‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 177 sur 332 · Cardiaque, qui a l'estomac malade · texte numérisé non relu

Cardiaque, qui a l'estomac malade

3. Qui amende de vieilHr^ c'est-à-dire, qui s'amende en vieillissant, en latiu : Quod vctustate fit melius.

ÉPÎTRE XV. ii9

livre ou sans tablettes en la main. L'esprit même a besoin (le quelque trêve . non pour s'anéantir , mais pour se relâcher. Le carrosse et la litière donnent de l'agitation au corps , et n'empêchent point d'étudier. Vous avez moyen d'y lire, dicter, parler, et écouter; comme aussi ce sont toutes choses que vous pouvez faire en vous promenant. Il y a même quelque exercice à parler haut.

IL Toutefois je ne trouverois pas bon de faire monter la voix de degré en degré par certaines mesures, et puis la rabaisser. Que si vous cherchez de l'art à vous promener, faites venir quelqu'un de cette race de gens à qui la faim a fait apprendre tant de nouvelles inventions : vous en trouverez qui vous conduiront les pas avec tant de justesse, que l'un ne passera point l'autre; prendront garde jusques à l'enflure de vos joues, et vous donneront autant de leurs cérémonies, que votre patience à les croire croîtra leur audace à les commander. Et quoi donc? tout aussitôt que j'ouvrirai la bouche, il faudra que je crie du haut de la têle.^ C'est une chose si naturelle de hausser la voix tout bellement, que ceux même qui plaident gardent cet ordre de parler au commencement, et de ne crier que sur la fin : ou ne vient pas d'un plein saut aux prières et aux obtestations. Et pour ce, vous suivrez en cela 1 humeur où vous serez; et tantôt avec véhémence vous vous irriterez contre ce qui vous semblera blâmable; et tantôt irez plus doucement, selon que la voix et la force des flancs vous en donneront la disposition. Quand vous serez sur le point de clore votre propos, prenez garde que la \oix ne vous tombe pas; mais qu'elle descende en sorte qu'on V remarque la modestie de celui qui la gouverne, et non l'intempérance d'un homme grossier et mal appris; car il n'est pas question de s'exercer pour parler, mais de parler pour s'exercer. Je ne vous ai pas ôté d'un petit bourbier; mais outre cela je vous veux faire un présent

qui ne vous sera pas désagréable; voici un enseignemeni bien digne d'être noté •

III. « La vie des fols n'est que chagrin, sollicitude, cl appréhension de l'avenir. » Demandez-vous de qui est ce précepte? de celui même de qui sont les précédents. Mais quand nous disons la vie des fols, de quelle vie entendons-nous être? de celle des fols à marotte et à chaperon? Non ; je ne parle d'autres fols que de nous-mêmes, qui par nos concupiscences furieuses nous laissons emporter à des choses nuisibles, ou pour le moins incapables de nous soûler jamais ; qui sommes toujours malcontents parmi tant d'occasions de contentement, et ne pensons jamais combien 1 esprit a de repos, qui ne désire rien; et de générosité, celui qui pense être pourvu de toutes choses et ne s'attend point à ce que la fortune lui voudra donner. Pour ce, mon grand ami, représentez- vous à toute heure la félicité de votre condition. Quand vous aurez regardé combien il v en a qui vous passent, regardez combien il y en a qui vous suivent. Vous êtes ingrat aux Dieux, et à votre propre vie, si vous ne considérez combien vous avez devancé de personnes. Mais que vous importent les autres, puisque vous vous êtes devancé vous-même? Donnez-vous des bornes que quand vous voudriez il vous soit impossible de passer.

IV. La durée de ces biens insidieux n'est pas éternelle, et bien souvent l'espérance en est meilleure que la possession. S il y avoit quelque chose de solide, il y auroit de quoi se rassasier; mais l'altération ne se passe point pour en boire, et toujours notre soif trouve quelque chose qui la sollicite en l'apparence spécieuse d'un breuvage si bien préparé. Puisque ce sont choses qui roulent encore entre les incertitudes du temps à venir, pourquoi veux-je plutôt impétrer de la fortune qu'elle me les donne, que de moi, que je ne les demande point? Or à quelle fin les deman-

derai-je, sinon quil ne me souvienne du tout plus de la foiblesse de ma condition? Assemblerai-je * ? Pour quoi faire? pour avoir de la peine ? Je suis au dernier jour de ma vie, et si je n'y suis, je n'en saurois être bien éloigné.

EPTTRE XVI.

Argusient. — 1. La philosophie doit être la guide de l'homme. ^ II. La philosophie est utile à l'homme, soit qu'une providence éternelle gouverne le monde, ou que les choses arrivent fortuitement; d'autant qu'elle enseigne d'obéir à Dieu, et de souffrir les adversités avec patience. — IIL Celui qui se règle par les lois de la nature est riche; qui parcelles de l'opinion, estpauATe.

I. Je ne doute pas que vous ne sachiez bien qu'il n'v a moyen de vivre, non pas heureusement, mais passablement, sans l'étude de la sagesse, et que selon le progrès qu'on y fait, on approche plus ou moins de la parfaite félicité ; mais ce n'est pas tout que de le savoir, si par une méditation continuelle on ne tâche de se confirmer en cette opinion. Les sages l'ésolutions sont plus fortes à garder qu'à prendre; il faut persévérer, et ne cesser jamais de vous fortifier, que vous n'ayez fait un bon naturel de ce qui n'est qu'une bonne volonté. Vous n'avez que faire avec moi de tant de paroles, ni de si longues protestations: je vois bien le profit que vous avez fait. Je sais d'où vient ce que vous m'écrivez : il n'v a ni fard ni déguisement; toutefois, pour vous dire franchement ce que j'en pense, j'en ai déjà beaucoup d'espérance, mais de confiance je n'en puis encore avoir. Faites le même scrupule que je fais : ne soyez ni prompt ni facile à présumer de vous;

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