‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 109 sur 332 · LIVRE VI. CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE XXI

l'obligation à celui qui le contraint , et non point à lui. S'il faut qu'il le veuille, mais pour cette considération qu'il ne peut rien vouloir de meilleur, c'est lui-même qui se contraint. Ainsi ce que je ne lui devois point pource qu'il est contraint , je le lui dois pource qu'il se contraint soimême. Qu'ils cessent de vouloir, dites-vous. Représentezvous qu'il n'y a homme si hors du sens qui n'avoue que c'est vraiment une volonté que celle qui ne peut cesser ou changer quand bon lui semble sans qu'il lui en arrive mal, et qu'au contraire on ne peut rien imagmer qui ait tant de volonté , que ce qui en a une si ferme et si certaine, que l'éternité même n'est pas capable d'y mettre fin. Seroit-il possible que celui voulût, qui peut dé vouloir en un moment , et que celui ne semblât pas vouloir , de qui la nature est insusceptible de ne vouloir point?

XXII, Or sus, dites-vous, qu'ils s'arrêtent, s'ils le peuvent faire. C'est comme si vous disiez : Que tous ces corps lumineux , distingués par espaces et rangés pour être les sentinelles de l'univers, quittent leurs places ; que par une confusion subite les astres choquent les astres ; que par la rupture de la concorde des choses tout ce qui est au ciel tombe en la terre; que cette contexture, de qui la vitesse n'est point imaginable , rompe à mi-chemin ses vicissitudes promises jusques à tant de siècles; que ce qui va et vient à cette heure alternativement avec ses contrepoids réglés pour tenir le monde en son égale température, soit embrasé par une soudaine combustion ; que tant de diversités ne soient plus qu'une chose ; que le feu possède tout; qu'une obscurité relente* lui succède, et que les Dieux mêmes tombés au fond d'un abîme ^ soient

1. Relent^ relente, qui sent le renferiné, le moisi. Le texte latin est oigru nox.

2. L'édition de if)3o porte iei nui' ahiine ; mais au livre VU , cliap. III, il y a un abiine, au maseulin.

compris en cette universelle calamité. Le démenti qu'on vous donneroit coùteroit bien cher. Toutes ces choses-là vous profitent en dépit que vous en ayez; et quoique leurs mouvements aient une plus grande et première cause, si est-ce qu'ils se font pour l'amour de vous.

XXIII. Ajoutez-y à cette heure que les Dieux ne peuvent être contraints par une puissance externe , et n'ont rien qui les commande que leur éternelle volonté. Ils ont établi un ordre pour ne le changer jamais Ainsi ne peuton dire que peut-être ils voudroient bien ne faire point ce qu'ils font, parce que s'il est des choses qu'ils ne puissent faire cesser, c'est que par un arrêt précédent ils ont ordonné qu'elles persévéreroient jusques à la fin. Jamais ils ne se repentent de leur premier avis. Aussi, pour n'en mentir point, il ne leur est pas permis de le rétracter. Ce n'est pas que si leur propre force les retient invariables en leurs résolutions , il y ait du manquement en leur puissance; mais pource qu'ils ne se peuvent fourvoyer des choses qui sont parfaitement bonnes, et que par un décret immuable ils se sont eux-mêmes commandé de marcher de cette façon. Or en ce premier établissement par lequel ils règlent le monde, ils se souvinrent de l'homme , et en toutes choses mirent quelque vertu capable de servir à sa commodité ; si bien que les astres ne font pas seulement leurs courses pour eux-mêmes , mais aussi pour nous , comme étant une partie de la besogne aussi bien qu'eux. Nous sommes donc obligés au soleil, à la lune , et généralement à tous les corps célestes , parce qu'encore qu'ils se lèvent et marchent pour de plus dignes sujets que nous ne sommes, si est-ce qu'en allant à des choses de plus de méi^ite, ils ont cette vertu de nous faire du bien en leur passage. Et puis il y faut ajouter que le bien qu'ils nous font vient par délibération , et non fortuitement; ce qui est un auti^e argument de l'obhgation

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