LIVRE V. CHAPITRE XXI. lo
point de loi. Il n'y a point de loi qui défende de révéler le secret d'un ami, ni qui commande de garder la parole à un ennemi. Aussi n y en a-t-il point qui commande de tenir sa promesse. Et toutefois si quelqu'un a publié quelque chose que je ne voudrois pas qui fût sue, ou s'il n'a pas fait ce qu'il m'avoit promis, je me plaindrai de lui. Oui, mais vous faites un prêt d'un bienfait. Nullement. Je n'exige pas, je redemande; et encore je le fais d'une façon, que c'est plutôt avertir que redemander. Quand mes affaires seroient si décousues qu'il n'y auroit plus rien d'entier, je n'irai jamais chercher le remède vers un homme avec lequel il me faille lutter. Si je le connois de si fâcheuse desserre * qu'il faille plus d'un simple avertissement pour en tirer quelque chose, j'aimerai mieux ne lui dire mot, et ne penserai pas qu'il soit digne que je le presse de faire son devoir. Comme un homme qui a mangé tout ce qu'il avoit et ne s'est réservé ni bien ni honneur à perdre, n'est plus importuné de ses créanciers, parce qu'ils ne veulent pas s'amuser à poursuivre ce qu'il leur est impossible d'avoir; celui que je verrai manifestement et opiniâtrement ingrat, aura les mêmes trêves avec moi. S'il s'en peut tirer quelque chose avec des paroles, je prendrai^ ; mais je n'en viendrai point jusques aux tenailles. XXII. Il y en a qui ne désavouent pas qu'on ne leur ait fait plaisir, mais ils ne savent comme le rendre. Ces gens-là ne sont pas si bons comme ceux qui s'acquittent, ni si mauvais comme ceux qui ne pensent rien devoir. Leurs effets sont longs à se produire, mais quoi qu'il eu soit', ils ont de la volonté. Je me contenterai d'avertir ceux que je verrai de cette humeur, et feignant de penser ail-
1. Être de Jdcheuse desserre, être mauvais payeur, ou, comme l'on dit très-familièrement, être dur à la dt'tente.