I. En part, voye?. p. SsS, note i
c'est de les mépriser. Quant à Démétrius, il ne vil pas comme les méprisant, mais comme les ayant baillés aux autres pour en user.
Argument. — I. Qu'il ne faut pas s'affliger démesurément en la mort d'iui ami. — II. Le pleurer excessif est plutôt marque de vanité, et de vouloir être estimé affligé, que d'une vraie amitié. — m. Le temps est un remède aux ennuis que la raison n'a pu guérir, — IV. Sénèque se blâme soi-même de s'être laissé vaincre à la douleur, en la mort d'Annéus Sérénus.
I. Vous VOUS affligez de la mort de votre ami Flaccus. Mais si faut-il que votre douleur ait des bornes. Je sais bien que vous ferez mieux de ne vous en fâcher du tout point. Toutefois c'est chose que je ne m'ose promettre de vous, parce que cette résolution est d'un homme plus ferme, et plus relevé sur la fortune que vous n'êtes. Je ne dis pas que cet accident n'eût touché le plus sage qui soit au monde ; mais il n'eût fait que le toucher. Pour nous, nous faisons beaucoup, quand n'ayant pas de la force assez pour ne pleurer point, nous en avons assez pour ne pleurer que démesure. Puisqu'il est impossible qu'on n'ait de l'eau dans les yeux en la perte d'un ami, potir le moins il n'y faut pas avoir des rivières *, il faut qu'il sorte des larmes, mais non pas la bonde*. Ne pensez point que ma lettre soit trop rigoureuse, vu que le plus grand des poètes grecs , veut que tout deuil s'achève en un jour, et remarque même que Niobé, une des plus désolées
I . Sénèque dit simplement : Nec sicci siiit oculi amisso amico, ncc fluant; lacrimaridum est, non plorandiim.
femmes qui fut jamais, n'oublia point de manger en son affliction.
II. Voulez-vous savoir cVoù viennent tant de lamentations, et de gémissements démesurés? Nous voulons prouver que nous sommes extrêmement ennuyés de la perte que nous avons faite, et ne nous lâchons pas tant à la douleur pour la douleur même, comme pour donner opinion que nous en avons beaucoup. Nous ne sommes point tristes pour nous, mais pour autrui. Nos douleurs ont leur vanité, comme nos autres actions. Et quoi donc? ne me souviendrai-je point de mon ami ? La mémoire que vous en aurez ne sera guère longue, si vous la bornez à votre douleur. Vous êtes bien triste et bien rechigné. Mais vous ne laisserez pas de rire au premier sujet qui s'en présentera. Je ne vous remets point à cette longueur du temps, qui cicatrise toutes plaies et l'end les plus désolés capables de consolation. Je vous dis que vous ne serez pas sitôt diverti ^ que vous ne perdiez ce que vous avez de triste en l'imagination. Vous gardez à cette heure votre douleur : soyez-y si vigilant que vous voudrez, il faut qu'elle échappe, et sa violence même sera ce qui la fera moins durer. Trouvons moyen que la souvenance de ceux que nous avons perdus nous soit agréable. Il n'y a personne qui se représente volontiers une chose qui le fâche. Toutefois, s'il ne se peut faire que nous voyant privés à jamais des personnes qui nous étoient chères, nous ne nous en ramentevions la perte sans quelque amertume, faisons, s'il est possible, qu'en cette amertume même il y ait quelque douceur; car, comme soùloit dire Attalus, la mémoire des amis nous est agréable, comme l'austérité ^ du vin vieil , ou comme une douce aigreur en une pomme ; mais enfin le temps en ôte ce qu'il