Dédaigneuses, qui méritent, qui excitent le dédain
corps à n'en pouvoir plus. Il faut qu'en la sobriété tout y soit honnête, et qu'il n'y ait rien de mécanique. Je n'aime que cette sorte de vie. Trouvons un tempérament à la nôtre entre les bonnes mœurs et les mœurs vulgaires. Qu'il n'y ait personne qui ne connoisse notre manière de vivre', que tout le monde l'admire. Mais quoi? ne ferons-nous rien que ce que les autres font? N'y aurat-il point quelque différence de nous à eux ? Si aura certes, il y en aura beaucoup. Quelqu'un veut-il treuver à redire en nous ? Faisons-lui connoître que nous sommes fort dissemblables du commun des hommes. Que celui qui entre dans notre maison tienne plus de compte de nous que de la richesse de nos meubles. C'est une grande modération à l'homme d'être aussi content d'une vaisselle de terre que d'une d'argent ; mais je ne l'estime pas moindre en celui qui se sait servir delà vaisselle d'argent comme de celle de terre. C'est avoir le cœur bien lâche que de ne pouvoir s'accommoder avec les richesses. Mais voici le profit que j'ai fait aujourd'hui, auquel je veux que vous preniez part. J'ai trouvé dans notre Hécaton, que le but de nos désirs fortifie entièrement les remèdes qui nous sont nécessaires contre la peur. Soyez exempt de souhait, et vous le serez de crainte. Ne doutez point que deux choses si contraires ne puissent bien subsister entre elles. Ce que je vous dis est vrai, mon ami Lucilius*, et quoiqu'elles ne semblent pas être d'accord, elles le sont néanmoins et s'attachent l'une à l'autre; car comme le prisonnier et le soldat qui lui sert de garde, sont liés à une même chaîne, ainsi ces deux choses, quoique différentes, marchent ensemble, et la peur suit l'espérance.
III. Je ne m'en étoime pas néanmoins, puisque toutes deux mettent à la gêne un esprit irrésolu, et font doublc-