, il est préférable de rafraichir avec de l’eau qui, arrivant à la base du réfrigérant par le
tuyau de l’entonnoir 32, s'écoule par le trop-plein placé à la parlie supérieure.
Le liquide à distiller est introduit à la base du chauffe-vin par le tuyau de l’entonnoir 31, et se déverse, par le tuyau 2%, sur le premier plateau de la colonne à distiller. Une cuvette régulatrice avec robinet flotteur destiné à y maintenir un niveau constant et portant à la base un robinet d'alimentation à cadran, quoique n'étant pas figurée sur le dessin, est fournie avec chaque appareil.
Au-dessus de la cuvette régulatrice se place un réservoir à vin auquel est fixé un tuyau aboutissant au robinet flotteur. Le robinet à cadran s'ouvre sur l'entonnoir 31. Ce réservoir est rempli à l’aide d’une pompe, ou autrement, el ne doit jamais se trouver vide tant que dure l'opération.
On commence par introduire de l’eau dans la chaudière, à l’aide du bouchon 6, jusqu’à ce qu'elle s'écoule par le siphon 3. On ouvre ensuite le robinet à cadran de la cuvette: le vin, coulant dans l’entonnoir 31, arrive à la base du chauffe-vin, s'élève jusqu'au niveau du tuyau 24 et se déverse dans le premier plateau supérieur de la colonne à distiller. Chacun de ces plateaux est construit de manière à ne retenir qu'une faible partie du vin qu’il recoit, et le trop-plein descend dans celui immédiatement au-dessous ; ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il coule par le robinet d'épreuve 16. On ferme alors le robinet à cadran de la cuvette et le robinet 16, puis on allume le feu ou l’on introduit la vapeur, Le liquide de la chaudière ne tarde pas à entrer en ébullition : la vapeur s'élève par les plateaux disposés de telle façon qu’elle n'arrive au plateau supérieur qu'après s'être chargée des principes alcooliques de la couche de vin qu’elle a traversée :
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elle passe ensuite dans la colonne de rectification, S'y épure, traverse le col de cygne, la partie tubulaire et le serpentin du chauffe-vin, le serpentin réfrigérant, et arrive condensée à l’éprouvette où l’on en constate le degré.
La distillation commencée, le vin s’épuise promptement ; il faut donc le renouveler, au fur et à mesure, pour rendre la distillation continue. On ouvre alors le robinet à cadran de manière à restituer aux plateaux une quantité de vin égale à celle qui s’y est épuisée.
Le vin, arrivant à la base du chauffe-vin, commence à s’échauffer graduellement au contact du serpentin, mais, parvenu à la partie tubulaire où il se trouve divisé dans des tubes qu'enveloppe entièrement la vapeur venant du col de cygne, il s’échauffe {out à fait, et c’est à une température déjà fort élevée qu'il tombe dans le plateau supérieur de la colonne à distiller.
La vapeur que produit la cucurbite monte toujours en sens contraire du vin qui descend de plateau en plateau, subissant à chacun d'eux un nouvel épuisement, de sorte qu'arrivé dans la chaudière ce n'est plus qu’un liquide inerte dépouillé de toute sa vinosité et dont l'appareil se débarrasse par le tuyau siphon 3 qui l'écoule au dehors.
Dans ces conditions, le liquide sortant à l’éprouvette possède déjà un degré alcoolique relativement élevé, facile à augmenter encore en ouvrant les robinets de rétrogradation qui permettent aux vapeurs condensées, dans le tambour à tubes et dans les premiers tours du serpentin du chauffe-vin, de retourner dans la colonne à distiller et de ne laisser arriver à l'éprouvette qu'un liquide épuré.
Les robinets de rélrogradation sont au nombre de deux pour les petits appareils, et de trois pour les
gros, à partir de 4,000 litres. Quand on ne les ouvre pas fous, ce qui est facultatif, il faut toujours commencer par celui du haut; plus il y en a d’ouverts, plus le degré s'élève. Néanmoins il est bon de n’user des rétrogradations que lorsque la distillation est en bonne marche et le degré obtenu déjà d’une certaine force.
