‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 290 sur 332 · Profiter, être utile · texte numérisé non relu

Profiter, être utile

EPITRR LXXXI. 627

pelé par mon honneur. Nous ne saurions, à mon avis, mieux faire paroi tre le zèle que nous avons à la vertu, que d'être contents de perdre la réputation de gens de bien , pour en conserver la conscience. C'est pourquoi , comme je vous ai dit, la reconnoissance que nous faisons d'un plaisir est plus à notre avantage que de celui qui le reçoit; car il ne lui arrive qu'une chose ordinaire, de retirer ce qu'il a baillé; et nous acquérons la gloire d'avoir fait un acte qui ne peut venir que d'un esprit qui est en la perfection de sa félicité ; car si le vice nous rend misérables et la vertu bienheureux, et que ce soit vertu de reconnoître un bienfait, il est certain que pour une chose vulgaire que nous lui rendons, nous en remportons une inestimable, qui est la conscience d'un homme d'honneur, qui ne se trouve qu'en un esprit bienheureux , et vraiment divin , comme l'affection contraire ne loge jamais que là où il y a une extrême infortune. Tout homme qui est ingrat sera malheureux ; toutefois j'aime mieux ne le faire point languir, il l'est déjà. Faisons donc ce que nous pourrons pour ne l'être point, non tant pour le bien d'autrui que pour le nôtre. Ce qu'il y a de plus léger en la malice et de plus délié, rejallit* contre les autres. Le plus dangereux, et par manière de dire le plus épais, nous demeure, en danger de nous suffoquer, comme Attalus le Stoïque disoit ordinairement. La malice boit la plus grande partie de son venin. Les serpents sont venimeux, mais c'est pour ceux qu'ils touchent, et non pas pour eux : le venin de la malice est au contraire; il ne déploie point bien sa force que contre ceux qui le portent. L'ingrat se gêne et se consume de soi-même : s'il a reçu du bien, pource qu'il faut qu'il le rende, il le hait et le désestime; et tout au

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