I. C'est-à-dire: mais bien
a Prupria i'iatonis supellcj est, dit Sénèque.
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ÉPÎTRE LVIII. /,8r
sc.onserver; car encore que naturellement il eût la compocion bonne, et que sa taille lui eût donné le nom qu'il ;r>it, ses voyages sur mer et les fortunes qu'il avoit corues avoient beaucoup diminué de sa vigueur. Mais il'e rangea sous une abstinence si étroite, et se donna (i-i lois si sévères en l'usage de tout ce qui sollicite nos < uirs, qu'avec toute son indisposition il ne laissa pas de In envieillir; car je crois que vous savez bien qu'il V [uit quatre-vingts et un an justement, et qu il décéda le jor mômequ'il étoit né. Pour cette observation, etpource () il avoit accompli le nombre le plus parHnt de tous, (u est neuf fois neuf, les IMages qui fortuitement se trou- \ ent alors en Athènes lui sacrifièrent, comme l'estir lit avoir eu quelque chose au-dessus de la condition ■iinaire de 1 humanité. Mais je pense que quand il eût >:u quelques jours moins, et qu'ils ne lui eussent point fît de sacriHce, il ne s'en fût pas beaucoup soucié. Le bn régime et la sobriété ne sont pas de peu d'importnce à nous faire vivre beaucoup. Ce n'est pas que la logue vie me semble chose qui doive être beaucoup de- ?ée; mais aussi ne suis-je pas d'avis de la refuser. Quand nus sommes gens de bien, nous avons du plaisir d'être ce nous.
\ . Il faut donc vider cette question, si on se doit dé- •jùlev des extrémités de la vieillesse, et laisser venir la lort au pas ordinaire, ou bien aller au-devant, et de sa rain propre se la procurer. Je ne fais point beaucoup t' différence entre craindre la mort, et l'attendre lâchelent. C'est une ivrognerie extrême, après que le vin est 11, de boire encore la lie, comme si on se fàchoiî qu'il cmeuràt quelque chose dans le tonneau. Toutefois c'est icore une dispute, si la vieillesse est la lie de l'âge de homme; car on peut dire que c'est ce qu'il y a de plus air et de plus net, au moins quand l'entendement est
]Malhekbe. Il 3l
48o LES EPITRES DE SE?yÈQUE.
mieux , au moins y aurai-je appris que tous ces objets (le nos sentiments, qui nous allument et nous irritent, n'ont point une essence véritable, mais sont fantômes, qui n'ont pris un visage que pour un temps. Il n'y a rien Je stable ni de solide \ et cependant nous ne laissons pas de les désirer comme perpétuelles, et comme les devant posséder perpétuellement.
lU. ÎSous avons une foiblesse qui nous fait ai-rèter à chaque pas : c'est à la considération de l'éternité qu'il faut envoyer nos âmes. Ce sont ces formes universelles, élevées au-dessus de nous, qu'il leur faut faire admirer, et Dieu au milieu d'elles, donnant ordre à faire vivre les choses, que pour le vice de la matière il n'a pu faire immortelles, et remédiant par sa prévoyance aux imperfections de ce qu'il a créé. L'ouvrage du monde ne se maintient pas pour être éternel* (car il ne l'est pas), mais pour la résistance que le soin de son conducteur fait à sa corruption. Les choses mimorlelles subsistent, même sans qu'on les défende : les mortelles sont en la protection de celui qui les a faites, qui par sa vertu leur donne ce que la fragilité de leur matière leur a dénié.
IV. Ne faisons point de cas des choses qui sont de si peu de prix, que même on révoque en doute si elles sont, et accompagnons cette considération d'une autre : c'est que si Dieu par sa providence fait vivre le monde, qui n'est non plus immortel que l'homme, et le soutient parmi tant de choses qui l'èbranlent, nous avons de notre côté quelque moyen de donner du répit à notre vie, si nous nous rendons maîtres de nos voluptés, et les bannissons de notre commerce, comme cause principale des incommodités ordinaires que nous soutirons en notre santé. Platon n'a vécu longtemps que par le soin qu'il eut de