Il ne faut qu'un peu de pratique pour donner à ce genre d'appareil une marche parfaitement régulière, grâce à laquelle on obtient des produits supérieurs par ce fait que le vin passe seulement dans les dit'érentes pièces sans y séjourner assez pour prendre un goût quelconque étranger à la provenance.
IL suffit d'entretenir l'alimentation pour que la distillation continue aussi longtemps qu'on le désire. On peut, sans inconvénient, l'interrompre momentanément : on arrête le chauffage et l’on ferme le robinet à cadran réglant l’arrivée du vin; la distillation cesse et toute chose reste en l’état jusqu’à ce qu’il plaise de recommencer. Mais si l'on veut arrêter le travail pour un certain temps, il faut alors attendre que tout le vin contenu dans l’appareil soit épuisé ; car, même en fermant le robinet d'alimentation, il reste encore à distiller ce qui se trouve dans le chauffe-vin. On cesse done l'introduction du vin, auquel on substitue un courant d’eau équivalent ; celte eau arrivant à la base du chauffe-vin en soulève graduellement le contenu primitif jusqu’à ce qu’elle passe à sa suite sur les plaleaux ; le degré s’abaisse alors rapidement et quand il est descendu à 0 degré, on relire le feu et l'on vide l'appareil en ouvrant les robinets 5 et 27.
De temps en temps, il faut nettoyer l'appareil. On ôte le tampon ?, on projette de l’eau dans la chaudière, et, à l’aide d’un balai, on en nettoie le fond et les con-
tours. Les plateaux qui sont munis de tampons se neltoient avec le jet d’eau d’une lance d'arrosage ; ceux qui n'ont pas de tampons sont lavés avec l'eau ayant servi à chasser le vin du chauffe-vin et qu’on laisse couler en abondance par le tuyau 24, afin que, descendant avec force de plateau en plateau, elle eutraine dans la chaudière toutes les impuretés qu'elle rencontre.
Le chauffe-vin a quelquelois besoin également d’un nettoyage sérieux. Après lavoir vidé par le robinet 21, on fait couler de l'eau dans l’entonnoir 31 jusqu'à ce que toute la lie ou bourbe soit sortie par le tampon de nettoyage 20 : on doit aussi, avec une lance, projeter de l’eau sur le serpentin pour en détacher les matières visqueuses qui s’y déposenb ét nuisent à la réfrigération. 11 est de même bon de nettoyer le réservoir à vin pour qu’il ne prenne pas mauvais goût.
Nous aurions bien voulu indiquer aux agriculteurs qui se proposent de distiller des betteraves, des appareils plus simples que celui de Derosne, mais nous aimons mieux renvoyer au Manuel du Distillateur qui fait partie de l’'Encyclopédie-Roret; seulement nous croyons devoir leur recommander un appareil inventé par M. Egrot fils, à Paris, constructeur d’appareils de ce genre, qui nous parait réunir toutes les conditions d’un bon travail et du bon marché, et dont nous empruntons la description au Traité d’'alcoolisation générale de M. N. Basset.
La figure 21, pl. 1, représente une distillerie complète, munie d’un appareil pouvant opérer en vingtquatre heures sur 1,200 kilog. de betteraves.
A, colonne à distiller; ceite colonne peut se composer de 3, 4 et 5 plateaux, suivant les quantités de vin que l’on veut distiller, et d’après leur organisation, ils peuvent distiller des quantités considérables telles que 90 et 100 hectolitres par vivgt-quatre heures ; il faut remarquer que pour opérer sur d'aussi grandes quantités, M. Egrot n’emploie que 6 plateaux au plus, tandis que dans les appareils belges, il en faut 18 et 20 ; les jus fermentés sortant de cette colonne sont parfaitement épuisés, il ne reste plus aucune trace d'alcool dans les vinasses.
e, col de cygne conduisant les vapeurs de la colonne dans le chauffe-vin ; b, tuyau amenant les vins chauds du chauffe-vin dans la colonne.
