Nemo manum consent cum recedentc , dit le latin
en a pas un qui ne pense être de ce petit nombre sur qui le sort doit rencontrer. Nous n'avons pas la patience que les choses tombent , nous voudrions bien voler pour les aller prendre en chemin. Si nous en avons attrapé quelqu'une, et que quelqu'un Tait faillie*, nous pensons avoir fait un grand coup. Somme ^, ou nous n'avons rien, ou si nous avons, c'est quelque chose de néant qui nous a bien fait recevoir de l'incommodité. Ne nous trouvons donc point en telles assemblées : quittons la place aux fripons ; laissons-leur lever le nez en haut , plus suspendus eux-mêmes que ce qu'ils regardent n'est suspendu devant eux. Quiconque se propose d'être heureux, il ne faut point qu'il estime qu'il y ait autre bien au monde que ce qui est honnête : autrement, c'est force qu'il ait mauvaise opinion de la Providence divine, pource qu'il arrive beaucoup d'inconvénients aux gens de bien et que tout ce qu'elle nous donne est peu de chose , et de peu de durée au prix de tant de siècles passés et à venir. De là vient que nous parlons ingratement des biens que Dieu nous fait. Nous nous plaignons tantôt que nous n'avons pas à point nommé ce qui nous est nécessaire , tantôt que nous n'en avons pas assez, et tantôt que nous n'avons rien que nous ne soyons à toute heure en danger de perdre, et que nous ne perdions à la fin. Cela fait que nous ne voulons ni vivre ni mourir : nous haïssons l'un, et craignons l'autre. Toutes nos délibérations sont irrésolues; et quoi que nous avons, nous avons toujours moins que nous ne desirons; ce qui n'arriveroit pas, si nous allions jusques à ce bien immense, au-dessus duquel il ne se trouve rien, où ce seroit force que notre volonté s'arrêtât, ne pouvant passer plus avant.