‹ Nouveau manuel des aspirants et aspirantes aux brevets complémentaires de l'instruction primaire rédigé d'après les programmes officielsChapitre 310 sur 327 · II. DIRECTIONS MORALES · texte numérisé non relu

II. DIRECTIONS MORALES

1. Quelle est la dignité des fonctions de l’instituteur primaire? — 2. Quelles sont les dispositions et les qualités nécessaires à l’instituteur primaire? — 3. Quelle doit être l’éducation dans les écoles primaires? — 4. Quelle doit être l’éducation physique? — 5. L’éducation intellectuelle? — G. L’éducation morale? — 7. L’éducation religieuse? — 8. Comment l’instituteur primaire doit-il procéder dans l’enseignement des devoirs? — 9. Comment peut-il fortifier le caractère des enfants? — iO. Que doit-il faire sous le rapport du travail et de l’ordre? — 11. Quels sont les devoirs de l’instituteur sous le rapport des sectes ou des partis envers l’autorité?

f. — Le lilre d’inslitnteur primaire est d'autant plus honorable , qu’il est porté d’une manière plus conforme aux devoirs qu’il impose. C’est moins une profession qu’une mission, un ministère, une fonction sociale. L’instituteur primaire devient officier public. Les services qu’il rend, leur durée , leur étendue , les êtres auxquels il les consacre , tout appelle sur lui l'intérêt et la confiance. L’État lui assure un présent cl lui prépare un avenir; l'estime générale et la reconnaissance subséquente des élèves achèveront de le payer de son dévouement *.

2. — La carrière de l’instruction primaire veut une vocation décidée cl toute spéciale. Il ne faut point l’entreprendre comme une spéculation mercantile; ce serait en méconnaître le véritable caractère et faire un mauvais

. 1 . Cours normal des instituteurs primaires, par M. de Gérando.

d'enseignement. ou

calcul : un instituteur intéressé, avide, ne réussira jamais.

La vocation ne suffit pas; il faut encore des qualités propres à cet état : 1° qualités de caractère; 2° qualités de l'intelligence.

1° Avant tout, il faut que l’instituteur aime les enfants ; qu’il se maîtrise lui-même; que son caractère soit toujours le même; qu’il allie la fermeté à la douceur ; qu’il se rende digne par sa conduite de l’amour et de la considération des élèves; que sa vie soit pure et ses mœurs à l’abri de tout soupçon ; que sa vigilance ne se démente jamais, parce que scs devoirs sont de tous les instants; qu’il donne le premier l’exemple de la soumission à la règle à laquelle il soumet les élèves; que sa patience soit inaltérable; que ses rapports avec les familles des eufants soient réglés d’après les principes de l’honnêteté; enfin, qu'une économie sage et prudente préside à toute son administration.

2° L’instituteur doit savoir toutes les matières du programme , non-seulement pour lui , mais aussi pour les autres. Le talent d’enseigner demande l'intelligence des bonnes méthodes, l'habitude de les appliquer, la netteté dans les idées, la clarté dans le langage. Il faut encore à l’instituteur primaire du discernement pour conduire les enfants, une grande réserve pour ne jamais se compromettre.

3- — Former l’enfance de l’homme, développer en elle les dons de l'humanité, telle est la lèche de l'instituteur. On peut dire qu'il est à la fois chargé et de l'éducation et de l’instruction.

L’instruction donne les connaissances, mais l’éducation donne la vertu : la vertu est un parfum qui empêche les fruits de la science de se corrompre.

L’éducation embrasse tout ce dont se compose l'existence humaine, savoir : les rapports avec la société, avec la patrie, avec la famille, avec ses semblables, avec la vie terrestre et la vie à venir. Elle enseigne donc l'accomplissement des devoirs, dans quelque condition qu’on se trouve. Cette éducation commence avec la première enfance, et il y a une éducation primaire, comme il y a une instruction primaire; toutes deux doivent marcher de front.

4. — Dans l'éducation physique, l'instituteur doit exiger la propreté sur la personne et dans les vêtements, un exercice modéré, varié et régulier, l’alternative du mouvement et du repos, un maintien convenable, un pas de marche

réglé, des récréations actives, mais ordonnées, etc. Les promenades seront, s’il sc peut, instructives.

o. — Dans l'éducation intellectuelle, l'instituteur primaire doit cultiver l'attention par la curiosité bien entendue et par l'attrait de ses leçons; l'imagination, par la variété; la mémoire, par l’association des idées; le jugement, par l’observation des faits, par des conceptions claires et par le juste emploi des mots ; la raison, par la réflexion et par la soumission à des lumières supérieures.

