‹ Œuvres complètes; (volume 2)Chapitre 93 sur 332 · Vah. {ibid.) : Quoi que c'en soit · texte numérisé non relu

Vah. {ibid.) : Quoi que c'en soit

leurs, cFun propos à l'autre je les amènerai tout bellement au point où je voudrai qu'ils viennent. Je sais bien que tout aussitôt ils me diront : « Pardonnez-moi, je vous jure que je ne pensois pas que ce fût chose où je vous pusse servir; je m'y fusse offert sans vous donner la peine d'en parler. Je vous prie, ne pensez pas que je ne me souvienne de l'honneur que vous m'avez fait, et combien vous m'avez obligé. » Pourquoi les connoissant ainsi disposés, douterai-je de les rendre meilleurs, et pour eux, et pour moi? Si je vois quelqu'un sur le point de faire quelque faute, je fais ce que je puis pour l'en empêcher*, à plus forte raison dois-je garder mon ami qu'il ne faille, et surtout qu'il ne faille en mon endroit. C'est un second bien que je lui fais, de ne souffrir pas qu'il soit ingrat. Et puis, je ne viendrai pas ouvertement aux reproches, mais tout doucement je lui ferai ressouvenir de ce qui se sera passé entre nous, et le prierai de me faire plaisir en quelque occasion qui se présente. De cette façon il ne sera pas si sourd, qu'il n'entende bien que le plaisir que je lui demande est une semonce que je lui fais de se revancher de celui qu'autrefois je lui ai fait. Quelquefois, s'il en est besoin, je le piquerai un peu plus avant, mais ce sera pourvu qu'il v ait apparence que cela serve. Car autrement si je trouve que sa guérison soit sans espérance, je ne perdrai point les remèdes, et me garderai que d'un ingrat je n'en fasse un ennemi. Si nous faisons la règle générale de ne rien dire à personne, il n'y a point de doute que par notre silence les ingrats s'endurciront en leur vice, et que ceux qui pour peu d'atteinte qu'on leur donnât pourroient encore se faire gens de bien , s'achèvent * de perdre à faute d'une remontrance, qui a quelquefois servi au père à corriger le fils, à la femme à retirer son

I Var. (édit. de i63i) : S'achèveront.

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