I. DESSIN LINÉAIRE EN GÉNÉRAL
§ I . Notions générales.
1 . Qu’est-ce que le dessin linéaire en général ? — 2. Dans quel sens faut-il entendre ici l’élude du dessin linéaire? — 3. Quelle est l’origine du dessin linéaire? — .4. Quelle différence y a-t-il entre le dessin linéaire et le tracé géométrique ? entre le dessin linéaire et le dessin académique? — 6. Quelle est l’utilité du dessin linéaire, et quelles en sont les applications principales?
1 . — Le dessin linéaire , dans un sens général , est l’art d’imiter les contours des corps et de leurs parties , à l’aide de simples traits et sans le secours des ombres ni des couleurs.
2. — Le dessin linéaire doit être surtout considéré ici comme une application usuelle de la Géométrie' ; il s’appuie sur les principes géométriques, et il a pour objet principal de représenter les productions de l’industrie et des arts.
3. — L’origine du dessin linéaire est contemporaine à la naissance des arts industriels. De tout temps , pour faire exécuter quelque ouvrage ou s’en rendre compte avant de l’exécuter, les maîtres ou les entrepreneurs, les chefs d’atelier ou les ouvriers, ont eu recours à des ébauches plus ou moins exactes, destinées soit à préparer le travail , soit à le faire. La loi sur l’instruction primaire a donc ramené le dessin linéaire à sa destination primitive , qui en est aussi la plus utile.
4. — Il y a une différence entre le dessin linéaire et le tracé géométrique , tracé qui s’exécute au moyen du com-
1. On voit, d’après celte définition, que l’étude des élémenis géométriques doit précéder, pour les aspirants, l’étude du dessin linéaire.
Manuel. — D. Supérieur. 30
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pas et de la règle; il en est de même du dessin académique , qui ne joint presque jamais la justesse à l’élégance. I.e dessin linéaire est la réunion de l'un et de l'autre.
o. — Le dessin linéaire est non-seulement utile , mais encore nécessaire dans toutes les positions de la vie, humbles ou élevées; dans toutes les carrières, industrielles ou libérales. Ainsi, il est indispensable à tous ceux dont les travaux consistent dans l’imitation des formes, tels que les charpentiers, les appareilleurs , les maçons , les serruriers , les mécaniciens , les ébénistes, etc. ; car jamais ils ne peuvent être sûrs de bien faire une pièce de leur art, si d’abord ils n’ont déterminé sur une épure ou esquisse les dimensions de toutes les parlies. Le dessin linéaire n'est pas moins indispensable à celui qui les emploie, soit pour leur transmettre clairement sa pensée par une ligure rapide , soit pour se faire à lui-même une idée préalable du travail et de son prix. 11 l’est encore à toute personne qui veut garder un souvenir des objets qu’elle a vus; enlin il l’est à tous les enfants qui doivent s’occuper du dessin ordinaire, auquel les meilleures méthodes le font actuellement servir d’introduction. Le dessin linéaire est donc l'un des premiers besoins de la société, parce qu’il en est un des plus positifs, et il est destiné, si on peut le dire, à en devenir l’art le plus universel.
§ 2. Des diverses espèces de dessin linéaire et de leur application dans les différentes espèces d’enseignement .
I . Combien y a-t-il d’espèces de dessin linéaire ? — 2. En quoi consiste le dessin linéaire à main levée ou sans instruments , et que donne-t-il aux personnes qui s’y exercent? — 3. En quoi consiste le dessin linéaire graphique ou avec instruments ? — ■i. Qu’est-ce que la règle? — 5. Le compas? — (i. L'équerre? — 7. Le rapporteur ? — 8. Le lire-ligne? — 0. Le lé? — 10. L’échelle de proportion? — II. Le lil à plomb ? — 12. Quelles sont les ligures auxquelles peut s’appliquer le dessin linéaire , quel que soit celui dont on fasse d’abord usage? — 13. Est-il indiüerenl de commencer par l’un ou par l’autre dessin ? — 14. Quelle est, dans l’enseignement simultané du dessin linéaire, la fonction du maître, cl de quels instruments doit-il être muni ? — 15 . Que doivent faire respectivement, dans l’enseignement mutuel du dessin linéaire, les maîtres, les moniteurs généraux, les moniteurs particuliers, les moniteurs adjoints et les groupes?
