Aut €(juuleo longior facliis^ dit le latin
cherche l'occasion de s'éprouver avec eux; et quelquefois même au lieu de parer les coups, s'ouvre l'estomac, et le dispose à les recevoir*. S'il est vrai que la magnanimité soit désirable, il en t'auL avouer autant de la résolution à supporter ce qui nous fait mal, car c'est une partie de la magnanimité; mais faites-en la distinction que je vous ai dite, et vous n'aurez plus rien qui vous abuse. Souffrir des tourments n'est point chose désirable, mais c'est chose désirable de les souffrir courageusement. C'est le courage que je désire, pource qu'en cela consiste la vertu. Mais quoi qu'il en soit, où s'est-il jamais trouvé personne qui ait fait de seml)lables souhaits? Il est des vœux qui se font ouvertement, quand la chose qu'on demande est spécifiée; il en est d'autres qui sont cachés parmi une multitude de vœux particuliers, compris sous un vœu général. Gomme je me désire une vie honnête, c'est chose qui consiste en plusieurs actions. Là-dessous est le tonneau de Pvégulus, le poignard de Caton, le bannissement de Rutilius , et ce breuvage empoisonné de Socrate, qui de la prison le fit monter au ciel : tellement que quand j'ai désiré une vie honnête, j'ai par même moyen désiré le tonneau, le poignard, le bannissement et le poison, parce que ce sont choses sans lesquelles il est quelquefois impossible de vivre honnêtement.
O terque quattrqae heati * /
N'est-ce pas une même chose de désirer celte mort à
I. Il y a en latin : inlerdum tela ne vitare qu'idem, seJ pectore excipere.
■1. Dans le latin, la citation de Virgile est complète :
O terque quaterqiie beati Queis aiite ora patruin, Trojae sub mœnibus altis Contigit oppetere !
{Enéide, liv. I, v. 98-100.)
5a8 LES ÉPÎTRES DE SÉNÈQUE.
quelqu'un, et de confesser qu'il y a sujet de la désirer? Décius se dévoua pour la République ; et donnant des éperons à son cheval, alla chercher la mort dans les épées des ennemis. Son fils par une émulation généreuse de la vertu paternelle, avec paroles solennellement conçues et déjà comme héréditaires en sa maison, en fit de même, ne se souciant d'autre chose que d'apaiser les Dieux par la victime qu'il leur sacrifioit. Sur quoi pensez-vous que furent fondées ces résolutions «lorieuses de l'un et de l'autre, que sur l'opinion qu'ils avoient, que c'étoit chose désirable qu'une bonne mort? Il n'v a donc point de doute, que la plus belle et la meilleure chose du monde ne soit que de mourir * en quelque entreprise vertueuse, et par un acte mémorable consacrer son nom aux siècles à venir. Vous pensez, quand un homme résiste courageusement à la douleur, qu'il ne se serve que d'une vertu, pource que la patience est celle qui paroît le plus en cette action : vous vous trompez, elles y sont toutes. Quant à la magnanimité, c'est chose certaine qu'elle y est, parce que la patience, la souiïrance et la tolérance ne sont que ses branches. La prudence y est, qui comme intendante sur tout ce qui se délibère, conseille de se comporter généreusement en ce qu'il est impossible d'éviter. La constance y est, qui ferme contre toute violence, ne quitte jamais la place qu'elle a prise et jamais ne démord ce qu'une fois elle a résolu. Toutes les autres vertus y sont tout de même : c'est une société qui ne se divise point que la leur. Quand il se fait quelque chose de louable, il y en a bien une qui principalement en prend la conduite, mais c'est par l'avis de ses compagnes j or depuis que toutes les vertus approuvent une chose, encore qu'il semble que ce ne soit l'ouvrage que d'une seule, indubi-