I. Fournissent de la pâture assez pour {Edition de
une forêt donne à vivre à plusieurs éléphants : et Thomme pour sa nourriture bien à peine se contente de la terre et de la mer? Et quoi donc? dirons-nous que la nature, qui nous a fait le corps si petit, nous ait donné des ventres insatiables, afin que les animaux les plus vastes et les plus voraces qui soient au monde, nous cèdent la gloire de gourmander*? Nullement. Que pensez-vous qu'il faille pour contenter nature? Elle est soûle de peu de chose. C'est l'ambition qui nous fait dépendre^, et non point la faim. Mettons donc, comme Salluste, ces hommes qui se font esclaves de leur bouche au nombre des bétes, et quelques-uns encore non au nombre des bétes, mais au nombre des morts. User de soi, c'est ce qui se doit appeler vivre. Ceux qui se cachent sont en leur maison en un cercueiP. Vous pouvez faire cette inscription en un marbre au-dessus de leur porte. Ils sont morts avant que mourir.
Arguhient. — I. Nous devons penser à bien vivre en jeunesse, et à bien mourir en vieillesse. — II. Le sage n'apporte aucune résistance à la mort, puisqu'elle doit nécessairement arriver.
I. Il est temps d'avoir de meilleures volontés à l'avenir que nous n'avons eu par le passé. Quant à moi, à cette heure que je suis vieil, tout le soin que j'ai, c'est de faire connoître que je ne veux plus ce que je voulois quand j'étois jeune. Je donne les jours et les nuits à cette méditation. Toute l'élude que je fais, et toute la besogne où