Cogitn lions (en latin cogitationcs) , pensées
ÉPtTRE XXXII. 389
fluctuantes, qui vous mettent l'âme en désordre, vous cherchiez à vous contenter par l'intelligence du vrai bien, qui est aussitôt possédé comme connu, sans désirer autre longueur à votre vie que celle qu'il semblera bon à nature de vous donner. Quiconque vit après avoir achevé sa vie, il se peut vanter d'être libre, et qu'il n'est point de nécessité capable de le forcer.
Argument. — I. Les discours des Stoïques sont sentencieux. — II. Pour faire jugement d'un grand personnage, comme d'une belle femme, il faut tout voir. — III, Un homme d'âge ne doit pas toujours rapporter les dits d'autrui, mais doit raisonner luimême.
I. Vous voulez, qu'en ces lettres comme aux précédentes, je mette quelques sentences de nos Stoïques : ils ne se sont point amusés à des fleurettes. Prenez-les par où vous voudrez, ils sont toujours mâles. Quand en une multitude une chose paroît par-dessus l'autre, il y a de l'inégalité. Un arbre quelque grand qu'il soit, n'est point admirable en une forêt qui est toute de même hauteur. Vous ne trouvez autre chose parmi les vers et dans les histoires, que les sentences que vous me demandez; et pour ce, je ne veux pas que vous les attribuiez à Epicure. Elles sont à tout le monde, et particulièrement aux Stoïques, mais on les remarque en lui plus qu'on ne fait ailleurs, pource qu'elles y sont rares, et qu'on s'étonne quand un homme (jui fait profession d'une vie molle et délicieuse, lâche (juelqiuî parole où il y a de la rigueur. J'en parle selon l'opinion comnmne; car selon la mienne.
tout joli qu'il est, avec ses manches pendantes *, je trouve qu'il a du courage et de la force. On peut bien sentir le musc et l'ambre, et n'être ni moins galant, ni moins brave, que si on sentoit la poudre à canon*. Ne me demandez donc point de triage : ce qui se trouve par endroits chez les autres, est partout chez les Stoïques. Nous n'avons point de montre pour abuser les acheteurs, qui ne treuveront rien dans la boutique. Prenez-en un échantillon où bon vous semblera : nous ne faisons qu'une bourse tout ce que nous sommes; chaque sentence n'a point son auteur à pari. Si nous les voulons séparer, de qui dirons-nous qu'elles sont? De Zenon, de Cléanthe, de Chrysippus, de PanétiusPNous n'avons point de maître : chacun est à soi. Entre eux si Hermachus' ou Métrodorus disent quelque chose, tout est attribué à Epicure. S'il se traite quelque chose chez nous, c'est sous son nom et sous ses auspices. Toutes ces belles choses que nous avons sont en si grand nombre, et si semblables, que quand nous voudrions, il est impossible d'y rien choisir.
C'est au pauvre homme à compter son troupeau*.
Envoyez vos yeux où vous voudrez , vous rencontrerez toujours quelque trait qui vous semblera triable* : si ce n'étoit que vous les voyez en une troupe, tout vous plairoit également.
IL Ne vous imaginez donc point de pouvoir faire