‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 127 sur 332 · LIVRE VII. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VII. CHAPITRE III

gens de pied, ni de cornettes de cavalerie. Mais comme les Dieux sans armes conservent la paix en leur empire, et de leur citadelle, qui ne craint l'intelligence ni la surprise, ont Fœil à la protection de ce qui leur appartient; ainsi de quelque étendue que soit la charge du sage, il la fait sans tumulte, et meilleur et plus grand que le reste des hommes voit à ses pieds tout ce que la terre a de plus élevé. Riez-vous-en tant qu'il vous plaira. C'est la preuve d'un courage extrêmement brave , et qui se sent extraordinairement appuyé sur sa propre force, quand l'esprit a couru de l'orient à l'occident, qu'il a pénétré dans les plus inaccessibles solitudes, et considéré cette abondance diversifiée d'animaux, et de toutes choses que la nature produit si libéralement , de pouvoir comme Dieu laisser aller cette voix : « Tout cela est à moi. » C'est de là que vient qu'il ne désire plus rien , parce que hors de tout il n'y a rien.

IV. C'est ce que je voulois, direz-vous. Vous êtes où je vous demandois. Il faut voir comme vous sortirez de ce filet, où de vous-même vous êtes venu vous envelopper. Dites-moi comme on peut donner quelque chose à un sage, puisque tout est sien ? car ce que vous lui donnez est sien aussi, et par conséquent il est impossible qu'il reçoive aucun bienfait. Et cependant vous dites qu'on lui peut donner quelque chose. La même question que je vous fais du sage, je la vous fais des amis. Vous dites qu'entre eux toutes choses sont communes. On ne peut donc rien donner à son ami , parce qu'on ne lui peut rien donner où il n'ait sa part. Il n'est pas incompatible qu'une chose soit au sage, et au maître qui la possède. Quand je dis que tout est au sage, je n'entends pas que chacun ne demeure propriétaire de ce qui est à soi. Par la constitution du droit civil tout est au Iloi , et toutefois il n'y a rien de tout ce dont il s'attribue la seigneurie universelle qui n'ait son

possesseur particulier", de façon que nous pouvons donner au Roi une maison, un esclave, et une somme d'argent, et cependant on ne dit point que nous lui donnions chose qui soit à lui ; parce que bien que son pouvoir s'étende sur toutes choses, elles ne laissent pas d'appartenir particulièrement à quelqu'un. Nous disons le terroir d'Athènes et de Campagne*, et cependant il n'est point de champs qui n'aient leurs maîtres, et qui ne soient distingués de tenants et aboutissants. On dit bien en général : « C'est le terroir de telle ou telle ville, » mais en particulier on dit le champ d'un et d'un tel. Et pour ce je puis donner à la communauté d'une ville des terres que déjà nous appelions siennes auparavant, parce qu'elles sont d'une façon à elle, et de l'autre à moi. Qui doute que l'esclave et tout ce qu'il a ne soit à son maître? et toutefois il ne laisse pas de lui faire des présents ; car il ne s'ensuit pas que l'esclave n'ait rien, pource qu'il n'auroit rien si son maître ne vouloit. Et ce que volontairement il donne à son maître n'est pas moins un présent, pource que son maître le pouvoit prendre de force s'il eût voulu. Par ces exemples (demeurant d'accord, comme nous sommes, que tout est au sage) on peut résoudre notre question : connue il est possible, puisque tout est sien, qu'il reste de quoi lui donner? Les enfants n'ont riea qui ne soit au père, et néanmoins qui doute qu'un père ne puisse recevoir quelque chose de son fils? Tout est aux Dieux, et cependant nous leur faisons des offrandes, et mettons des pièces d'argent sur leurs autels. Ce que j'ai, pour être vôtre, ne laisse pas d'être mien. Il peut bien être vôtre et mien tout ensemble. Vous dites que celui qui tient des femmes qui se prostituent est maquereau. Toutes choses sont au sage. Au nombre de toutes choses sont comprises les femmes qui se prostituent. Il

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