B, chauffe-vin avec disposition pour ramener les petites eaux de la colonne A dans le chauffe-vin.
O, réfrigérant dans les condilions ordinaires.
ce, tube portant les flegmes dans une cuve intermédiaire D, laquelle alimente à volonté la chaudière à rectifier.
E, chaudière à reclifier, soit de lôle, soit de cuivre ; elle est munie d'un trou d'homme pour pouvoir la nettoyer à volonté, et dans le fond se trouve un serpenlin ou spirale pour la chauffe.
F G, deux colonnes de rectification ; on en met plus souvent trois, et quand l'appareil est grand, on monte la colonne par tronçons. Il est utile que les plateanx contenus dans cette colonne soient toujours bien propres pour obtenir de bons produits alcooliques.
H, chauffe-vin rectificateur.
I, réfrigérant.
Dans un appareil à rectifier ainsi disposé et bien conditionné, on peut obtenir dans toutes proportions des alcools à 95 degrés; et la marche à suivre est la
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même que celle des appareils à distillation continue avec écoulement intermittent de la vinasse.
V. Appareils de distillation de MM. Champonnois, Cail, Savalle fils et Cie.
Comme nous ne prétendons pas dans ce manuel faire un traité de distillation, nous nous bornerons à indiquer ici quelques autres appareils, qui ont été appliqués à la distillation des jus de betteraves et autres matières suc
1. Nous indiquerons d’abord l'appareil Champonnois, qui se compose d’une chaudière, d’une colonne au-dessus contenant 17 rectificateurs à calottes hémisphériques, d’un analyseur et d'un réfrigérant. La colonne est constituée par des tronçons cylindriques dont chacun porte, engagés dans une rainure circulaire interne, des disques percés d’une large ouverture centrale garnie d’un ajutage un peu plus élevé que les tubes de trop-plein verticaux alternativement placés aux deux bouts d’un diamètre du cercle. Le gros trou au centre est coiffé d’une capsule renversée dont les bords descendent d’un centimètre au-dessous du niveau du bord et forcent la vapeur qui s'élève à barboter dans le liquide.
L’analyseur est établi en lames contournées en spirales distantes entre elles de 1 centimètre. La vapeur arrivant par le tube central suit les contours du serpentin réfrigérant plat en spirale, et parvenue à la circonférence extérieure, elle se dégage dans le tube qui la conduit au condensateur, D’un autre côté, le liquide réfrigéraut entre à la circonférence, circule dans les conduits spiraux, Se rend au centre et se déverse dans un trop-plein qui le conduit, s’il est lui-même un li-
quide alcoolique à distiller, dans la colonne de rectification. Le liquide à distiller suit donc une marche inverse de celle de la vapeur, c'est-à-dire qu'il entre avec pression au bas du réfrigérant condensateur, formé de cylindres doubles, s’y élève, monte par un tube analyseur, le parcourt et tombe enfin dans la colonne de reclification ; descend de plateau en plateau, par les trop-pleins verticaux, s’y dépouille graduellement de l'alcool, et s’échauffant de plus en plus, arrive enfin dans la chaudière, d’où il s'écoule continuellement par un trop-plein, si l'appareil fonctionne de manière à ce que le moût fermenté soit à peu près dépouillé entiérement d'alcool dans son passage à travers la colonne. Il est bon d'utiliser la chaleur du liquide bouillant pour chauffer le moût dans son passage du réfrigérant condensateur à l’analyseur et en porter la température à 60° à 70e.
Cet appareil a été employé fréquemment dans l'industrie agricole pour la distillation des betteraves, et il est avantageux en ce qu’il ne fait présenter aux vapeurs que des espaces étroits, quoiqu'à grande surface de section, avantages qui se réduisent en une grande augmentation d'alcool bon goût et dans la dépense d’eau et de combustible.
