‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 276 sur 332 · Quand et. Voyez p. 179, note i · texte numérisé non relu

Quand et. Voyez p. 179, note i

3. C'est-à-dire : a que cela, que leur condition seroit pire; » il y a en latin : emissis erit pejus. Notre texte est celui des éditions de ifi39, 1(145 et i(i48; peut-ôire faut-il lire :« qu'elle seroit pire. ï

aussi que si c'étoient biens que ces choses qui nous sont communes avec les bêtes, les bêtes auroient une béatitude comme nous; ce qui ne se peut faire en façon du monde. Il n'y a rien qu'il ne faille souffrir pour ce qui est honnête : ce qu'il ne faudroit pas faire, s'il y avoit quelque autre bien que la vertu. Bien que j'eusse déjà fait ces discours plus au long en ma précédente, je n'ai pas voulu laisser de repasser par-dessus, et en dire quelque chose en cette-ci. Mais le vrai moyen de vous faire trouver cette opinion véritable, c'est de vous sonder vous-même, et vous demander si en cas que votre pays et tout ce que vous avez de parents et d'amis fussent destinés à quelque ruine et n'en pussent échapper autrement que par votre mort, vous auriez du courage assez pour leur donner votre vie, et non-seulement avec patience, mais volontairement vous perdre pour les sauver. Si vous pensez que vous le pouvez faire, vous avouez qu'il n'y a point d'autre bien que la vertu, puisque vous laissez toutes choses pour en jouir. Voyez combien elle a de pouvoir. Vous mourrez pour la République, si ce n'est présentement, ce sera quand il en sera besoin. Il ne faut guère de temps à une belle action pour donner beaucoup de joie ; et combien qu'après que la mort nous a privés du sentiment des choses mondaines, il semble que nous n'avons plus de part en la gloire que nous avons méritée en notre vie, si est-ce que nous ne pouvons sans quelque plaisir nous représenter l'état où nous avons mis les choses par notre vertu. Quand un homme d'honneur, et qui a du courage, se remet devant les yeux que s'il meurt il ressuscitera sa patrie, qu'une infinité de vies seront sauvées par la perte de la sienne et que par un coup seul il rompra les fers de tout un peuple, il ne faut point douter que de celte imagination seule il ne tire du fruit assez, pour se résoudre au péril où l'occasion le sollicite de se

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jeter, quand même l'entreprise seroit telle qu'il se fau- (Iroit assurer de mourir en l'exécution, et n'avoir point le plaisir d'en voir le succès. Il a de quoi se contenter, puisqu d a fait ce que le devoir et la piété lui commandoient. Alléguez-lui tout ce que vous penserez qui l'en puisse divertir : dites-lui qu'on ne se souviendra pas de ce qu'il aura fait à deux jours de là, qu'il obligera des personnes qui ne lui en sauront point de gré : il vous fera réponse que ce sont considérations qui ne le touchent point, qu'il ne regarde qu'à son action, et que pource qu'il sait qu'elle est honnête, en quelque fâcheux lieu qu'elle l'appelle, et par quelques épines qu'elle le conduise, il est résolu de la suivre jusques à ce qu'il ait fait ce qu'il a délibéré. C'est donc à dire qu'il n'v a point d'autre bien que ce qui est honnête, puisque nonseulement un esprit déjà parfait en sagesse, mais tout autre qui aura quelque chose de généreux , est capable d'avoir ce ressentiment. Tous autres biens sont choses de peu de mérite et ne font que passer d'une main à l'autre ; ce qui fait qu'en quelque quantité que la fortune les donne, ils ne sont jamais possédés qu'avec inquiétude, sont insupportables à leurs maîtres et les accablent à la lin. La félicité de ceux-ci, que vous voyez couverts de clinquant, est comme celle de ceux qui travestis en une comédie représentent le personnage de quelque roi. Tant que le jeu dure , ils ne paroissent que le sceptre à la main et en un équipage que le peuple regarde avec admiration ; et puis comme c'est fait, ils reprennent leurs chiffes, et redeviennent faquins et bélîtres comme auparavant. Les richesses et les états peuvent bien hausser un homme, mais non pas le faire grand. Pourquoi donc avons-nous cette opinion.'' Pource que nous mesurons la hase avec la statue. Qu'un nain monte sur la plus haute montagne des Alpes, il sera toujours petit, et un colosse Malhekle. II 38

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toujours grand, quand il seroit au fond d'un puits. Ce qui nous abuse, c'est que nous ne pesons pas l'homme seul : nous mettons son bagage en la balance avec lui. Voulez-vous bien juger le prix d'un homme? Regardez-le tout nu : faites-lui quitter son revenu, ses états et toutes ces bagatelles que la fortune lui a baillées pour le déguiser; faites-lui même dépouiller le corps, et lui regardez l'esprit; voyez comme il est fait, comme il est grand, et si cette grandeur est sienne, ou mendiée, si vous trouvez que les épées nues ne l'éblouissent point, et qu'il soit aussi près de rendre l'âme par la gorge que par la bouche : dites qu'il est heureux; si quand la rigueur de la fortune ou la tyrannie de quelque grand le menaceroit, ou de prison, ou de bannissement, ou de quelqu'une de ces autres vanités que l'esprit n'imagine qu'avec frayeur, il demeure ferme en son assiette, et dit :

a Vierge, cela n'est i-ien : tu ne m'as annoncé Ni travaux ni combats, où je n'eusse pensé'.

« Vous m'en menacez à cette heure, et moi je m'en suis toujours menacé. Je sais bien que je suis homme, et qu'en cette qualité je me dois préparer à tout ce qu'un homme peut souffrir. » Un coup prévu ne sauroit faire guère de mal. Les malavisés, et ceux qui se fient à la fortune, trouvent toutes choses inopinées. La plus grande partie de leur mal est la nouveauté : ce qui se voit en ce que, de tout ce qu'ils trouvent si difficile, il n'y a rien qui ne leur devienne aisé par la continuation de l'endurer. Le sage n'attend point la présence des maux; il s'y accoutume devant qu'ils viennent, et par méditer arrive à cette patience que les autres n'acquièrent que par souffrir. Nous oyons quelquefois dire à des ignorants : « Savois-je bien

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