‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 252 sur 332 · In iiitegrum restiti/it, dit le latin · texte numérisé non relu

In iiitegrum restiti/it, dit le latin

EPÎTRE LXVII. 5a5

Akgument. — I. Les hommes ont de grandes obligations à la vieillesse. — II. Que tous biens sont désirables, et que ceux qui ne semblent pas tels, ne laissent pas de l'être.

I. Pour conimeacer par les discours ordinaires, le printemps approche déjà de Tété ; mais au lieu de s'échauffer il se refroidit, et n'y a point encore d'assurance, pource que bien souvent nous retombons en hiver quand nous en pensons être échappés, Voulez-vous savoir comme il est encore incertain? Je ne puis encore ni sortir de la chambre, ni demeurer sans feu. Vous direz que c'est n'avoir ni chaud ni froid*, je l'avoue, Lucilius : mon âge a de la froideur assez sans en chercher ailleurs. Agrand'peine puis-je dégeler au mois de juillet. Aussi je demeure la plupart du temps sur les matelas. J'ai cette obligation à ma vieillesse, qu'elle me fait garder le lit. Pourquoi ne lui en aurois-je de l'obligation? Elle m'empêche de faire ce que la raison me défend de vouloir : mon plus grand entretien est avec mes livres. Si quelquefois je reçois de vos lettres, je me tHis croire que je suis avec vous; je me transporte tellement que je pense plutôt parler à vous que vous écrire. Et pour ce je répondrai sur la question que vous me faites, comme si vous étiez présent; nous l'examinerons vous et moi.

II. Vous me demandez si tout ce qui est bon est désirable; et dites que si c'est une bonne chose que de ne s'émouvoir ni de torture, ni de feu, ni de maladie, et les endurer patiemment, il s'ensuit que la torture, le feu et la maladie sont choses désirables : à quoi toutefois il n'y a point d'apparence; et ne voit-on point que jamais

homme ait lall cVofllrandes aux Dieux, pour les remercier d'avoir l)ieii eu les élrivières, ni pour avoir été bien travaillé de la goutte, ou bien allongé à la torture*. Distinguez ces choses, Lucilius, et vous connoîtrez qu'en ce que vous trouvez si rude, il y a quelque chose à désirer. Je voudrois bien n'avoir point la torture; mais s'il faut que je l'aie, je souhaiterois la pouvoir souffrir en homme d'honneur et de courage. J'aimerois mieux la paix que la guerre, et néanmoins s'il faut que la guerre vienne, je désirerai de ne me désespérer point aux calamités qu'elle apportera. Je ne suis pas si hors du sens que je demande d'être malade; toutefois s'il m'anive de l'être, je désirerai de pouvoir (mais avec résolution) souffrir ce qu'il faudra que je souffre, et forcer mon intempérance d'obéir au régime qui lui sera prescrit. Ainsi les incommodités ne sont point désirables, mais bien la vertu qui fait supporter les incommodités. Il y en a des nôtres qui tiennent que cette patience aux adversités , c'est chose qu'il ne faut ni trop fuir, ni trop désirer; et qu'il n'y a point de raison de désirer une chose qui ne soit purement bonne, lianquille et hors de tout ce qui nous peut brouiller l'esprit. De moi, je ne suis pas de leur avis. Pourquoi? Premièrement, pource qu'il n'est pas possible qu'une chose soit bonne et ne soit point désirable. Seconcieuient, si la vertu est désirable, il faut que tout bien le soit, puisqu'il n'y a point de bien où il n'y ait de la vertu. Au paitir de là, si une patience magnanime aux adversités n'est point désirable, je demande si la magnanimité l'est point. Or est-il que c'est pour elle que nous méprisons les dangers, et les appelons au combat. Sa plus belle partie et la plus admirable c'est que tant s'en faut qu'elle craigne les feux et les fers, que tout au contraire elle

Page 1