I. Publias Svrus
ag6 LES ÉPÎTRES DE SÉNÈQUE.
Argumkkt. — I. Les méchants ne doivent point vivre seuls. — IL Quels doivent être les vœux des gens de bien. — IIL Qu'il faut vi\re avec les hommes comme vu de Dieu, et parler avec Dieu comme écouté des hommes.
1. Je suis toujours d'un même avis : fuyez les g^randes compagnies, fuyez les petites, fuyez même la conversation d'un homme seul, \oyez où va mon jugement : je ne sache personne de qui je vous permette la communication , et toutefois je vous ose bien laisser entre vos mains. On conte que Cratès, écolier de ce même Stilpon. de qui j'ai fait mention en ma précédente, voyant un jeune homme se promener à part, lui demanda ce qu'il faisoit seul. A quoi le jeune homme ayant répondu qu'il sentretenoit avec soi-même, Cratès lui répliqua : « Donnez-\ous bien garde, je vous prie, que vous ne vous entreteniez avec un homme qui ne vaille rien. » Nous tenons ordinairement des gardes auprès de ceux qui pleurent une personne morte, ou qui ont quelque frayeur en l'âme, de peur qu'en la solitude il ne leur vienne quelque trouble qui les induise à se faire mal. Il faut en faire de même aux malavisés; car comme ils n'ont personne qui divertisse* leur dangereuse inclination, ils se proposent des choses pernicieuses, et jamais ne sont sans quelque imagination funeste, ou pour eux ou pour autrui. C'est alors qu'ils repassent en leur esprit tout ce qu'ils ont de mauvaises intentions, qu'ils tirent au jour tout ce que la honte ou la crainte leur faisoit tenir caché, provoquent