‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 173 sur 332 · Virgile, Enéide, liv. IV', v · texte numérisé non relu

Virgile, Enéide, liv. IV', v

ÉPÎTRE XII. loi

les mains vicies. Ne vous souciez, : elle portera quelque chose, et non quelque chose, mais beaucoup; car y a-t-il rien de plus estimable que cette parole que je lui baille pour vous porter? « C'est une chose très-fâcheuse de vivre en nécessité ; mais il n y a point de nécessité qui nous oblige d'y vivre. » Pourquoi n'y en a-t-il pouitPPource que de tous côtés nous ne voyons que chemins bien courts et bien aisés qui nous mènent à la liberté. Rendons grâces à Dieu que nul qui s'en veuille aller du monde n'y peut être retenu. Nous en sortirons sitôt que nous eu aurons envie et foulerons aux pieds toutes les nécessités qui nous en voudroient empêcher. Oui; mais, direz-vous, cela vient de la boutique d'Epicure. Pourquoi faites-vous un présent du bien d'autrui? Ce qui est véritable est mien. Je ne veux cesser de vous alléguer Epicure, afin que ces sectaires qui avec passion s'attachent aux opinions particulières de quelqu'un, et regardent, non ce qui est dit, mais par qui, sachent que quand les choses sont parfaitement bonnes, tout le monde a droit d'en prendre sa part.

EPITRE XJIl.

ABGtJsrENT. — I. Nul ne peut savoir sa force sans l'avoir éprouvée. — II. Les appréhensions du mal à venir sont quelquefois fausses, et toujours inutiles. — III. Les vieillards qui ont des espérances et font des desseins sont ridicules.

I. Vous avez du cœur assez; je le sais bien, puisque devant que la philosophie vous eût fortifié, vous preniez déjà plaisir à contester avec la fortune. Il faut croire qu'à cette heure que vous êtes venu aux mains avec elle, et avez reconnu votre force , vous avez bien plus de réso- Mai.iikriuî. n -«o

3o6 LES ÉPiTRES DE SÉNEQUE.

lution . Nous ne sommes jamais assurés de la résistance que nous pouvons faire, que nous n'avous vu paroître beaucoup de difficultés de toutes parts, et qu il n en soit venu quelques-unes jusques à nous. C'est en cette épreuve que se remarque une âme vrannent généreuse et qui n est point capable de servitude. Il est malaisé qu'un athlète qui n'a jamais eu coup, ni atteuite, puisse aller au combat avec la même assurance que celui qui v a versé du sang; à qui les dents ont sonné de coups de poing; qui porté par terre d'un croc-en-jambe % a regagné le dessus de son ennemi; à qui, s'il est tombé, le courage est demeuré debout, et qui autant de fois qu'on la jeté bas, autant de fois s'est relevé, toujours opiniâtre à disputer la victoire, et jamais disposé à se confesser vaincu. Pour demeurer donc en ma similitude, vous êtes beaucoup de fois tombé sous la fortune; et cependant vous ne vous êtes jamais rendu, mais toujours revenu sur vos pieds avez recommencé la lutte avec plus de courage qu'auparavant. La vertu n'est jamais si forte qu après qu ou lui a donné quelque sujet de se piquer.

II. Toutefois, si vous le trouvez bon, voici du secours que je vous amène , pour vous en servir comme vous en aurez besoin. Il y a plus de choses qui nous font peur, qu'il n'v en a qui nous font mal ; et bien souvent nous sommes en peine plutôt par opinion que par effet. Je ne parlerai point en Stoïque, mais rabattrai le plus que je pourrai de la rigueur de leur doctrine, pour n'aller pas si bandé avec vous; car ils ne tiennent point que tous ces accidents, qui sont les sujets ordinaires de tant de gémissements , soient choses qui méritent seulement qu'on en fasse cas. Laissons là ces paroles, qui certainement sont véritables, mais que tout le monde n'est pas capable

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