Ce résultat a amené M. Champonnois à penser qu’il pouvait y avoir encore quelque chose à faire, et que la vapeur d’alcool, en sortant des condenseurs, même à passage étroit, pouvait encore retenir certaines vapeurs étrangères qui avaient échappé au contact des surfaces condensantes, et pour cela, il s’est proposé de simplifier les points de contact en tamisant, pour ainsi dire, la vapeur. Pour atteindre ce résultat, il s’agissait de rendre ces surfaces de contact actives en les entretenant constamment mouillées d'alcool riche et à la plus basse température.
M. Champonnois dispose, à cet effet, entre le condenseur ordinaire et le réfrigérant, une capacité de forme quelconque, mais de grande section dans laquelle les vapeurs progressent en montant, Au sommet de cette capacité s'échappe la vapeur qui va au réfrigérant ; elle est enveloppée à sa partie supérieure d’une sorte de collerette en forme d’entonnoir, et dont les bords inférieurs tangents au vase sont découpés en dents de scie; c’est dans cet entonnoir qu’arrive l'eau réfrigérante, et les dents qui le terminent sont destinées à la laisser s’écouler, divisée sur toute la surface du vase. L'intérieur de celui-ci est pourvu de cônes à claire-voie à diuphragmes percés d'une infinité de trous, d’un grillage ou d'une toile métallique.
Les rétrogradalions produites par le rélré du sommet du vase rencontrent, en descendant, ces cônes à claire-voie et s’y répandent sur toute la surface, landis que les vapeurs condensantes se divisant et se tamisant dans toutes les ouvertures, se mettent en contact avec toutes les parties mouillées de ces condensalions. Mais celles-ci s'effectuent à la sortie
ssement
des vapeurs, et, par conséquent, au titre alcoolique le plus élévé: elles sont, en outre, à une température abaissée par l'influence réfrigérante des surfaces sur lesquelles elles se sont produites, et la vapeur montante qui les lèche sur tous les points, rencontre donc successivement, et dans l’état de division et de contact le plus grand, des couches d'alcool de plus en plus riches et à toutes les conditions les plus propres à condenser les dernières traces de vapeurs étrangères.
Les appareils à distiller en cuivre étant très coûteux, et les jus acidifiés exerçant une action corrosive sur ce métal, M. Champonnois les a remplacés par des colonues en fonte d’un prix moins élevé, et est même
parvenu à les soustraire aux altérations qu’ils sont susceptibles d’éprouver en les recouvrant d’un vernis spécial appliqué à chaud et en entretenant sur les surfaces de contact un dépôt de sel fixe qui les met à l’abri de l’action corrosive.
L'enquête faite en 1864 par la chambre syndicale des agriculteurs-distillateurs, sur 500 fermes pourvues de distilleries de betteraves, suivant le procédé Champonnois, nous donne une idée de l'importance de ce système.
L’enquêle a constaté que la betterave, dans sa distillation, était, avant l’époque de l'introduction de ce système, cultivée sur 1947 hectares, et qu’en 1864 cette racine occupait 21,405 hectares ; que les 500 exploitations ne produisaient autrefois en moyenne que 21,996 hectolitres de blé, production qui s’est élevée depuis à 26,770 hectolitres, soit par hectare, dans le premier cas, 19 hectolitres, et dans le second, 27 hect. 75; que ces fermes, avant l'introduction de la distillerie, entretenaient annuellement en moyenne 25,386 têtes de gros bétail et en engraissaient 6,955 têtes, alors qu’elles pouvaient, en 1864, en entretenir 51,449 têtes et en engraisser 46,656 têtes. Enfin, que les 500 exploitations, avant l'introduction du procédé Champonnois, occupaient en hiver 4,767 ouvriers, en été, 9,851, soit au total 14,618 personnes, tandis qu’en 1864, elles procuraient du travail, pendant l’hiver, à 14,718 ouvriers, et durant l'été, à 25,735: au total, 40,458 travailleurs.