0. — Dans l’éducation morale, l’instituteur doit régler avec soin l’ainour de soi, premier penchant de l’enfance, et réprimer le désir de la domination qui en est la suite. Il relèvera les pauvres, protégera les difformes. II gagnera la confiance de ses élèves, fera régner entre eux la concorde, les disposera à l’obligeance réciproque, leur inspirera la bonté et la patience, préviendra la jalousie des pauvres contre les riches et l'orgueil des riches contre les pauvres ; il veillera surtout à ce que l’innocence et la pureté de l’enfance ne souffrent aucune atteinte. Enfin , il fera naître , croître et s’affermir en eux le sentiment de leurs devoirs.

7. — L’éducation religieuse doit présider dans l’enfance au premier essor des penchants , au premier enseignement des devoirs. L’instituteur doit laisser cette fonction aux ministres de la religion, qui en ont la mission expresse et qui s’y sont préparés par des études convenables ; s’il y prend une part directe, ce ne sera que d’après leur invitation, sous leur direction et leur surveillance.

8- — Dans l’enseignement des devoirs, l'instituteur se gardera de leur en imposer de factices ; il doit se borner aux devoirs réels , bien suffisants à la faiblesse de l’enfance. Il ne présentera point aux enfants un code de morale trop étendu. Indulgent pour les fautes, il sera sévère pour les défauts.

Il y a trois choses à faire pour former les enfants à la vertu : 1° les préserver des vices dont ils sont exempts; 2° les corriger de leurs défauts; 5° les instruire de leurs devoirs. Ce sont les devoirs de la véracité et de la sincérité, le devoir du respect pour tout ce qui a droit de l'obtenir, les devoirs de l’ordre, de la justice et de la probité, etc.

9. — L’instituteur peut fortifier le caractère des enfants en réglant leur volonté, en les habituant à vaincre leurs passions, en leur inspirant le courage de la constance , la force de l’âme, la sympathie pour leurs camarades, etc.

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10- — L’instituteur, en donnant à ses élèves le goût et l’habitude du travail, leur enseignera à bien travailler, c’est-à-dire à faire chaque chose avec méthode, à opérer avec suite, à finir, à perfectionner. Il leur fera sentir que le travail prévient l’ennui, la misère, le désordre et les vices. Par l’ordre, il les mènera peu à peu à la vertu; « l’ordre conduit à Dieu, » dit saint Augustin.

II. — Pour répondre à ces questions et terminer notre ouvrage, nous ne pouvons mieux faire que d’extraire quelques passages d’une circulaire officielle adressée aux instituteurs en 1833 :

« Autant l’instituteur doit se garder d’ouvrir son école à l’esprit de secte ou de parti , et de nourrir les enfants clan;-, des doctrines religieuses ou politiques qui les mettent, pou» ainsi dire, en révolte contre l’autorité des conseils domestiques, autant il doit s’élever au-dessus des querelles passagères qui agitent la société, pour s’appliquer sans cesse à propager, à affermir ces principes impérissables de morale et de raison sans lesquels l’ordre universel est en péril, et à jeter profondément dans de jeunes cœurs ces semences de vertu et d’honneur que l’àgc et les passions n’étoufferont point. La foi dans la Providence, la sainteté du devoir, la soumission à l’autorité paternelle, le respect dû aux lois, tels sont les sentiments qu’il s’attachera à développer. Jamais par sa conversation ou son exemple il ne risquera d’ébranler chez les enfants la vénération due au bien; jamais par des paroles de haine ou de vengeance il ne les disposera à ces préventions aveugles qui créent, pour ainsi dire, des nations ennemies au sein de la même nation. La paix et la concorde qu’il maintiendra dans son école doivent, s’il est possible, préparer le calme et l’union à l’avenir.

« Les devoirs de l’instituteur envers l’autorité sont plus clairs encore et non moins importants. 11 est lui-même une autorité dans la commune : comment donc donnerait-il l’exemple de l’insubordination? Comment ne respecterait-il pas les magistrats municipaux, l’autorité religieuse, les pouvoirs légaux qui maintiennent la sécurité publique? Quel avenir il préparerait à la population au sein de laquelle il vit, si, par son exemple ou par des discours malveillants, il excitait chez les enfants cette disposition à tout insulter, qui peut devenir dans un autre âge l’instrument de l’immoralité et quelquefois de l’anarchie !

« Le maire est le chef de la commune; il est à la tète de la surveillance locale : l’intérêt pressant comme le devoir

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