Quant aux exhalaisons que j'ai décrites, et qui
Comment se • -, j ... ,
composent le Viennent de la terre mtérieure , leurs parties sont to^ lïi^e ^^ déliées qu'elles ne peuvent composer , étant seu- "^^"^« ** ^^ > aucun autre corps que de l'air ; mais elles se joignent aisément avec les plus subtiles parties des esprits , lesquelles, cessant par ce moyen d'être unies et glissantes, acquièrent des petites branches qui font qu'elles peuvent aussi s'attacher à d'autres corps : à savoir elles s'attachent quelquefois
QUATIOÈME PARTIS. SqS
ayec des parties dés sucs corrosifs, mêlées de quelques autres qui sont mé):alliques , et ainsi elles composent du soufre ; quelquefois elles se joignent avec des parties de la terre extérieure parmi lesquelles il y a quantité des mêmes sucs , et ainsi composent des terres qui sont propres à brûler , comme du bitume , de la naphte, et semblables; quelquefois aussi elles ne se mêlent qu'avec des parties de terre , et lors elles composent de l'argile : enfin , quelquefois elles s'assemblent presque toutes seules, à savoir lorsque leur agitation est si foible que leur pesanteur est suffisante pour faire qu'elles se pressent les unes les autres, au moyen de quoi elles composent les huiles qu'on trouve en quelques endroits dans les mines.
Mais lorsque ces exhalaisons, jointes aux plus 77. subtiles parties des esprits, sont trop agitées pour canidés* se convertir ainsi en huile, et qu'elles se rencontrent sous terre en des fentes ou concavités qui n'ont auparavant contenu que de l'air , elles y composent une filmée grasse et épaisse qu'on peut comparer à celle qui sort d'une chandelle lorsqu'elle vient d'être éteinte : et comme celle - ci s'embrase fort aisément sitôt qu'on en approche la flamme d'une autre chandelle, ainsi, lorsque quelque étincelle de feu est excitée en ces concavités , elle s'éprend incontinent en toute la fumée dont elles sont pleines , et par ce moyen la matière de cette fiimée
tremblements de terre.
se changeant en flamme , se raréfie tout-à-coup, et pousse avec grande violence tous les côtés du Heu où elle est enfermée, principalement s'il y a en elle quantité d'esprits ou de sels volatils. Et c'est ainsi que se font les tremblements de terre;' car, lors- ' que les concavités qu'elle occupe sont fort grandes, elle peut ébranler en un moment tout le pays qui les couvre et même qui les environne.
V 78. Il arrive aussi quelquefois que la flamme qui
D'où vient , , , 1
qu'a y a des causc ces tremblements entrouvre la terre vers dbntS^rt ^^ sommet de quelque montagne , et sort en grande quelquefois abondaucc par là ; car les concavités où elle est
de grandes ^
flammes, n'étant pas assez grandes pour la contenir , elle fait effort de tous côtés pour en sortir et se fait plus aisément un passage par le sommet d'une montagne que par aucun autre lieu ; premièrement , à cause qu'il ne se rencontre guère de concavités qui soient fort grandes et propres à recevoir ces fumées, sinon au-dessotfe des plus hautes montagnes, puis aussi à cause qu'il n'est pas besoin de tant de force pour entr'ouvrir et séparer les extrémités de ces grandes pièces de terre extérieure que j'ai dit être appuyées de côté l'une contre l'autre , aux lieux où elles composent les sommets des montagnes , que pour y faire une nouvelle ouverture en quelque autre endroit; et, bien que la pesanteur de ces grandes piècies de terre ainsi entr'ouvertes soit cause qu elles se rejoignent fort pro-
QUATBIBME PARTIE. 3qO
prement lorsque la flamme est sortie, toutefois, à cause que cette flamme qui sort avec grande im* pétuosité pousse ordinairement devant soi beaucoup de ter;pe mêlée de soufre ou de bitume, il se peut faire que ces montagnes brûlent encore longtemps après, jusques à ce que tout ce soufre ou ce bitume soit consumé: et loi^sque ces mêmes concavités se remplissent derechef de semblables fumées qui s'embrasent, la flamme eh sort plus aisément par l'endroit qui a déjà été ouvert que par d'autres ; ce qui est cause qu'il y a des montagnes où plusieurs tels embrasements ont été vus, comme sont Etna en Sicile , le Vésuve près de Naples , liécla en Islande.
Au reste , les tremblements de terre ne finissent 79-
D'où vient
pas toujours après la première secousse , mais il que les trem-
9 r » ir*-i* 1 1 blements de
s en tait quelqueiois plusieurs pendant quelques terre se font heures ou quelques jours de suite : dont la raison ^^^^^^^^J^^'
X T. J Sieurs secous-
est que les fumées qui s'enflamment ne sont pas *«»• toujours en une seule concavité , mais ordinairement en plusieurs , qui ne sont séparées que d'un peu de terre bitumineuse ou soufrée , en sorte que lorsque le feu s'éprend en l'une de ces concavités, et donne par ce moyen la première secousse à la terre, il ne peut entrer pour cela dans les autres jusques à ce qu'il ait consumé la matière qui est entre deux , à quoi il a besoin de quelque temps, ^o-
. . ^ /. 1 Quelle est la
Mais je n'ai point encore dit en quelle façon le namredufeu.
5gê LES PRINCIPES PE LA PHILOSOPHIE.
feu se peut, éprendre dans les concavités de la terre, à cause qu'il faut savoir auparavant quelle est sa nature, laquelle je tâcherai maintenant d'expliquer. Toutes les petites parties des corps terrestres , de quelque grosseur ou figure qu'elles soient, prennent la forme du feu , lorsqu'elles sont séparées l'une de l'autre , et tellement environnées de là matière du premier élément qu'elles sont contraintes de suivre son cours ; comme aussi elles prennent la forme de l'air lorsq^i'elles sont environnées de la matière du second élément, de laquelle elles suivent le cours. De façon que la première.et la principale différence qui est entre l'air et le feu consiste en ce que les parties du feu se meuventbeaucoup plus vite que celles de l'air , d'autant que l'agitation du premier élément est incomparablement plus grande que celle du second. Mais il y ^a encore entre eux une autre différence fort remarquable , qui consiste en ce que ce sont les plus grosses parties des corps terrestres qui sont les plus propres à conserver et nourrir le feu , au lieu que ce sont les plus petites qui iretiennent le mieux la forme de l'air ; car , bien . que les plus grosses , comme par exemple , celles de l'argent vif, la puissent aussi recevoir lorsqu'elles sont fort agitées par la chaleur , elles la perdent par après d'elles - mêmes , lorsque cette agitatton diminuant, leur pesanteur les feit descendre.