Les 21,405 hectares cultivès en betteraves ont fourni, à raison de 35 tonnes par hectare, un rendement de 735,000 tonnes de racine qui, avec un produit moyen de 4 pour 100, ont donné annuellement 294,000 hectolitres d'alcool qui, au prix moyen de 50 fr. par hectolitre d'alcool brut, ont produit à la culture nn revenu brut
Manuel de la Distillation. 14
de 14,700,000 fr., et à l'Etat un revenu de 29,106,000 fr.
Ges magnifiques résultats se sont probablement accrus depuis l’époque de l'enquête.
II. T’appareil de M. Cail se compose de deux chaudières chauf'ées soit à feu nu par le même foyer, soit par un tube barboteur ou mieux encore à l’aide d’un double-fond pour ne pas délayer le moût si le résidu sert à la nourriture du bétail. La première chaudiére est pourvue d’un robinet de vidange, d’un robinet d’issue pour constater si les vapeurs sont débarrassées d’alcool et d’une soupape de sûreté. Un tube recourbé partant du dôme de la premiére chaudière plonge au fond de la seconde, s’y termine par une pomme d’arrosoir qui distribue ainsi la vapeur, déjà un peu alcoolique, de la première chaudière dans la seconde. La vapeur enrichie dans celle-ci s’élève dans une colonne, passe de plateau en plateau sous des calottes renversées faisant de chacun des 10 tronçons de colonne des rectificateurs, arrive très chargée d’alcool au sommet de la colonne, d’où un tube en siphon la conduit dans un déflegmeur rectificateur. Après avoir
déposé les parties les plus aqueuses, la vapeur d’alcool arrive dans un serpentin reclificateur et analyseur; quatre tours d’hélice de ce serpentin sont munis de robinets au moyen desquels on peut faire retourner à volonté le liquide condensé dans le déflegmeur rectificateur. Enfin, la vapeur la plus alcoolique s’échappe au sommet du serpentin pour se rendre finalement dans le serpentin condensateur. L'alcool condensé s’écoule par l’éprouvette dans les réservoirs.
La marche de la matière à distiller est inverse de celle des vapeurs. Pompée à la partie supérieure de l’appareil, elle traverse d’abord le vase contenant le serpentin rectificateur, s’y échauffe, coule sur les
plateaux de la colonne, qu’elle descend successivement pour s'écouler dans la chaudière supérieure, et de là dans celle inférieure après qu’elle a été vidée.
Si la matière à distiller est épaisse, on munit d'agitateurs les vases qu’elle traverse. 100 hectolitres de matières farineuses peuvent, avec cet appareil, fournir 25 à 30 hectolitres d'alcool à 95°.
III. Les appareils de MM. D. Savalle fils et Cie servenf, les uns à obtenir des eaux ordinaires, les autres à la rectification.
1° L'appareil Savalle pour la distillation se compose : le d’une chaudière formant soubassement de colonne ; 2% d’une colonne composée d’une série de tronçons à plateaux ; 3° d’un brise-mousses qui s'oppose à l’entrainement des vins dans l’éprouvette ; 4° d’un chauffe-vin réfrigérant tubulaire ; 5° d’un réservoir à moût; 6° d’une éprouvette graduée en cristal; ie d’un régulateur de chauffage de l'appareil.
La colonne distillatoire se compose de tronçons fermés par des plateaux perforés pour que la distillation s'opère en utilisant toute la chaleur de la vapeur. Ces plateaux présentent à la vapeur des passages dont la position varie sur chaque tronçon qui est pourvu d’une cuvette ou boite où le liquide s’accumule et dont le trop-plein s'écoule par un ajutage qui le déverse dans le tronçon inférieur.
