‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 48 sur 332 · LIVRE III. CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE XXXVI

vent à leurs pères ; au lieu que nous devrions taire tout ce qui dépend de nous pour les y rendre plus échauffes. Voici donc comme il faut parler à eux : « Courage, jeunes gens, courage, mes amis. Vous avez une dispute la plus louable du monde avec vos pères, si vous leur devez plus que vous ne leur pouvez rendre. Ils vous ont prévenus, mais ils n'ont pas gagné pourtant. Ayez seulement la volonté bonne, et ne perdez point le cœur. Vous ne sauriez vaincre si vous n'en avez envie. Tant de gens d'honneur qui vous ont précédés en ce combat vous serAiront de guides, vous inviteront par leur exemple, et vous montreront que vous avez moyen de vaincre vos pères par les mêmes voies que les leurs ont été vaincus. »

XXXVII. Anchise avoit porté Enée à son col en un temps qu'il ne pesoit guère, et en des lieux où il n'y avoit point de danger à le porter; mais indubitablement Enée fit davantage, quand au milieu des ennemis victorieux épandus emmi les rues, sous les ruines de sa ville qu'il voyoit tomber, et au travers des feux mêmes, il porta ce bon homme appesanti d'années, et qui pour une surcharge avoit ses dieux domestiques. Et ne le porta pas seulement; mais, qu'est-ce que la piété ne peut faire? l'emporta comme il faut, et le mit au nombre de ceux que Rome a depuis adorés comme fondateurs de sa grandeur. Ces jeunes gens de Sicile vainquirent aussi leurs pères, quand le mont Etna ayant par une agitation extraordinaire embrasé les lieux voisins jusques à la plus grande partie de l'île, ils les chargèrent sur leurs épaules, et au travers des flammes les emportèrent hors du danger. On a cru que les feux s'ouvrirent en deux, et se retirant de part et d'autre, laissèrent une sente* à ces jeunes hommes, de qui l'audace étoit à la vérité digne d'un bon événemenl. Antigonus

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