‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 316 sur 332 · Ciirsores et Nuinidas, dit Sénèque · texte numérisé non relu

Ciirsores et Nuinidas, dit Sénèque

5. Qui se contentoit d'un cheval. [Editions de ifiSg et 1667.) On lit dans le latin : iino cahallo cssc contenttim.

et encore le partager entre son bagage et lui ! Vous sauroit-on bailler courtaud, traquenard* ni liaquenée à qui vous ne préférassiez ce cheval , bouchonné de la main propre de Caton? Je vois bien que je suis en une matière qui n'auroit jamais de fin, si je ne la lui mettois moimême .

IV. Je la vais donc laisser, pour vous dire encore quelques-uns des ai'guments que nous mettons en avant, à prouver que pour être parfaitement heureux, il ne faut autre chose que la vertu. Ce qui est bon fait les hommes bons, comme ce qui est bon en la musique fait le musicien : les choses casuelles ne font personne bon : elles ne peuvent donc être bonnes. La réponse des Péripatétiques est premièrement, que notre proposition est fausse, pource qu'il ne s'ensuit pas que ce qui est bon fasse les hommes bons. En la musique, il y a quelque chose qui est bonne, comme une flûte, une corde, un archet ou quelqu'autre instrument, et toutefois de tout cela rien ne fait le musicien. A cela nous répliquons, qu'ils n'entendent pas comme nous prenons ce que nous disons être bon au musicien •, car nous parlons de l'art, et eux des outils. S'il y a quelque chose qui soit bonne en l'art de la musique, il n'y a point de doute qu'elle ne fasse le musicien. Je m'en vais le vous éclaircir encore mieux. Ce qui est bon en l'art de la musique a deux significations : en l'une s'entend ce qui aide l'art de musicien, et en l'autre ce qui sert à l'action. Les flûtes, les orgues, les cordes et autres instruments appartiennent à l'action et non à l'art; car pour ne les avoir point, un musicien ne laisse pas d'avoir la science; mais peut-être il ne la peut montrer s'il ne les a. Cette duplicité n'est pas en l'homme;

I. Traquenard. Nlcot traduit ce mot par asturco, qui est le mol même employé ici par Scnèque : Ita non ominhus ohesls mannis et asturcon'ihus et tollulariis nrsej erres....

car ce qui est le bien de sa vie est aussi le sien. Ce que le plus vilain et le plus abjet homme du monde peut avoir, ne se peut estimer bien : or un maquereau, un bourreau et tout autre homme de même étoffe peut avoir des richesses : les richesses ne sont donc point biens. Ils répondent derechef que notre proposition est fausse, parce qu'en Fart de grammaire, de médecine et de pilotage, nous voyons arriver du bien à ceux qui sont les plus contemptibles : il est vrai, mais ce ne sont pas sciences qui fassent profession d'avoir le courage grand , de se rehausser et de dédaigner ce qui est fortuit. C'est la vertu qui relève les hommes : c'est elle qui les porte au-dessus de tout ce que le vulgaire estime , et qui leur ôte le désir et la peur de ce que communément on appelle bien et mal. Chélidon, qui fut un des mignons de Cléopatre, fut extrêmement riche*, et de notre temps, Natalis, de qui l'impureté fut si détestable qu'il faisoit purger les femmes en sa bouche, fut héritier de beaucoup de personnes, et beaucoup aussi furent les siens quand il mourut. Que dirons-nous donc? ou que son argent le fit infâme, ou qu'il fit infâme son argent ? Il est des hommes à qui les biens tombent entre les mains comme un denier au fond d'un retrait* . La vertu tient un autre rang : elle vole de ses ailes; et pour se faire estimer, ne produit que ce qui est proprement sien . De quelque façon que les richesses se rencontrent en sa possession , elle ne leur fait pas cet honneur, de croire que ce soient biens. Mais pour être ou médecin, ou pilote, on n'est point obligé de les mépriser. Ce ne sont point professions qui défendent d'en faire cas. Un homme , pour ne rien valoir, ne laissera pas d'être médecin, d'être grammairien, d'être pilote, non plus que d'être cuisinier. Il n'est pas raisonnable de mettre au

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