Le chauffe-moût sert à la fois à chauffer le moût et à refroidir les flegmes, et le régulateur de chauffage assure le fonctionnement de l'appareil, y maintient une chaleur proportionnelle à l'alimentation en vin, évite les coups de feu, les soubresauts violents, ou le manque de vapeurs, accidents qui troublent la marche des autres appareils. Suivant l'inventeur, il permet même d'employer à la surveillance du travail l’ouvrier
le moins exercé, enfin il assure à la distillation une grande régularité qui contribue à la bonne qualité des produits.
Indépendamment des modifications apportées aux parties internes des autres appareils, celui Savalle se distingue donc par son purgeur de mousses, son régulateur et la suppression des masses énormes assignées aux chauffe-moüts et aux réfrigérants des anciens appareils. F°
2 [L'appareil rectificateur Savalle se compose 1° d’une chaudière à deux compartiments, contenant un serpentin de chauffage et une couronne de vapeur ; 2 d’une colonne composée d’un certain nombre de plateaux perforés que les vapeurs traversent en montant, en Suivant à chaque plateau des passages diftérents et où elles font bouillir une couche de liquide maintenue constamment de même épaisseur sur chaque plateau. Le liquide alcoolique descend ainsi de plateau en plateau en se déversant par des trop-pleins dans des boîtes insérées en contre-bas sur ces plateaux ; 3° d’un condenseur {ubulaire ; 4° d’un réfrigérant tubulaire ; 5° d’un régulateur de vapeur réglant à un millième d’atmosphère ; 6° d’un réservoir d’eau froide ; 7° d’une éprouvette recevant les produits, construite d’après un nouveau principe et indiquant au distillateur le volume d’alcool qui y passe, son degré et sa température.
Quant à la manière dont cet appareil fonctionne, voici quelques détails sommaires.
Le compartiment inférieur de la chaudière étant chargé de flegmes à rectifier, on porte ceux-ci à l'ébullition, en introduisant la vapeur du générateur dans le serpentin de chauffage de cette chaudière. Les vapeurs alcooliques traversent le double-fond, rem-
plissent le compartiment supérieur de la chaudière et s'élèvent à travers les plateaux de la colonne. A ce moment, on ouvre un robinet d’eau pour alimenter le condensateur en eau froide, et les vapeurs alcooliques qui sortent de la colonne, entrent dans ce condensateur tubulaire où elles se condensent et retournent sous forme liquide successivement sur les plateaux de la colonne. Lorsque ceux-ci sont chargés d’alcool, on ferme le robinet d’eau de manière à ne plus condenser que les ?/3 environ des vapeurs alcooliques qui arrivent. Ces 2/3 retournent donc dans la colonne, parcourent successivement fous les plateaux et descendent enfin dans le deuxième compartiment de la chaudière. Les vapeurs de la chaudière inférieure sont ainsi purifiées et condensées partiellement dans le deuxième comparliment avant de monter dans la colonne.
Les vapeurs non condensées dans le condenseur se rendent à l’analyseur, y déposent les parties aqueuses qu’elles ont entrainées et passent de là au réfrigérant.
Les premiers produits sont éthérés et dé mauvais goût; on les met à part; l'alcool qui arrive ensuite est à un haut degré, 95 à 97° centésimaux et de bonne qualité,
Pendant loute l’opéralion, l'appareil fonctionne avec régularité par l’emploi du régulateur qui, en maintenant une pression de vapeur toujours identique dans l'appareil, conserve un débit constant de cette vapeur, par les orifices fixes qui lui sont assignés dans Ja colonne, de façon que la production est très régulière.
Sur le comparliment supérieur de la chaudière est placé un thermomètre à vapeur qui indique par ses
degrés le moment où cette chaudière est épuisée d’alcool. On ouvre alors un robinet au bas de la colonne pour diriger le liquide qui s'écoule de celle-ci au réservoir aux huiles. On arrête la vapeur venant du générateur qui chauffe l'appareil. La pression dans la colonne se détruit, le contenu des plateaux se vide par le robinet indiqué ci-dessus ; on vide l’eau de Ja chaudière, et l'opération est terminée.
