Malherbe a fait yn^Hc du masculin
combien il a de rentes constituées, comme sa basse-cour est fournie de peuple, combien le lit où il couche est magnifique et combien est fin le cristal où il boit, mais comme il est homme de bien. Or il est homme de bien, si sa raison droite et non confuse se conforme à la volonté de nature. C'est ce qui s'appelle vertu; c'est ce qui est honnête, et le bien unique de l'homme; car puisque c'est la raison seule qui rend l'homme parfait, c'est elle seule aussi qui par sa perfection le rend heureux : or cela seul est le bien de l'homme, qui seul est cause de sa félicité. Ce que nous disons de la vertu, nous le disons aussi de ses ouvrages. Mais pource qu'il n'est point de bien sans elle, c'est pourquoi nous faisons cette maxime si générale qu'il n'est point d'autre bien que la vertu. Si tout le bien de l'homme est en l'esprit, il ne faut point douter que ce qui le fortifie, qui le rehausse et qui le dilate , ne se puisse appeler bien. Or il n'y a rien qui fortifie, qui rehausse et qui dilate l'esprit, que la vertu; car toutes ces choses pour qui nous sommes si passionnés ne font que le ravaler et l'afFoiblir. Et si quelquefois il semble qu'elles le relèvent, elles le bouffissent et l'amusent après des vanités. L'esprit n'a donc point d'autre bien que ce qui le fait meilleur. La considération de ce qui est honnête ou déshonnête est la règle de toutes les actions de notre vie : c'est là-dessus que nous nous résolvons à faire une chose, ou ne la faire pas. Quand un homme de bien jugera qu'une chose se doit faire, quelque travail, quelque dommage et quelque péril qu'il y voie, il ne s'en divertira point. Comme au contraire, quelque utilité, quelques délices et quelques grandeurs qu'on lui propose, il ne s'accordera jamais à rien faire qui soit mal à propos. Il n'y aura point de menaces qui lui rompent une bonne entreprise, ni point de promesses qui lui en persuadent une méchante. Si donc en toutes ses actions
Ùgo LES EPiTRES DE SÉNÈQUE.
il a toujours les yeux sur ce qui est honnête et déshonnête, pour suivre l'un et fuir l'autre, il faut qu'il n'y ait point de bien que la vertu, ni point de mal que le vice. Si la vertu n'est point altérable par la corruption, si toujours elle demeure en un état, il n'y a point d'autre bien quelle, et ne se peut plus faire qu'elle soit autre chose que bien. La sagesse est exempte de tout changement. La sagesse ne se perd jamais, et jamais de la sagesse on ne revient à la folie. Je vous ai dit, s'il vous en souvient, qu'il s'est trouvé des hommes qui seulement par un transport mcousidéré ont foulé aux pieds tout ce qui se fait communément craindre et désirer. Lun a rôti sa main dans les flammes; l'autre pour les douleurs de la torture n"a point cessé de rire. Un autre a vu mourir ses enfants et n'en a pas mouillé ses yeux; un autre sans appréhension s'est allé précipiter à la mort. 11 se voit assez d'exemples damour, de colère et davarice, où les hommes, pour se contenter, ne trouvent rien qui les puisse arrêter. Que si une opiniâtreté seulement, piquée de je ne sais quel aiguillon, a cette puissance, que sera-ce de la vertu qui, non forte par intervalles ni hardie par caprices, mais toujours égale à soi-même, n"a point d'autre gloire que de s'employer aux occasions où son assistance nous fait besoin? Concluons donc que les choses quelquefois méprisées par les indiscrets, et toujours par les sages, sont indifférentes, et qu'il n'y a point d'autre bien que la vertu , qui bra\ e et dédaigneuse au-dessus de la fortune, se trouble aussi peu de sa haine, comme elle se réjouit de sa faveur. Si vous vous laissez une fois persuader qu'il V ait quelque autre bien que ce qui est honnête, il ne faut plus parler de vertu. Ce sont choses incompatibles, d être vertueux et de jeter les yeux sur quelque chose d extérieur. Cela répugne à la raison, d'où les vertus procèdent, et à la vérité, qui s'accompagne toujours
de la raison. Or toute opinion est fausse, qui répugne à la vérité. Vous ne pouvez nier qu'un homme de bien ne révère les Dieux et ne les serve. Il faut donc que, quoi qui lui arrive, il le supporte patiemment, et considérer' que les lois sous lesquelles tout Funivers marche l'ont ordonné de cette façon. Par ce moyen il ne peut avoir autre bien que ce qui est honnête ; car en cela consiste la résolution d'obéir aux Dieux, de ne s'émouvoir point aux choses inopinées, de sr contenter en sa condition, de vouloir ce que le destin veut, et de faire ce qu'il commande, sans murmurer. S'il y a quelque autre bien que ce qui est honnête, nous ne serons jamais soûls ni de la vie, ni des provisions qu'il faut pour la vie, et par conséquent nous nous chargerons d un faix insupportable, et de travaux qui en une besogne infinie ne pourront jamais trouver de fin. Il n'y a donc point de bien que ce qui est honnête, car il est mesuré. Je vous ai dit que si ce sont biens que l'argent, les états, et autres telles denrées, nous qui en avons sommes plus heureux que les Dieux qui n'en ont point. A cette heure je vous dis de plus que, s il est vrai que les âmes ne meurent point quand et les corps^, il faut penser que leur condition, eu cette seconde vie, sera meilleure qu'en cette-ci. Or si c'etoient biens que ces choses qui nous servent par le ministère du corps, il faudroit croire qu'il seroit pire', et s'ensuivroii qu'elles seroient plus contentes d'être captivées et resserrées, que libres et élargies au delà de toutes bornes, qui seroit une manifeste absurdité. J'avois dit
1. Tel est le texte de ifi3g. Ou Ut claiis rédition de 164^ • '^ ^^ considère. »