‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 143 sur 332 · Afferme^ affirme · texte numérisé non relu

Afferme^ affirme

Malherbe, n iG

'ik-x TRAITÉ DES BIENFAITS DE SÉNÈQUE.

XXrV. Socrate dit un jour tout haut en la présence de ses amis : « J'aurois un manteau, si j'avois de l'argent. » Il ne demanda rien à personne, mais il les avertit tous, et lors il y eut de la presse à qui lui en bailleroit. Pourquoi non ? Combien étoit-ce peu de chose que ce que Socrate recevoit? Comme les pouvoit-il toucher plus doucement que de leur dire: « J'aurois un manteau, si j'avois de l'argent ? » Après cela quiconque se hâta le plus, il tarda trop', il avoit déjà failli à Socrate. Ce que nous défendons de redemander, c'est pour faire la leçon à ceux qui exigent avec trop de rigueur. Nous ne voulons pas qu'il ne se fasse jamais, mais qu'il se fasse peu.

XXV. Aristippus avant un jour pris plaisir à sentnquelque parfum : « Mal avienne, dit-il, à ces efféminés (jui ont diffamé une chose si belle. » Il faut dire comme lui : Mal avienne à ces méchants et importuns quadruplateurs de bienfaits, qui sont cause qu'on a honte de faire un avertissement si bon et si nécessaire entre les amis. Pour moi, je ferai ce que le droit d'amitié me permet, et ne me soucierai point de redemander un plaisir à ceux à qui je ne ferois point difficulté de le demander, cl qui seront si aises de me le pouvoir rendre, qu'ils tiendront pour une seconde obligation la liberté que j'aurai prise de les avertir. On ne m'orra jamais faire cette plainte* :

J'y trouve plus de reproche que d'avertissement. C'est nous faire haïr les bienfaits, et non-seulement nous ôter la honte de l'ingratitude, mais quelquefois donner occa-

I . Il y a ici dans Sénèqut- deux vers de Virgile, que Mallierbe n'a p:is traduits •

Ejectuni littore, egentem, Excepi, et regni démens in parte locavi.

{KiH](h', liv. IV, V. 373, 374.)

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