Voici le relevé d'une opération qui a été faite pendant la campagne de 1863 à 1864 avec l’appareil rectificateur Savalle à la distillerie de Corbins, près Lagny.
Chargement de la chaudière, 120 hectolitres de flegmes à 50° formant en alcool 60 hectolitres: diamètre de la colonne de rectification, 0"70 ; durée de l'opération, 31 heures ; rendement en esprit extra-fin à 96°, 210 litres par heure.
Produits divers et quantités proportionnelles.
Alcool extra-fin à 96v..,.. 54 hectol. soit 90 p. 100. — mauvais goût à 94° 4.20 1 — — mauvais goût à re-
passer .......... 0.60 1 —
Perte et déchet........... 1.20 2 —
Quantité égale au charge-
ment...... OPA . 60.00 100 —
MM. D. Savalle et Cis sont également inventeurs d’un appareil pour l’épuration méthodique et continue des alcools et d’un appareil perfectionné pour la purification des alcools, qui a pour objet d'augmenter la puissance de leurs appareils, de produire plus économiquement et de fournir des alcools encore plus fins ; mais la description de ces appareils et des avantages
APPAREILS DISTILLATOIRES v
qu'ils présentent nous entrainerait trop loin et il vaut mieux, pour obtenir des renseignements à cet égard, s'adresser à la maison pour la vente des appareils, avenue d'Orléans, 93, à Paris.
Nous donnerons encore ici le résumé des opérations faites avec l'appareil rectificateur perfectionné pendant le mois d'octobre 1866, à l'usine de M. E. Porion, à Wardrecques, près Saint-Omer (Pas-de-Calais).
Moyenne, résumé d’un mois de travail :
3/6 mauvais ... G2hect SAlit, ou 3 p.100 3/6 moyens .... 445 . 82 21.28 3/6 extra-fins . 1496 . 70 71.60 3/6 mauvais ..…. 43 , 31 2.85 Perte... : 31 . 21 1.77 (1)
Total..... 2085het88lit ou 100.00p. 100
L'appareil a coulé bon goût pendant 273 heures 15 par heure de
minutes, soit 576 litres 1/2 à 95 degrés coulage bon gont.
Nous terminerons les détails dans lesquels nous venons d'entrer, par la description de la nouvelle éprouvelte-jauge, récemment imaginée par MM. Savalle fils et Cie, qui est représentée dans la figure 1, PAL ét s'applique aussi bien aux appareils de rectification qu'aux colonnes en fonte et en cuivre de cet inventeur.
Par sa disposition, cette éprouvette-jauge indique d’une manière exacte la quantité d'alcool que l'appareil peut produire par heure, si le travail est fait avec régularité, avantage très important pour les chefs d’usinus qui, de cette manière, contrôlent facilement Pouvrier chargé des opérations.
(1) Dans les appareïls à calotte, cette perte s'élève à 5, 6 et parfois
8 pour 100.
Le principe de sa construction est basé sur l’écoulement différentiel des liquides par un orifice donné, soumis à des pressions différentes. Elle se compose d'un vase en cristal E muni de son tube gradué, vase placé au centre du plateau-réservoir L qui, en même temps qu’il le garantit, sert de réceptacle à l'alcool en cas de rupture. 7
Sous ce plateau est une tubulure en cuivre GC, communiquant par sa bride latérale avec le tuyau B qui amène les alcools du réfrigérant, et par sa bride inférieure avec le réservoir de distribution G. D est un robinet de dégustation.
I/alcool descend dans ce réservoir par l’orifice F d'où il est distribué soit par le robinet J donnant issue aux alcools bon goût, soit par celui I des alcools secondaires, soit enfin par le robinet inférieur qui permet l’écoulement des alcools mauvais goût.
