I. Divertisse, détourne
EPIÏRE X.
leur audace, irritent leur paillardise, et sollicitent leur colère par les moyens qu'ils lui mettent en avant de se venger. Enfin tout ce que la solitude a de commodité, qui est de ne se découvrir à personne, et de ne craindre point d'être accusés, est perdu pour eux ; ils se découvrent et se trahissent eux-mêmes, \oyez donc combien j'espère de vous, ou plutôt comme je m'en confie; car l'espérance est un nom qui ne convient qu'aux choses où il y a encore de l'incertitude. Je ne trouve personne à qui je vous aime mieux bailler en garde qu'à vous-même. Je me ressouviens de quelque langage que je vous ai ouï tenir, plein à la vérité d'une grandeur de courage vraiment solide et bien conforme à la vigueur de l'ànie qui le produisoit. Je m'en réjouis dès l'heure, et dis en moi-même : Ce ne sont pas là des paroles qui viennent du bout des lèvres, le fondement en est plus avant ; voici un honune qui n'est pas fait comme beaucoup d'autres; il n'a pas envie de se perdre; c'est ainsi qu'il faut parler, c'est ainsi qu'il faut vivre.
II. Prenez garde que rien ne vous fasse baisser le cœur; n'importunez point les Dieux de vous accorder ce que vous leur aviez demandé par le passé; quittez-les* de vos vœux précédents : faites-en de nouveaux. Demandezleur une conscience sans fraude, un esprit sans trouble, et un corps sans maladie^ : ce sont là des vœux qu'il ne faut point craindre de leur faire. Ils ne font jamais mauvais visage à nos requêtes, quand nous ne leur demandons rien du bien d'autrui.
III. Mais afin que, selon ma coutume, vous ne receviez point ma lettre sans quelque présent, je vous dirai une