‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 166 sur 332 · Publias Syrus · texte numérisé non relu

Publias Syrus

a88 LES ÉPÎTRES DE SÉNÈQUE.

En voici encore un de vous que je ne veux pas laisser derrière :

Ce qu'on nous baille on nous le peut ôter.

Je ne vous mets pas cela en compte ; car il n'y auroit pas d'apparence de vous payer de ce qui est à vous.

Argument. — I. Le sage est invincible anx incommodités, mais non insensible. Il aime d'avoir un ami; mais n'en ayant point il s'en peut passer. — II. Il faut aimer pour être aimé. Le contentement de faire un ami est plus grand que de l'avoir. — III. Les vrais amis ne visent qu'au bien de ceux qu'ils aiment. Des amis de fortmie. — IV. Le sage pour vivre heureusement se peut passer de tout le monde; mais pour vivre, non. — V. Le sage est content de sa condition, et le fol au contraire.

I. Vous me demandez mon avis de la répréhension que fait Épiciu'e en une épître, de ceux qui disent que le sage est content de soi-même, et par conséquent qu'il n'a que faire d'amis : c'est une reproche que fait Epicure à Slilpon, et à ceux qui ont comme lui jugé que ce fût le souverain bien d'avoir une âme insusceptible de toute appréhension. Mais nous équivoquerons, si pour exprimer Vapathie^ nous voulons user du mot d'impatience, parce qu'il semblera quelquefois qu'il ait un sens tout contraire à celui que nous lui voudrons donner; car nous voudrons parler de celui de qui l'âme est si ferme et si vigoureuse^,

I. Dans l'édition de ifiSg on lit npatlii (sans e), et dans l'édition de 1(145 apatlté. C'est la transcription du mot grec d-dtOîtav, employé par Sénèque.

1. Dans l'édition de liiSg, il y a rigoureuse t^out vigoureuse.

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qu'il n'y a douleur quelconque qui la puisse émouvoir; et il semblera que nous l'entendions d'un homme flouet*, tendre , et à qui seulement une piqûre du doigt fasse^ perdre le jugement. Voyez donc si nous ferions point mieux * de dire une âme invulnérable, ou une âme mise hors de toute souffrance. Voici la différence qu'il y a d'eux et de nous. Notre sage est invincible aux incommodités, mais non insensible ; le leur y est insensible aussi. Nous avons cela de commun, que le sage est content de soi-même, mais qu'il ne laisse pas d'être bien aise d'avoir un ami, un voisin, un qui loge avec lui, combien qu'il ait en soi de quoi se passer de toutes choses. Voyez s il n'est pas bien content de soi-même : que si par quelque maladie ou en un combat une main lui est coupée, cet accident qui lui dimmue le corps , ne lui diminue point son contentement. Si par quelque inconvénient il perd un œil, il se contentera de celui qu'il aura de reste, et sera aussi aise mutilé de ses membres comme s'il étoit entier. Il ne désire pomt ce qui lui manque , mais il aimeroit mieux qu'il ne lui manquât rien : aussi le contentement qu'il a de soi n'est pas tel qu'il ne veuille point avoir d'ami , mais que n'en ayant point il a moyen de s'en passer. S'il le perd il ne se désespère point, parce que c'est une place vide qu'il peut remplir tout aussitôt qu'il lui plana. Comme si Phidias perd une statue, il en peut incontinent faire une autre; lui tout de même, qui est grand maître en la science de faire des amitiés, aura bientôt recouvré ce qu'il aura perdu. Vous demandez comment il en aura sitôt fait un autre? Je le vous dirai, pourvu que nous demeurions d'accord que dès à celte heure je vous paye ce que je vous dois, et que pour le

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