‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 167 sur 332 · Flouet, fluet, délicat · texte numérisé non relu

Flouet, fluet, délicat

a. Daus l'édition de if)4^ '• « Si nous ne ferions point mieux. » Malheriie. II 19

■jttjo LES ÉPÎTRES DE SÉNÈQUE.

regard de cette lettre vous n'ayez plus rien à me demander.

II. Hécaton dit : « Je vous apprendrai une recette d'amour, sans drogue, sans herbe et sans charme quelconque. Voulez-vous qu'on vous aime? aimez. » Les amitiés nouvelles ont leurs voluptés aussi bien que les vieilles. Avoir et faire un ami sont choses où il y a la même différence qu'entre semer et recueillir. Le philosophe Attalus disoit ordinairement que faire les amis étoit plus doux que de les avoir, comme un peintre est plus aise de peindre que d'avoir peint. Cette sollicitude occupée à son ouvrage lui est un contentement extrême en son occupation. Gomme il donne le dernier coup de pinceau, cette pensée s'évanouit, pource qu'alors il ne jouit que du fruit de son art, au lieu qu'il jouissoit de son art même quand il peignoit. L'âge de vingt ans est plus capable de service; mais l'enfance a je ne sais quelle grâce qui donne plus de plaisir. Revenons à cette heure à notre propos.

IIL Le sage, encore qu'il se contente de soi-même, ne laisse pas de vouloir avoir un ami, sinon pour autre chose, au moins pour ne laisser point en friche une vertu si belle et si louable comme l'amitié : « Non point, disoit Epicure, pour avoir qui se tienne auprès de lui quand il sera malade, qui, s'il est en prison, lui aide à s'en retirer, et l'assiste de moyens, s'il est en nécessité; mais au contraire pour avoir quelqu'un qui reçoive ces offices de lui quand il en aura besoin. » L'intention ne peut être bonne de celui qui fait amitié pour y treuver le remède de ses incommodités. Il achèvera comme il a commencé: il a voulu avoir un ami qui lui ôtât la chaîne des pieds, le clou n'en sera pas sitôt rivé qu'il ne prenne congé de lui : ce sont amitiés pour la journée*. Un ami qu'on a fait

I. Dans l'édition de i(S45 : oc Ce sont amitiés à la journée. »

pour la commodité plaira si longtemps* qu'il en apportera. C'est pourquoi vous ne voyez qu'amis de toutes parts auprès des belles fortunes, et rien que solitude aux maisons de ceux qui sont abattus. Les amis fuient les occasions d'être éprouves, et de là viennent tant d'abominables exemples de ceux qui par crainte abandonnent lâchement, et des autres qui trahissent infidèlement ceux qu'ils ont fait profession de bien aimer. Il ne faut pas que la fin en soit meilleure que le commencement. Quiconque s'est fait ami pource que c'étoit son profit de l'être, puisqu'en l'amitié il a prisé autre chose que l'amitié même, il n'y a point de doute que si l'argent l'en sollicite il ne prise quelque chose au préjudice de l'amitié. Qu'ai-je donc affaire d'avoir un ami , afin d'avoir quelqu'un de qui j'assiste les nécessités, accompagne le bannissement et défende la vie aux dépens de la mienne quand il en aura besoin? Cette amitié que vous décrivez n'est pas une amitié, mais une négociation, qui n'estime et ne regarde que le moyen qu'il y a de profiter. Il n'y a point de doute que la passion des amants n'ait quelque chose qui ressemble à l'amitié : on peut dire que c'est une amitié insensée. En voyez-vous quelqu'un qui aime sa maîtresse pour le gain, pour l'ambition ou pour l'honneur? L'amour a tant de contentement en soi-même, qu'il néglige toute considération extérieure, et n'allume l'âme d'autre désir que de la chose qui semble belle , et donne apparence de rendre une réciproque affection. Et quoi donc, se peutil faire qu'une cause qui est honnête fasse naître une volonté qui ne l'est point? Vous me direz que ce n'est pas à cette heure qu'il faut disputer si l'amitié est chose désirable de soi-même, ou pour quelque autre sujet; car si de soi-même elle est désirable, il n'y a point de doute que

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