‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 315 sur 332 · I. Et si, et ]iourt;uit · texte numérisé non relu

I. Et si, et ]iourt;uit

EPÎÏRE LXXXVII. 675

témoignage que je branle encore au manche *. Je ne suis pas si ferme en effet comme en discours. Quiconque est honteux de se voir en un mauvais coche, il seroit glorieux s'il se voyoit en un bon. Je ne suis encore guère bien, puisque je n'ose ouvertement renoncer aux vanités , et que je suis en peine de ce que diront de moi ceux que je trouverai sur le chemin. Si j'étois ce que je dois être, je parlerois de cette façon à tout le genre humain : « Pauvres gens, vous êtes fols ! Vous vous abusez •, vous admirez des choses qui ne servent de rien ; vous estimez un homme pour des choses qui ne sont point à lui. Quand il est question du revenu, vous faites merveille de compter exactement; si quelqu'un vous prie de lui prêter de l'argent, ou de lui faire im plaisir (car nous en sommes venus là, que la courtoisie se couche en dépense aussi bien que le reste), voici comme vous supputez. 11 a beaucoup, mais il doit beaucoup. Aussi il a une belle maison, mais il fait l'intérêt de l'argent qu'il en a baillé ; il a son train et son équipage aussi leste qu'il est possible, mais il ne paye pas ; s'il avoit payé ses dettes, il ne lui demeureroit rien.

II. « Vous dussiez apporter cette même diligence aussi bien à d'autres choses qu'à prêter, et regarder ce que chacun a qui proprement se peut dire sien. Vous pensez qu'il soit riche, pource qu'il est servi en vaisselle d'or, et qu'il la fait porter partout où il va, pource qu'il a du bien en fonds et en rente de tous côtés, pource que tout auprès de la ville il a plus de terres qu'il n'en faut avoir aux plus éloignés déserts de la Fouille pour être envié. Quand vous aurez toutdit, il est pauvre. Pourquoi? pource qu'il doit. Combien? tout, si peut-être vous ne pensez qu'il y ait différence de<.levoir à un homme, ou à la for-

1. En latin : Quod argumetUiini est, tsta qtix pruho et laitdo, nuiidum habere certam ftdem et \mmohilem.

tune. Que lui servent ces mules si grasses, et toutes fVun poil? que servent ces coches si magnifiques?

Instrati ostro, etc. *.

Pour tout cela , ni le maître ni les mules n'en valent pas un liard davantage. »

m. M. Caton le censeur, de qui la naissance ne fut pas moins utile au peuple romain que celle de Scipion , parce que comme l'un fit la guerre aux ennemis, l'autre la fit aux vices , ne montoit jamais qu'un méchant quiledin% avec un bissac à l'arçon de la selle, où étoient ses chemises et ses besognes de nuit*. Oh que je voudrois bien lui avoir vu rencontrer quelqu'un de nos piaffeurs d'aujourd'hui, qui ne savent marcher s'ils n'ont une compagnie de chevau-légers* devant eux, pour leur émouvoir de la poussière ! Il n'y a point de doute qu'il ne semblât plus brave et mieux accompagné que Caton. Mais vous lie dites pas qu'avec tout son pompeux appareil, il est si ruiné qu'il ne sait ce qu'il doit devenir, et à quel métier il se doit réduire. Quel ornement et quelle gloire du siècle estimez-vous que c'étoit, qu'un général d'armée, un qui avoit eu l'honneur du triomphe et de la censure, et, qui est plus que tout le reste, Caton, se passer avec un cheval %

I. Sénèque a cité ici les trois vers suivants de Virgile [Enéide, liv. Vn, V. 277 et suivants), que Malherbe n'a pas traduits :

Instrati ostro alipedes pictisque tapetls; Aurea pectoribus demissa monilia pendent : Tecli auro, fulvum mandunt sub dentibus aurum.

■i. Toutes les éditions portent qulledin pour guilliedln, comme l'écrit Nicot, qui l'explique par liacqitencf et le traduit par asturco.

3. Le latin porte : Canterio vchehatiir, rt hippopens quldem itripositis, lit secum utilla portaret.

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