— 16. Combien y a-t-il de sortes d’exercices dans chaque espèce
d’enseignement, et en quoi consistent-ils? — 17. Que doit-on
faire avant et après le tracé d’une figure?
i. — 11 y a deux espèces de dessin linéaire : le dessin linéaire à main levée ou sans instruments , et le dessin linéaire graphique ou avec instruments.
fi. — Le dessin linéaire à main levée ou sans instruments consiste h représenter les objets placés sous les yeux, avec une précision que l’exercice et l’habitude peuvent rendre presque mathématique.
Le dessin à main levée donne de la justesse au coup d’œil , de la hardiesse aux doigts et de la grâce aux contours.
3. — Le dessin linéaire graphique ou avec instruments consiste à représenter les objets avec une exactitude rigoureuse, nécessaire dans l’application.
Ce n’est qu’à l’aide des instruments géométriques , tels que la règle, le compas, Véquerre, le rapporteur, le tireligne, le té, Véchelle de proportion , etc., qu’on peut parvenir au degré de précision convenable.
4. — La règle est un parallélépipède rectangle, plus ou moins plat, qui sert à tirer des lignes droites. On appelle arêtes d’une règle, les angles saillants que les bases forment entre elles deux à deux.
3. — Le compas se compose de deux branches terminées en pointe à leurs extrémités, et réunies l’une à l'autre par une articulation qui permet aux branches de s’écarter plus ou moins l'une de l’autre. Il sert à décrire dès cercles et à prendre la distance entre deux points.
6- — Véquerre est un instrument de bois ou de métal composé de deux parallélépipèdes rectangles qui se coupent à angle droit. On donne aussi à l’équerre la forme d’un prisme triangulaire droit, ayant pour base un triangle rectangle. Il sert à tracer ou à mesurer des angles droits.
7 . — Le rapporteur est un demi-cercle de corne ou de métal dont le limbe ou bord est divisé en 180 degrés (lig. 14, Géométrie, pl. I). Il sert à mesurer l’amplitude numérique des angles. En effet, si l’on place le sommet de l’angle à mesurer au centre même du rapporteur, il est évident qu'on trouvera sur le limbe l’indication de la grandeur de l’arc compris entre lès côtés de l’angle, et par conséquent la mesure en degrés de cet angle.
{}. — Le tire-ligne est forme de deux palettes d’acier parallèles, très-minces et façonnées en pointes mousses. Il sert , comme son nom l’indique, à tirer des lignes, au moyen d’encre introduite entre les palettes. A ces palettes est adaptée une vis qu’on serre plus ou moins, selon la grosseur de la ligne qu’on veut obtenir.
9. — Le té est un instrument qui ressemble à la lettre majuscule T, c’est-à-dire qu’il est composé d’une règle et d’ftne traverse qui la surmonte à angle droit. Cette règle et cette traverse sont divisées en décimètres , centimètres et millimètres.
10. — L 'échelle de proportion est une règle divisée en parties égales, dont chacune représente telle longueur qu’on veut lui attribuer, de sorte que la figure qui représente l’objet est en mêmes proportions avec cette échelle que l’objet lui-même l’est avec sa mesure réelle.
11. — Le fil à plomb est un (il au bout duquel est attaché pour l’ordinaire un morceau de plomb. Il sert à vérifier les lignes verticales.
12. — Quel que soit le genre ou mode de dessin dont on fasse d’abord usage, il ne peut s’appliquer qu’à des figures qui se réduisent, en dernière analyse, à deux éléments, la ligne droite et la ligne courbe, isolées ou combinées.
15. — Il n’est pas indifférent de commencer par l’un ou l'autre genre de dessin , et les meilleurs auteurs sont d’avis que le dessin à main levée précède le dessin graphique. Le dessin sans instruments peut paraître au premier abord plus difficileque lo dessin avec instruments; mais l’expérience ne larde pas à prouver le contraire. Les élèves qui dessinent sans instruments croiront, les premiers jours, ne pouvoir jamais réussir ; mais ils seront surpris , au bout de quelques semaines, de la facilité qu’ils auront à tracer des ligures compliquées. Commencer par le dessin graphique, c'est donc leur enlever celte adresse des doigts si nécessaire même pour employer avec une précision rigoureuse le compas, la règle et les autres instruments mathématiques. On peut, d’ailleurs, concilier les deux méthodes. Chaque fois qu’il s’agira de faire un dessin , l’élève le tracera d’abord sans autre secours que la justesse de son coup d’œil , puis à l’aide des instruments. De la sorte, il pourra se corriger lui-même.