L'alcool arrivant du réfrigérant par le tube B remplit d’abord la tubulure C autour du tube gradué F, baigne le robinet de dégustation D, et monte pour se déverser graduellement par l’orifice d'écoulement pratiqué en F sur le tube gradué. Get orifice n'ayant qu’une section d'ouverture restreinte, le jet d'alcool, quoiqu'arrivant sans cesse, ne peut y passer en entier. Le niveau du liquide s'élève alors dans l’éprouvette jusqu’au point où la pression qu’il opère sur l’orifice d'écoulement devient assez forte pour faire dépiter à l’orifice le volume d’alcool qui arrive. La nappe du liquide dans l’éprouvette subit ainsi des variations de niveau constatées par une graduation dont chaque division correspond à un volume différent et indique la quantité de liquide écoulé par heure.
Les alcools se rendent de l’'éprouvette dans le réservoir de distribution G muni de trois robinets. Le
robinet inférieur communique au réservoir qui doit contenir les alcools mauvais goût; le robinet I sert d'écoulement au réservoir des alcools secondaires ; le robinet J donne accès aux alcools bon goût. Les trois robinets sont disposés de telle sorte que s'il s’échappait la plus petite quantité d’alcools mauvais goût à la fin d’une opération, ils iraient tomber au fond de la boule G, pour se rendre de là par le robinet inférieur au réservoir mauvais goût.
On voit que l'alcool arrive par la partie inférieure sans secousse, uniformêément, ce qui évite de pratiquer une ouverture dans l’éprouvette, permet de la clore hermétiquement, et d'éviter toute perte d’alcool.
Le robinet de dégustation, le plateau-réservoir protégeant l’éprouvette, la distribution des diverses qualités de produits sont des perfectionnements réels, et le seul point à indiquer aux distillateurs est le mode de détermination de l'ouverture variable qu'il faut donner à l'orifice d'écoulement F pour chaque appareil distillatoire différent.
Au moyen d’une règle posée sur la bague placée audessus de cet orifice F, on devra l’abaisser progressivement, de telle sorte qu'en pleine marche on fasse remonter le liquide à la graduation 15. L’éprouvette ainsi réglée, on voit immédiatement si l'appareil s’emporte ou ralentit; dans le premier cas, le niveau du liquide mo:tera en débordant par le haut du tube F; dans le second, la nappe de liquide descendra de un ou plusieurs chiffres de la graduation.
Pour régler l’éprouvette, il faut tenir compte de deux conditions essentielles : la première, que le réservoir d’eau de condensation soit toujours plein, et son niveau maintenu constant par un tube trop-plein qui fonctionne sans interruption, et cela afin d’avoir
une condensation toujours égale. La seconde condition exige que le distillateur ouvre le robinet d’eau de condensation, exaclement au point requis pour le bon fonctionnement de l'appareil.
Les effets produits par l’abaissement de la bague n'étant pas immédiats et n'ayant lieu qu'au bout de quelques minutes, il faut agir petit à petit et rester au moins 20 minutes à chercher le point de régularité demandé, de manière à se rendre bien compte des effets de chaque rétrécissement de l'orifice d'écoulement; sans cela on dépasserait le point voulu et on se verrait forcé de recommencer le travail en relevant la bague à nouveau.
L'observation a appris que pour un débit de 400 litres à l'heure, l’orifice doit avoir 60 millimètres carrés. On calcule aisément, d'après cette donnée, l’orifice pour les divers appareils auxquels on applique l’éprouvette.
MM. Savalle et Cie construisent aussi un ensemble de deux éprouvettes dont l’une sert à l'écoulement des flegmes et l’autre à celui des alcools provenant du rectificateur. Enfin, ils ont fait construire un alcoomètre à tige restreinte qui s’adaple à leur nouvelle éprouvette. Son échelle commence à 50 degrés et se termine à 100, et les subdivisions y sont faciles à reconnailre. Cet alcoomètre n’a que 2 centimètres de longueur ; il tient peu de place et est moins susceptible de se briser.