‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 235 sur 332 · Enéide, liv. ^ I, \. 2~8, '-"g · texte numérisé non relu

Enéide, liv. ^ I, \. 2~8, '-"g

3. Translations, métaphores. En latin : Iranslationes \erborum.

ÉPiTRE LIX. 485

trop hardies, ni de mauvaise grâce, comme celles à qui l'usage a déjà baillé leur passe-port. J'y trouve aussi des figures, desquelles ceux qui nous défendent l'usage et ne les permettent qu'en vers, ne sont pas savants en la lecture des anciens; car encore qu'ils ne cherchassent pas tant de recommandation par une élégance plausible, comme par un simple récit des choses et par une démonstration éloignée de tout artifice , si est-ce que vous ne voyez que des paraboles en leurs écrits. Il est vrai qu'elles ne nous sont pas nécessaires pour le sujet que les poètes en usent, mais pour fortifier la foiblesse de ceux que nous voulons instruire, et leur représenter les choses si naïvement, qu'ils pensent plutôt les voir que les ouïr. Je me plais fort à lire Sextius : c'est un espiit vif, qui en sa philosophie a les paroles grecques et les fait romaines. J'y trouve une figure qui me contente fort. Il dit qu'en une armée, quand de toutes parts on se doute des ennemis, on la fait marcher en forme carrée, et que tout de même le sage doit tenir de tous côtés les vertus en bataille, afin qu'il ne lui puisse venir aucun effort sur les bras, qu'elles ne se trouvent prêtes à sa défense, et sans tumulte répondent au commandement qui leur sera fait. Il ajoute que cet ordre que donnent les grands capitaines en leurs troupes, de les disposer en sorte qu'en même temps une parole soit portée partout, nous est d'autant plus nécessaire que bien souvent ils appréhendent sans occasion et sont plus assurés au chemin qui leur est le plus suspect. Mais où est la folie, la peur y est peipétuelle; l'épouvante y est devant comme derrière, à main droite comme à main gauche. Les périls la suivent et la précèdent. Elle s'étonne de tout, parce qu'elle ne pourvoit à rien, et prend l'alarme de ceux mêmes qui viennent à su défense, pour ne les savoir distinguer de ses ennemis.

II. TJn homme sage est toujours en cervelle*. De quelque côté qu'on Fattaque, on ne le trouve jamais que l'épée à la main. Que la fortune vienne quand il lui plaira*, qu'elle lui ôte ses biens; qu'elle envoie sa femme et ses enfants au tombeau ; qu'elle lui fasse recevoir des affronts et l'afflige en sa personne de toutes les douleurs qu'il est possible de sentir : il n'en fera pas un pas en arrière. Au contraire , avec une assurance au visage qui témoignera celle du cœur, il marchera vers elle, et sera plus tôt aux mains qu'elle n'aura fait semblant de s'approcher. Nous avons beaucoup de choses qui nous retiennent, beaucoup qui nous affoiblissent. Il y a longtemps que nous sommes sales ; il est malaisé de nous nettoyer : ce ne sont point taches ordinaires que les nôtres; elles sont à Fhuile-.

III. Je m'en vais proposer une question que je dispute ordinairement en moi-même. D'où vient que la folie est si opiniâtrement attachée avec nous, que presque elle en est inséparable ? Premièrement, c'est que nous n'apportons pas le courage qu'il faut à la repousser, et recherchons notre salut d'une façon qu'il semble que nous ayons peur de le trouver. Secondement, nous ne croyons pas à bon escient aux préceptes que nous ont donnés les hommes sages, et ne leur ouvrons pas l'estomac'; mais comme en choses qui ne nous touchent guère, pensons avoir assez fait quand nous les avons regardés par-dessus. Mais aussi comme pourroit un homme apprendre à faire la guerre aux vices, vu qu'il ne peut vaquer aux choses louables qu'autant que les vices ne le tiennent point occupé? Nous ne mettons jamais la main au fond : il nous suffit

1. C'est-à-dire en éveil. Le latin porte : Sapiens autem ad omnem incursum miinitus est et intentus.

2. Il y a dans le latin : Non enim inquinati sumiis, sed infecii.

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