14. — Dans l’enseignement simultané, le maître fait travailler lui-même les différentes classes , et les appelle
tour à tour à sa table pour corriger les dessins des élèves.
Le maître doit être muni : 1° d’un mètre , divisé en décimètres et centimètres pour les grandes lignes; 2» d’un demi-mètre , divisé en décimètres, centimètres et millimètres; 3° d’une grande équerre pour les exercices du tableau noir, et d’une pet ite équerre pour les dessins de l’ardoise ou des cahiers oblongs ; 4° d’un grand et d’un petit compas de bois pour la vérification des courbes; 3° d’un rapporteur de cuivre; 6° d’un fil à plomb pour la mesure des verticales.
Il doit de plus posséder un Traité complet de dessin linéaire, qu’il puisse consulter au besoin ou qui lui serve de guide dans l’étude de cet art.
IB. — Dans l’enseignement mutuel, le maître doit commencer par former des moniteurs , à l’aide de leçons particulières données à un petit nombre de sujets intelligents. Il exerce donc au dessin linéaire , soit avant, soit après la classe, l’élite des élèves qui servent de guides à leurs camarades par la seule force de l’imitation et de l’exemple.
Le moniteur général surveille, concurremment avec le maître, les demi-cercles, les moniteurs particuliers, les moniteurs adjoints, et la manière dont ils remplissent leurs fonctions respectives. Il répond de tous les instruments de l’école; il doit en constater l’état avant de les remettre aux moniteurs particuliers, et les vérifier de uouveau lorsque la classe est terminée.
Les moniteurs particuliers corrigent les dessins tracés par les élèves des demi-cercles. Les moniteurs adjoints , placés dans l’intérieur du demi-cercle et sur le côté , sont chargés des tableaux modèles 1 ; ils les présentent successivement aux élèves , lorsqu’appelés au tableau noir, ils doivent y reproduire une figure du tableau modèle.
Tous les groupes dessinent d’abord sur le tableau noir, ensuite sur l’ardoise , enfin sur les cahiers oblongs.
I O. — U y a, dans l’enseignement mutuel comme dans l'enseignement simultané, deux sortes d’exercices, l’un au tableau noir, et l’autre dans les bancs.
Au tableau noir, l’élève trace la figure à la main et sans instruments ; le maître ou le moniteur rectifie le dessin , d’abord à la main , puis avec les instruments.
Dans les bancs, on dessine sur l’ardoise ou sur les cahiers oblongs , avec ou sans instruments.
I. Ces tableaux modèles sont les planches de l’Atlas joint aux traités de dessin linéaire.
Si l’on dessine sans instruments , il suffit, pour l’ardoise, d’un crayon d’ardoise, et pour les cahiers oblongs, d’un crayon de mine de plomb et d’un morceau d’éponge ou de
gomme élastique.
Si l’on dessine avec des instruments , il faut : 1° un compas avec sa pointe, son tire-ligne et son porte-crayon ; 2° un rapporteur; 3° une équerre; 4° des crayons , une éponge , de la gomme élastique, de l’encre de Chine ou de bonne encre ordinaire 1 .
Lorsque l’ardoise ou la feuille du cahier est en grande partie couverte de figures, le maître ou le moniteur procède à la correction selon la méthode ordinaire.
17. — Avant le tracé d’une ligure , le maître ou le moniteur doit en lire à haute voix l’explication , exécuter le dessin lui-méme et le faire ensuite exécuter aux élèves.
La correction doit suivre immédiatement le tracé que l’élève a fait de la figure.
L’élève ne doit se servir au lebleau noir que d’un crayon blanc non taillé; c’est à lui de Itoisir les pointes accidentelles du bout du crayon pour tr. cer avec plus de netteté des lignes déliées. Seulement, dans les premières leçons, il faut un peu d’indulgence pour ce principe, afin de ne pas rendre les traits trop informes, et l’on permettra de tailler le crayon en pointe grossière. 11 en sera de même pour le dessin des vases et des ornements, qui présente plus de difficultés.