LIVRE VI. CHAPITRE XXXVIII
inonde ne vaut pas mieux. Ou pensez-vous que tendent A.rruntius , Atérius , et tous ces autres qui font métier comme eux de crocheter les testaments, sinon à cela même que se proposent les fossoyeurs , désignateurs et libitinaires ' ? Encore ceux-ci désirent la mort aux personnes sans savoir à qui, et ne perdent rien à leur vie; mais les autres demandent la fin de leurs meilleurs amis, et si celui qu'ils chevalent^ ne meurt bientôt , il les épuise , parce que toujours il leur coûte quelque chose. Aussi ne desirent-ils pas seulement sa mort pour avoir ce que par leur déshonnête servitude ils pensent avoir mérité, mais aussi pour se décharger de la dépense que journellement ils font pour entretenir son amitié. Il ne faut donc point douter que perdant en la vie de ceux dont la mort leur est profitable, leur vœu ne soit plus violent que celui de ces pauvres gens. Et cependant leur mauvaise volonté connue à tout le monde ne reçoit point de punition. Enfin retirons-nous tous au cabinet de la conscience, et nous représentons les choses que nous avons souhaitées dans l'âme, combien trouverons-nous de vœux que nous aurons honte de nous confesser à nous-mêmes, et combien peu que nous voulussions avoir faits en la présence d'un témoin!
XXXIX. Mais il est des choses répréhensibles , qui pourtant ne sont pas condemnables* ; comme est le vœu de cet ami qui cherche une mauvaise preuve de sa bonne affection, et tombe au vice qu'il se propose d'éviter, devenant ingrat par cette impatience précipitée de faire paroître qu'il ne l'estpoint. Voici ce qu'il dit : « Que je le voie
1. Désignât ores , libilinarii, les directeurs et entrepreneurs de funérailles.
2. Chevalcr , presser \ivement quelqu'un pour obteinr quelque chose. Nic(jt traduit le mot par le verbe latin capture.